Les Internationaux de Maurice de badminton disputés la semaine dernière ont été riches en enseignements. L’élimination pure et dure des meilleurs badistes locaux, d’abord en simple hommes, puis en finale du double hommes, de même de celle de la championne d’Afrique, Kate Foo Kune, en demi-finale du simple dames par une jeune Indienne de 19 ans, qui plus est non classée au niveau mondial, laissent forcément des traces. C’est ainsi que joueurs, entraîneurs et dirigeants ont eu droit à une scéance de débriefing lundi pour analyser les faits et les failles.
« Il faut que tous comprennent qu’on ne peut continuer avec cette façon de jouer. Il y a eu trop de fautes bêtes et trop de points perdus dans des matches qu’on pouvait gagner. C’est inacceptable », déplore vivement Raj Gaya, vice-président de l’Association mauricienne de badminton (AMB). Le head coach de l’AMB, le Malaisien Yogendran Krishnan, était aussi sur place. En fait, ce qui fait défaut, c’est la capacité des joueurs à faire une bonne lecture du jeu adverse et rectifier eux-mêmes leurs erreurs dans le cours du match pour faire échec à l’adversaire. « On s’aperçoit qu’ils sont limités voire incapable de détecter le jeu de l’adversaire pour ensuite le mettre en difficulté, par exemple au smash ou dans un retour de service qui, souvent, n’est pas bien contrôlé », note Raj Gaya.
La solution à ces lacunes serait d’augmenter le nombre de tournois nationaux qui passera de trois à six par an. Il faut dire que deux mois se sont écoulés sans qu’il n’y ait de tournoi national depuis la participation des Mauriciens aux Championnats d’Afrique disputés du 16 au 23 avril en Afrique du Sud. « Pour les trois nouveaux tournois, on choisira de faire jouer régulièrement entre eux les 16 meilleurs joueurs en masculin et les 16 en féminin. Le head coach et ses assistants accorderont aussi une attention particulière à ce groupe d’élite à travers des explications et des conseils. » Yogendran Krishnan a d’ailleurs lui-même trouvé que les badistes ont de bonnes qualités physiques, mais sont incapables de bien gérer leur match, explique Raj Gaya. « Ce manque de confiance est ressenti. Mais quand on monte sur le court, on doit y aller pour gagner sans avoir le moindre doute. »
Cet élément de confiance s’est avéré dans la finale du double hommes qui opposait le tandem n°1 du tableau composé d’Aatish Lubah et Julien Paul à un duo italien non classé favori. Après avoir remporté le premier set 13-21, les Mauriciens ont craqué 21-23 au 2e avant de céder 16-21 au final. « Là encore, c’est une preuve que nos joueurs sont incapables de rectifier leur jeu pour trouver la bonne solution en fonction de l’adversaire. Ils doivent pouvoir étudier un match et à partir de là ajuster leur propre jeu. »
Le Malaisien Giap Chin Goh (3) n’était pas le grand favori au titre du simple hommes. Mais c’est bien lui qui l’a décroché face à l’Israélien Misha Zilberman (1) 21-19, 21-14. Plus jeune, il avait été rejeté au sein de l’équipe nationale de son pays pour insuffisance de niveau. Par la suite, il a rejoint le groupe entraîné par Yogendran Krishnan et a pris confiance en lui. Tant et si bien qu’il a battu les meilleurs, confie Raj Gaya. « Au lieu de fêter sa victoire dimanche avec les autres joueurs étrangers, lui ne voulait pas faire de sortie à la plage, en sachant qu’il doit s’aligner dans une semaine aux Internationaux de Taïwan (ndlr : demain). Sa victoire à Maurice n’est pas une fin en soi. Il voulait garder le moral haut et son physique au point. Ayons donc une même attitude en restant autant que possible concentrés sur nos objectifs. »
Il reste donc à attendre pour voir ce qui va en ressortir.