ALAIN JEANNOT

« L’ignorance ou l’occultation d’événements historiques majeurs constitue un obstacle à la compréhension mutuelle, à la réconciliation et à la coopération entre les peuples. Ainsi, l’UNESCO a décidé de briser le silence sur la traite négrière et l’esclavage qui ont impliqué tous les continents et provoqué des bouleversements considérables qui modèlent en conséquence nos sociétés modernes. »

(http://www.unesco.org/new/fr/social-and-human-sciences/themes/slave-route/).
La Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, que cet organisme des Nations unies nous appelle à célébrer aujourd’hui, s’inscrit, avec le projet de la Route des Esclaves, dans cette démarche ô combien salutaire.
D’aucuns, encore réticents à l’histoire de l’esclavage, qui, selon eux, serait potentiellement plus perturbatrice qu’édificatrice, argueront qu’il serait contre-productif d’étudier ce passé douloureux et ses conséquences…

Il y a toujours une tendance chez eux de minorer le mal d’une part et, d’autre part, d’évoquer les risques associés à sa vulgarisation. Si la traite et l’esclavage n’étaient, finalement, pas si méchants que ça sous notre beau soleil, pourquoi tant de réserves pour en parler ? Il faudrait choisir : Cruel régime d’asservissement ou pas ? Conséquences graves ou tout simplement prétextes à quelques descendants d’esclaves pour se lamenter afin de grappiller les fruits de la pitié ?

La vérité est dure à assimiler surtout lorsque la conscience est aveuglée par l’ignorance et ses enfants terribles : les préjugés. Par exemple, ce qui m’a le plus frappé lorsque j’ai visité le mémorial de l’abolition de l’esclavage à Nantes, ce n’est pas tant le monument lui-même que les noms des négriers inscrits sur les plaques de verre, réparties le long de l’esplanade qui y mène.

Ces navires qui déracinaient à jamais des êtres humains en les emmenant dans des cales infectes vers des destinations où la liberté et l’humanité leur seraient privées s’appelaient : « Harmonie » , « L’Espoir « , « L’Abondance » , « Généreuse » , « l’Amitié » et autre « Tendre Famille » !

C’est dire, qu’à l’époque, ils avaient réussi à rationaliser ce crime contre l’humanité lui donnant même des allures salutaires !

Une illustration du XIXe siècle: des esclaves transportés dans un négrier. Photo – rue des archives

En 1826, 5,045 esclaves marrons avaient été capturés à Maurice. Quelque 2,000 d’entre eux furent pris dans la capitale, Port-Louis, qui comptait 15,717 habitants. S’ils avaient été si bien traités auraient-ils pris, au péril de leur vie, le risque de s’enfuir ?
Qui peut, sans équivoque, prouver que les articles du « Code noir » relatifs à l’identité (dépersonnalisation), la possession des terres et la prohibition de faire du commerce, entre autres, ne sont que des lois banales qui n’ont rien à voir avec les difficultés qu’ont rencontrées de nombreux descendants d’esclaves dans ces domaines ?
Entre 1670 et 1848, des négriers ont déplacé 388,000 êtres humains destinés à être esclaves dans les Îles Bourbon et Maurice. Les plaies mal cicatrisées de ce vaste déracinement sont encore présentes chez bon nombre de leurs descendants.
Cette Journée du souvenir de la traite négrière et de son abolition devrait être une occasion d’encourager l’inscription à l’école de la démystification et de la compassion.

Ce n’est qu’à ce prix que, sous l’égide de la vérité, nous serons tous libérés des affres du passé.

En ce qui me concerne, j’ai toujours évité ces institutions scolaires qui s’appellent « l’autruche »  ou « le naïf » …