Le pays a fait un grand bond en arrière ces derniers jours avant de trouver un accord ce matin qui le met sur la voie afin de remettre certaines pendules à l’heure. D’une part, on avait des syndicats réunis au sein de la Joint Negotiating Panel, de l’autre une Association de Producteurs Sucriers.
Des protagonistes syndicaux auraient-ils dû tenir un discours on ne peut plus anachronique, faisant des appels émotifs aux symboles : Ratsitatane et Anjalay d’un côté et l’épopée du Mahabharat de l’autre? Le sucre représente aujourd’hui une part infime de notre Produit intérieur brut, moins de 5%. Les compagnies sucrières d’antan se sont centralisées et modernisées pour se transformer en pôles industriels de développement. La réforme du secteur est passée par là dans une logique de survie mais aussi d’efficacité économique.
Ces entreprises articulées autour des secteurs cannier, énergétique, touristique et du développement foncier se sont réinventées en entreprises plurielles … Ceci tant au plan des intérêts financiers, que du pattern de leur investissement, des activités de production, de leur aire d’influence, et de leurs ressources humaines.
Aujourd’hui, ces entreprises mauriciennes d’un type nouveau, portées par les valeurs de bonne gouvernance, de démocratisation au plan de l’actionnariat et du développement durable sont porteuses d’un savoir-faire et d’une expertise reconnus par les institutions publiques et privées de financement international.
Ce savoir-faire et cette expertise crédible s’articulent autour de l’éthique du triple bottom line : People, Planet, Profit mais aussi autour de ce qu’il convient de qualifier d’acte de foi dans ce pays ; et sa région leur permet de prospérer au bénéfice de tous leurs stakeholders… Employés, actionnaires, financiers, communautés avoisinantes etc … Ce savoir-faire et cette approche puisent sa raison d’être dans les actions fondées sur la notion de développement durable au plan financier, humain, environnemental, économique et social ; ils s’exportent au bénéfice du développement en Afrique et en Europe.
Au sein de leur portefeuille d’activités économiques ces entreprises d’un type nouveau sont individuellement différentes de la plupart des membres « historiques » des sucriers planteurs d’hier, c’est-à-dire il y a à peine 20 ans, alors que les syndicats ont utilisé un discours que l’on est tenté de qualifier de diatribe pré-historique.
Le secteur a enclenché une mutation fulgurante, au point même que ses institutions ont été fédérées au sein non pas d’une Sugar Authority mais d’une Cane Authority. Certes le sucre représente un symbole émotif, douloureux à plus d’un titre, modelant un inconscient individuel et collectif mais il est ancré dans le passé … Quoique certains politiques n’hésitent pas à faire des flash-backs quand cela les arrange. C’est de bonne guerre ! C’est vrai qu’il y a eu un « prix politique » à payer par le secteur sucrier en contrepartie des accords de Yaoundé, de Lomé, du Protocole Sucre (que l’on croyait éternel) de même que les accords multifibres …
C’est vrai aussi que la culture de plantation a laissé des séquelles douloureuses – ce ne sont ni Bernardin de St-Pierre dans son Voyage à l’Isle de France ou plus près de nous le Lal Pasina ou encore les Sueurs de sang d’A.Unnuth qui contrediront cela. Mais aujourd’hui tout cela appartient au passé ; le passé doit certes nous éclairer pour l’avenir. Cet avenir ou la canne nous a déjà projeté que King sugar est aujourd’hui Citizen Cane… Les entreprises sont comme les autres et demandent que le level-playing field républicain se substitue au fait du prince d’hier – yesterday is another country, comme dirait l’autre. Il semblerait, à entendre leurs envolées, que certains aient malheureusement raté cette série d’épisodes-là… ce qui explique sans excuser leur anachronismes. Espérons que l’accord conclu entre la Mauritius Sugar Producers’ Association et le Joint Negotiating Panel remette vite certaines pendules à l’heure !