« Cela ne sert à rien de réclamer la démission des ministres, du directeur des Services météorologiques ou d’autres hauts responsables. Il faut comprendre que le changement climatique est venu pour rester et il nous faut nous adapter à cette nouvelle situation. » Propos du Chief Executive Officer de l’ONG Environment Protection And Conservation Organisation (EPCO), Kheshwar Beeharry-Panray, après les inondations ayant causé la mort de onze personnes dans la capitale samedi dernier.
« Nous sommes tous fautifs dans le sens où nous ne nous sommes pas adaptés à cette nouvelle situation. Je dois dire que, malheureusement, nous ne comprenons pas encore ce qu’est le changement climatique. Cessons de prendre les choses à la légère, nou bizin pran kont », affirme M. Beeharry-Panray. C’est ce qui s’est produit lors des récentes inondations. Il rappelle ce qu’on avait dit au sujet des inondations qui avaient eu lieu à Mon Goût en 2008, que toute cette eau venait du réservoir de La Nicolière. « Finalement, tel n’était pas le cas mais les Mauriciens n’ont pas compris que c’était la première alerte aux inondations et que celles-ci se produiraient à nouveau », soutient M. Beeharry-Panray. Et de poursuivre : « Cela s’est produit à Port-Louis parce que la température dans la capitale est plus élevée d’un à deux degrés par rapport aux autres régions de l’île. En outre, le béton cause un island heat effect, pouvant générer de telles précipitations avec de gros nuages qui, par coïncidence, passaient à ce moment sur la capitale », estime le CEO d’EPCO. « Le Ruisseau du Pouce obstrué, des constructions partout et des ordures qui bouchent les drains contribuent à aggraver la situation. »
Ces dernières années, EPCO a organisé des séminaires sur le changement climatique dans différents villages tels Grand-Gaube, Trou-aux-Biches, Le Morne, La Gaulette et Petit-Raffray, pour expliquer aux gens le changement climatique et ses conséquences. « Le monde entier essaye de s’adapter ; nous, à Maurice, nous sommes en retard. Nous avons un problème d’adaptation », estime notre interlocuteur. M. Beeharry-Panray est d’avis qu’il faut éduquer les gens sur la question d’adaptation. « Commençons par les écoles où nous avons introduit les règles d’hygiène et les bonnes habitudes de lecture. Introduisons maintenant l’adaptation au changement climatique. Il faut préparer les enfants pour l’avenir », fait-il ressortir. Il suggère aussi la mise en place d’un protocole en cas de pluies torrentielles où tout un chacun saura ce qu’il doit faire. « Surtout ne pas laisser partir les écoliers ou les employés. La sécurité réside sur place à l’étage jusqu’à ce que le niveau d’eau baisse. Il n’y a qu’une à deux heures à attendre pour avoir la vie sauve », conseille-t-il, avant d’ajouter : « Dans le cas de pluies torrentielles, nous devons prendre en charge ceux qui sont les plus vulnérables dans la rue, tels les malades, les handicapés, les femmes et les enfants. » Il insiste sur l’éducation, l’information et la coordination pour sauver des vies car le changement climatique est venu pour rester. « Pran kont », conclut-il.