Certains voient un rapport avec la dernière rencontre Obama/Cameron qui a porté, entre autres, sur le retour des Chagossiens sur leur terre natale
Peter Hayes sera en visite à Maurice la semaine prochaine. Si ce nom ne dit rien à la grande majorité des Mauriciens, il est quand même celui du commissaire des British Overseas Territories et du « so-called British Indian Ocean Territory » qui regroupe les îles mauriciennes de l’archipel des Chagos. Si cette visite, qui serait une première pour ce commissaire en poste depuis 2012, a été confirmée par diverses sources, elle reste toutefois un mystère quant à ses objectifs, aucune source officielle n’étant en mesure de dire si des discussions sont prévues avec les autorités mauriciennes, ne serait-ce qu’au niveau des hauts cadres de l’État.
Ceux qui sont dans le secret de cette visite pensent qu’elle a pour but de poursuivre des discussions probablement déjà engagées entre officiels depuis le ruling du 19 mars 2015 du Tribunal des Nations unies qui avait donné gain de cause à Maurice et qui avait statué que la création de la Marine Protected Area constituait une violation des lois internationales. Mieux, deux des cinq juges, qui faisaient partie de ce tribunal, avaient aussi soutenu la revendication de la souveraineté de Maurice sur le Chagos.
Cette visite fait-elle suite aux discussions qui ont récemment eu lieu à Londres entre le président des États-Unis Barack Obama et le Premier ministre britannique David Cameron ? Certains y voient un lien étant donné qu’en cette année d’expiration du bail de 50 ans sur Diego Garcia le 29 décembre 2016, accordée par la Grande-Bretagne aux États Unis, la question de son expiration ou de son renouvellement automatique pour 20 ans se posera d’urgence.
Le Daily Mail britannique qui évoquait la rencontre Obama/Cameron, écrivait, le 25 avail dernier, que « Deal to send Chagos islanders back to their tropical paradise could be closer after Cameron and Obama discussed US air base lease on Diego Garcia over the week-end » et citait un porte-parole de 10, Downing Street comme ayant affirmé que « the PM raised the issue of the British Indian Oversaes Territory with the President in the context of the government’s ongoing review of settlement ».
La situation au « so-called BIOT » paraît, par ailleurs, assez préoccupante du point de vue de la protection des ressources. David Snoxell, le Coordinator of the Chagos Islands All-Party Parliamentary Group, soulignait, à la fin de décembre 2015, que cette année d’expiration de l’accord US/UK, devrait être considérée comme une «unique opportunity to resolve the problems that have beset successive Governments » et de « rectify injustice done to the Chagossians ». Il parlait aussi de l’échec du « so-called BIOT » et de sa MPA critiquée par un tribunal de l’ONU en ces termes : « Illegal fishing has increased substantially because enforcement is inadequate. »
Un dossier en panne
Quant à la situation de Maurice sur ce dossier, on peut, sans crainte, dire qu’il est en panne. Après la victoire obtenue aux Nations unies devant lesquelles l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam et son conseiller Milan Meetarbhan avaient porté le litige sur la Marine Protected Area, il n’y a pas eu de grandes initiatives prises. Il y a certes eu un comité inter-partis parlementaire mis sur pied avec le Premier ministre comme président, mais, en une année, il ne se sera réuni que deux fois.
Et sur le plan diplomatique, le bilan est, pour le moins, squelettique : pas de rencontre pour Sir Anerood Jugnauth avec le président Obama ou avec David Cameron si ce n’est un aparté sans conséquence dans les coulisses du sommet du Commonwealth en novembre 2015 comme le résumait ainsi le communiqué du Conseil des ministres en date du 4 décembre 2015 : «During the retreat organized to enable Heads of Government exchange views on global issues, the Prime Minister raised the issue of Mauritius sovereignty over the Chagos Archipelago with particular reference to the UNCLOS Arbitral Award. »
On est très loin des engagements pris par le chef du gouvernement lors de deux Private Notices Questions posées par le leader de l’opposition, Paul Bérenger, les 26 février et 20 mars 2015 alors que reprendre le dossier, là où il s’était arrêté en 2003 lorsque Jack Straw, alors Foreign Secretary ne s’était pas montré réfractaire à l’idée d’un retour des deux îles de l’Archipel, Peros Banhos et Salomon à l’île Maurice, pourrait, selon les familiers du dossier, être une bonne base de discussions.
Quoi qu’il en soit, on devrait en savoir davantage sur le dossier des Chagos lors de cette visite de Peter Hayes à Maurice cette semaine. Si son calendrier de rendez-vous n’est pas encore connu, ce qui est prévu, c’est qu’il soit l’hôte à dîner mercredi du haut commissaire britannique à Maurice, Jonathan Drew.
Ce que l’on sait de Peter Hayes, c’est qu’il est en poste depuis octobre 2012, qu’il détient un PHD en physique nucléaire du Kings College, qu’il a ensuite embrassé une carrière diplomatique pour avoir été, à partir de 2005, tour à tour le Principal Private Secretary des Foreign Secretaries Jack Straw, Margaret Beckett et David Miliband et le consul général à Washington, mais aussi, de 2008 à 2010, le haut commissaire britannique au Sri Lanka avec juridiction sur les Maldives. Avant de devenir le Commissaire des BOT et du « so-called BIOT», David Hayes a également été le Head of Public Affairs du London Stock Exchange.