L’Employment Relations Tribunal estime que la décision de l’hôtel d’interdire le « tikka » était « irrationnelle, démesurée et indésirable ».Une demande de révision judiciaire pas à écarter de la part de l’hôtel.

Après une dispute qui aura duré plus de six mois, Sooleka Dalwhoor, employée de l’hôtel The Residence, à Belle-Mare, pourra à nouveau porter son “tikka” sans problème sur son lieu de travail. C’est ce qui a été décidé hier par l’Employment Relations Tribunal, présidé par Me Rashid Hossen. Cette instance estime que les règlements imposés par la direction de l’hôtel « ne correspondent pas » aux principes d’égalité et de bonnes pratiques, mentionnés dans l’article 97 de l’Employment Relations Act 2008. Le tribunal invite également les deux parties à s’engager dans un exercice de réconciliation.

.« The Respondent’s action was irrational, unmeasured and undesirable. We as a result award that Disputant should be allowed to wear the tikka on her forefront during working hours », déclare Rashid Hossen. Cette décision a été accuillie favorablement dans la salle d’audience de l’ERT. Le syndicaliste Atma Shanto, le poing levé, salue Sooleka Dalwhoor, qui ne peut s’empêcher de fondre en larmes. Son frère en fera de même à la sortie du tribunal. Cette affaire, qui a fait beaucoup de bruit en août 2018, a été entendue par plusieurs instances avant d’arriver devant l’ERT. D’abord au ministère du Travail, puis à la Commission de Conciliation et de Médiation, mais aucun accord n’avait été trouvé.

Dans un “award” long de 45 pages, l’ERT explique que la principale concernée travaille à l’hôtel The Residence depuis 2004 comme “Sales Assistant” à la boutique. Dans son contrat, aucune mention n’est faite de l’interdiction de porter le “tikka”. Raison pour laquelle elle en a toujours porté pendant les 14 dernières années. Rashid Hossen a également relevé le caractère « sensible » de cette affaire, estimant qu’il est « important de respecter toutes les cultures, tout en appliquant la discipline sur le lieu de travail ». Il a également rappelé que le “tikka” est pour la femme hindoue le symbole de son mariage. De même, il a souligné que, jusqu’ici, le “tikka” était interdit uniquement à celles travaillant en cuisine, en conformité avec la Food Act. Mais par la suite, l’hôtel a décidé de l’étendre à toutes les employées. Dans le cas de la plaignante, une telle interdiction n’avait aucune raison d’être, étant donné qu’elle n’est pas en contact avec la nourriture.

L’ERT précise également qu’il « n’était pas dans l’intention de l’hôtel de causer du tort à l’employée ou à un groupe ethnique », mais qu’il a tout simplement « mal abordé » cette question. « In striving obsessively to maintain a five-star hotel standard, it should not turn the resort into a military zone », a-t-il dit. Le tribunal a également fait des recommandations pour que les deux parties « recollent les morceaux et repartent sur de nouvelles bases, afin de donner un service excellent, correspondant à un hôtel cinq étoiles ».

À la sortie du tribunal, Sooleka Dalwhoor n’a pas caché sa satisfaction. « Je suis passée par des moments très difficiles, mais je suis contente d’avoir pu faire respecter mes droits. Je remercie Atma Shanto, qui m’a beaucoup soutenu et conseillé, ainsi que mon avocat, Me Bisham Ramdenee. Je dis à toutes les femmes de ce pays qu’il ne faut pas avoir peur de faire entendre leurs voix », a-t-elle dit.

De son côté, le syndicaliste Atma Shanto estime qu’il s’agit d’une « grande victoire » pour les femmes de ce pays. Il a salué le courage de Soolekha Dalwhoor et le « bon travail » abattu par Me Ramdenee. S’exprimant à son tour sur cette affaire, le président de l’ERT, Rashid Hossen, a avoué qu’il s’agissait d’une affaire « très sensible » et « particulière ». Et d’ajouter : « La plupart des cas qui arrivent devant nous sont liés aux licenciements, aux promotions ou aux conflits. C’est la première fois que nous avons une affaire basée sur un problème d’ordre culturel. Il a fallu faire très attention. Et comme je l’ai dit également, il est important maintenant, de construire la réconciliation, car notre ressource humaine est notre richesse. »

Rappelons qu’en août de l’année dernière, Sooleka Dalwhoor avait reçu un deuxième avertissement pour le port du “tikka” sur son lieu de travail. Devant son refus d’obtempérer, elle a écopé d’un troisième avertissement, synonyme de licenciement. Suivant cette décision de la cour, tous les avertissements ont également été annulés.
Dans un communiqué émis hier après-midi, Belle-Mare Beach Development Co Ltd, propriétaire de l’hôtel The Residence,a fait savoir que ses hommes de loi étudieront le jugement de l’ERT et qu’une décision sera prise subséquemment quant à une demande de révision judiciaire ou pas.