Anndora Asaun et Loic Bhugeerathee, tout en sourire en passant la ligne d'arrivée au 100m non voyant

Les Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) se terminent aujourd’hui. Après 10 jours de compétitions, Maurice pointe à la première place au tableau des médailles. Parmi les médaillés, le handisport a apporté sa pierre à l’édifice, ce qui n’a pas manqué de susciter l’admiration du peuple mauricien. Noemi Alphonse, la porte-drapeau, a été à la hauteur de sa mission. Mais d’autres moins connus, à l’instar d’Evans Ridge Moothen (athlétisme), Jeyseeka Rugoo (natation), Anndora Asaun (athlétisme) et Brigilla Clair (lancer du poids) ont aussi, comme tous les autres, laissé leurs empreintes sur ce Jeux. Week-End est allé à leur rencontre…

Qu’on soit amateur de sport ou sans être un fan absolu, ces dix derniers jours ont été pour tous les Mauriciens des moments forts en émotions, notamment devant les performances incroyables des handisportifs.

Le handicap visuel n’est pas un obstacle à la pratique sportive. C’est ce qu’a réussi à prouver la jeune athlète Anndora Asaun en remportant la finale du 100m non-voyant lors de la première journée d’athlétisme le lundi 22 juillet. « Le regard des gens sur le handicap commence à changer », estime celle que nous rencontrons vendredi au stade Germain-Commarmond à Bambous lors de la dernière journée d’athlétisme.
La jeune fille est venue soutenir les autres membres de sa fédération, le club Magic Parasport Club, mais aussi tous les participants mauriciens. Fière et émue lorsqu’elle parle de ses performances sur la piste, elle déclare que «c’est beaucoup d’honneur pour ma famille et moi d’avoir remporté la course du 100m ».
“Le regard des gens sur le handicap change”

Cette habitante de Cité Malherbes, âgée de 20 ans, compte deux médailles d’or aux JIOI après une première victoire en 2015. « Celle-ci est une vraie victoire, car la première était par contestation», a-t-elle précisé.

L’expérience des Jeux reste inoubliable pour celle qui ne s’attendait pas à remporter s’imposer une deuxième fois. «J’étais la plus petite de taille, en comparaison aux autres athlètes de ma catégorie, et je ne m’attendais pas à gagner.» Mais avec son coach Jean-Marie Bhugeerathee, elle s’y est préparée. « Les entraînements étaient devenus beaucoup plus intenses à l’approche de l’épreuve. J’ai bénéficié d’un bon encadrement, d’une bonne équipe d’entraînement, et j’ai aussi veillé à mon alimentation grâce aux conseils de la nutritioniste du club.» Les championnats du monde qui se tiendront à Dubaï en novembre seront la prochaine grande échéance pour Anndora Asaun, très motivée. «J’espère décrocher une qualification pour les prochains Jeux de Tokyo en 2020», dit cette compétitrice dans l’âme.

L’ambition de gagner toujours

Si l’athlétisme a permis d’engranger des médailles, la natation a également contribué à la belle moisson mauricienne. Remporter une médaille aux JIOI est une grosse satisfaction. En décrocher plusieurs relève de l’exploit. Jeyseeka Rosun, pas inconnue des JIOI, peut se vanter de son palmarès, elle qui est détentrice de trois médailles d’or (2011, 2015, 2019). Quatre ans après son deuxième exploit à La Réunion, la nageuse de 24 ans et malentendante n’a pas perdu de vue ses objectifs sportifs et s’est offert une 3e médaille d’or lors de la finale du 50m nage libre.

Le sport pour sortir de l’isolement

Aujourd’hui, elle conserve son titre de championne de l’océan indien dans cette discipline. Rosun, qui a commencé la natation à l’âge de 17 ans, était déterminée à gagner. Comme les autres, le sport est le moment où elle oublie son handicap. La détermination, c’est ce qui la caractérise. « Je me suis préparée pour gagner», dit cette habitante de Plaine Magnien. Avant d’ajouter avec beaucoup d’émotion qu’elle est heureuse, car sa famille, celle qui l’a toujours soutenue et encouragée à atteindre ses objectifs sportifs, est très fière d’elle.

Nous avons également rencontré au stade Germain-Commarmond Evans Moothen, 19 ans, tout sourire. Car 2019 est l’année de la consécration pour lui. Lui qui est né avec un problème de surdité, a savouré le podium pour la première fois, après s’être imposé en finale du 200m sourds. Pour ceux qui ont un handicap physique ou sensoriel, le sport permettrait d’oublier leur condition et même de se surpasser. En remplaçant un athlète blessé, Evans, pourtant coureur de 400-800m, a réussi à confirmer son potentiel au 200m. À la fois fier et ému, lui qui s’entraînait six jours par semaine au stade Maryse-Justin à Réduit veut encourager les jeunes de son âge en situation de handicap. Son message : sortir de l’isolement pour avancer.

Côté lancer du poids, les performances sont grandioses aussi. Brigilla Clair, 16 ans, qui s’est offert l’or au lancer du poids, se souviendra encore de cette édition 2019. Celle qui vient de Rivière Banane, Rodrigues, ne s’attendait pas à remporter la victoire dans sa discipline, malgré une préparation depuis quatre ans. C’est à l’âge de 12 ans qu’elle commence à pratiquer le lancer du poids. Malgré son jeune âge, elle montre vite ses aptitudes pour cette discipline. «J’ai réalisé que même si j’ai fréquenté une école spécialisée, j’étais particulièrement douée au lancer du poids», dit-elle. Elle montrera rapidement qu’elle a les qualités pour se démarquer.

Aujourd’hui, elle se réjouit d’avoir, pour la première fois, une médaille d’or autour du cou suite à sa première participation aux JIOI. Même si sa famille n’a pu être présente sur les tribunes, elle est heureuse d’avoir leur soutien. Surtout pour les championnats du monde (juniors) qui se déroulent cette semaine en Suisse.