Philippe Hao Thyn semble sûr de son coup. Tout en expliquant les raisons de l’Assemblée Générale élective du 14 mars au 4 avril, le président du Comité Olympique Mauricien s’insurge contre ce qu’il qualifie d’interférences concernant la tenue de cette fonction. Dans l’entretien qui suit, il justifie également la présence des délégués de cinq nouvelles disciplines lors de cette A.G. et soutient que ces fédérations sont loin d’être fictives.
Vous avez surpris plus d’un avec le renvoi de ces élections. Quelle a été la principale raison de ce renvoi ?
Quand j’ai constaté l’ingérence de forces extérieures qui pouvaient nuire au déroulement de ces élections, je n’ai pas hésité à convoquer les membres de mon comité directeur avant de prendre cette décision. D’ailleurs, la Charte Olympique ne permet pas ce genre d’interférences, car au niveau du COM nous devons résister à toute action légale et politique à notre égard. Il a également été décidé de faire venir à nos frais deux délégués légaux d’une fédération internationale dont je tairai le nom pour le moment. Ils feront ainsi partie de la commission indépendante qui conduira et supervisera ces élections.
Pourriez-vous être plus précis concernant ces interférences ?
À ce stade, je ne peux tout dévoiler. Nous viendrons avec des preuves en temps et lieu et les concernés pourront déposer. Toutefois, je peux avancer que des chantages ont même été exercés. Cela est très grave, également quand des représentants de fédérations, sous pression, ont du céder leur place à d’autres pour être des délégués à l’assemblée générale élective. On se croirait revenu à une époque révolue.
La décision a-t-elle été unanime ?
Cela n’a pas été une partie de plaisir de pouvoir convaincre tous les membres. D’ailleurs, la réunion a duré plus de 90 minutes. Au bout du compte, la décision de renvoyer les élections a été prise à l’unanimité.
Le camp adverse soutient que vous avez senti le terrain glisser et que c’était une occasion pour vous de vous défiler…
Mes adversaires se trompent. Je ne fuis pas, je n’ai pas peur. À travers ce renvoi, je m’élève tout simplement contre l’ingérence et l’injustice.
À votre avis, quelles données auront changé entre le 14 mars et le 4 avril ?
Notamment l’avis légal des délégués de cette fédération internationale. Ils statueront si Doreen Tiborcz et Nundkishore Fakun auront ou non droit au vote. À mon niveau, je maintiens que ces deux délégués possèdent le droit de vote. Ils auront également à décider si les représentants des cinq nouvelles disciplines (ndlr : pentathlon moderne, aviron, canoë-kayak, escrime et hockey) seront éligibles à exercer leur vote. D’ailleurs, au COM, nous accueillons avec plaisir toute nouvelle discipline dans l’optique de la promotion du sport.
Vos adversaires n’hésitent également pas à avancer que vous utilisez tous les moyens possibles pour vous maintenir au pouvoir. Ils évoquent notamment ces cinq fédérations qu’ils qualifient volontiers de fictives et qui seront à coup sûr à vos côtés…
C’es trop façile de parler de fédérations fictives. Or, ces fédérations ont déjà obtenu leur affiliation de leurs fédérations internationales respectives. Du moment que ces affiliations sont obtenues, elles deviennent automatiquement membres du COM. D’ailleurs, la fédération d’escrime a déjà obtenu des équipements d’une valeur de Rs 500 000 de la fédération internationale.
Pourtant, vous devez convenir que ces disciplines ne sont pas pratiquées à Maurice…
Il faut bien un commencement à tout. Prenons l’exemple de l’escrime. Nous avons délégué Jenna Rima au Sénégal pour un stage de neuf mois afin qu’elle devienne maître d’armes. Elle y est depuis déjà quatre mois. Ce sera à son retour que la fédération sera réellement lancée avec la formation d’autres entraîneurs et l’adhésion des pratiquants. Ce sera également le cas pour les quatre autres disciplines concernées, avec la venue d’entraîneurs étrangers et la tenue de stages pour mieux faire connaître les rouages.
Ne craignez-vous que des injonctions soient émises au cours des prochains jours sur la présence de ces fédérations ?
Laissez-les venir avec leurs injonctions. Où se situe l’esprit sportif quand ils ont recours à la justice ? C’est au groupe adverse de se faire des soucis et non pas nous. Car notre groupe n’a rien à cacher. Nous avons agi d’après la loi.
Si vous parlez de chantage exercé de la part du groupe adverse, vous n’êtes pas sans savoir que ce même argument est utilisé contre vous…
Quand on est généreux et quand on aide des sportifs à la recherche d’un emploi, peut-on appeler cela soudoyer ou exercer du chantage ? Au sein de mon entreprise, j’emploie plusieurs athlètes, même ceux de disciplines non-olympiques, à l’instar de Fabrice Bauluck du kick-boxing. Pourtant, les représentants des disciplines non-olympiques ne votent pas dans le cadre de l’élection du président du COM. Moi, je suis en campagne perpétuelle. Entre Jean-Michel Giraud et moi, je considère qu’il n’y a pas photo. J’ai constamment apporté mon aide aux dirigeants et aux sportifs, alors qu’il n’a pas hésité de son côté à limoger de son entreprise un entraîneur national qui a mené ses athlètes vers les sommets.
Coups bas, chantage, injonctions. Tous les coups sont-ils à ce point permis pour accéder à la présidence du COM ?
C’est en effet très malsain de voir une telle campagne avec des coups bas et des chantages. Tout cela donne une image négative au sport et aux valeurs olympiques.
Les présents événements ont-ils refroidi vos relations avec le ministre Ritoo ? Relations que vous aviez qualifié de cordiales au début de cette année…
Ces relations demeureront cordiales du moment que le ministère de la Jeunesse et des Sports ne s’ingère pas dans les affaires internes du COM. Ne venez pas empiéter dans notre jardin, car nous ne nous laisserons pas marcher sur les pieds. Mon credo demeure de conserver l’autonomie du COM et des différentes fédérations.
Dans quel état d’esprit comptez-vous aborder ces trois semaines de campagne ?
Avec beaucoup de sérénité et un surplus de confiance.