Depuis ces trois derniers mois, le projet de réforme électorale et le Positioning sur l’échiquier politique en anticipation à une éventuelle conclusion d’une alliance électorale entre le Parti travailliste et le MMM monopolisent l’attention. N’empêche que la série de controverses têtues, voire des scandales publics en puissance, tentent de se frayer un passage au-devant de l’actualité et au cours de la semaine écoulée, des principaux dossiers, que l’on pouvait croire enterrés, sont remontés à la surface. Ainsi, Lalit, un des Major Playersdans la bataille contre l’introduction de la Biometric Identity Card, a sorti de son chapeau de nouveaux éléments troublants autour de l’allocation de ce contrat d’un montant de l’ordre de Rs 1,5 milliard sans aucun exercice d’appels d’offres. Les détails au sujet des compagnies se partageant ce pactole risquent d’alimenter la chronique politique dans les prochains jours.
L’enseignement supérieur est également revenu à l’avant-plan avec l’Université de Maurice rattrapée par les « coustics » autour de la nomination de la nouvelle vice-chancellor. Les conclusions de l’Equal Opportunities Commission suite à une plainte déposée par Ameenah Gurib-Fakim constituent une opération de strip-tease des procédures, loin d’être transparentes, pour un poste aussi élevé dans la hiérarchie de l’Académie.
Pour ne pas être en reste, les animateurs du Kolektif Lenerzi Renouvelab reviennent à la charge avec le dossier du charbon dans la génération d’énergie électrique avec un barrage de questions au directeur de la Commission Maurice Ile Durable (MID), Osman Mohamed. L’objectif de cetteinitiative est de procéder à un recadrage du débat national sur la production énergétique de Maurice pour les prochaines années en conformité aux ambitions déclarées de la Green Mauritius.
De son côté, la dernière démarche de l’Independent Commission Against Corruption, avec les Corruption Prevention Reviews, aura eu pour effet de réveiller le monde syndical de la fonction publique. Ce premier rapport clouant au pilori le système d’inspectorat dans le secteur public est contesté avec véhémence par les syndicalistes, dont entre autres, Rashid Imrith, président de la Fédération des Syndicats du Secteur Public, accusant l’ICAC de “méconnaissance de la machinerie gouvernementale”.
Un autre pavé   dans la mare
Même si les responsables du projet du Mauritius National Identity Card Scheme (MNCIS) croient pouvoir tirer une satisfaction avec l’approche de l’échéance pour la migration vers la Biometric ID Card, les problèmes fondamentaux perdurent. Tout le volet relatif au respect des droits à la vie privée est remis en cause avec le dernier Ruling de la Data Protection Commission. Cette question devra être tranchée par les instances judiciaires appropriées avec les deux demandes d’injonction débattues en Cour suprême.
Toutefois, en fin de semaine, le mouvement Lalit est venu jeter un autre pavé dans la mare de la nouvelle carte d’identité nationale. Maintenant la pression pour percer le mystère des sociétés se partageant cette enveloppe de Rs 1,5 milliard des fonds publics, l’un des plus gros contrats publics adjugés dans l’opacité la plus obscure, Rajni Lallah a pu identifier l’un des plus puissants conglomérats du pays comme un des principaux bénéficiaires de ce contrat.
Sur la base des informations obtenues, la représentante de Lalit remet en question des explications fournies officiellement à l’Assemblée nationale par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le ministre de la Technologie informatique, Tessarajen Chedumbrum-Pillay. “Eski sa gro lamone piblik vreman soryi dans pos Government of Mauritius al dan pos Government of Singapore ?”,se demande-t-elle en préambule en supputant un «Hijacking»de ces fonds publics par des entités mauriciennes très bien connectées au pouvoir avec des compagnies internationales comme partenaires.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, Rajni Lallah dissèque les deux composantes du projet de la carte d’identité nationale biométrique. D’une part, la mise sur pied et la gestion d’une banque de données centralisée (Centralised Data Base) à Ebène, représentant une véritable machine à sous pour bénéficier des fonds publics et ensuite le fonctionnement des centres de conversion. Lalit dresse le parallèle avec le projet britannique, qui a été abandonné en raison des coûts élevés de ces opérations.“So fre rulman akablan”, ajoute-t-elle.
Techniquement, l’adjudication de ce contrat à hauteur de Rs 1,5 milliard a été effectuée sur la base de gouvernement à gouvernement avec la compagnie d’Etat, la Singapore Corporation Enterprise, choisie pour l’exécution du projet. Pour mieux cadenasser le deal, une clause de confidentialité a été incluse en vue d’éliminer toute possibilité de révélations au sujet de l’utilisation de ces fonds.
“La part du gâteau
Les recherches entreprises par Lalit débouchent sur des révélations quant à l’identité des protagonistes. Avec l’allocation du contrat de la Biometric ID Card, la Singapore Corporation Enterprise a constitué un consortium avec deux autres groupes privés à Singapour, soit Crimson Logic et la NEC Asia. Aucun problème jusqu’ici, sauf que les liens très étroits existent entre la NEC Asia et une compagnie mauricienne faisant partie d’un des plus importants conglomérats du pays.
“Nous avons obtenu confirmation que le partenaire mauricien de NEC Asia à Maurice est Technology Management Services (TMS). Une simple visite sur le Website devra rassurer plus d’un. Mais ki été sa TMS la ? Li kareman enn sibsidyer British American Investment”, explique Rajni Lallah, qui ne s’épargne aucun effort pour dénoncer l’astuce utilisée par les autorités pour l’exécution de cet important contrat.
“Ala kimanyer Guvernman Moris travers Guvernman Singapore pu avoy larzan dan pos konpayni ki pros ar Parti Travayis. Ala gro-lo rant dan pos seki dan LALIT nu apel “burzwazi deta”. E li aterir, san okenn apel dof. Larzan piblik par milyar pe plase dan sa fason la”, s’insurge-t-on dans les rangs deLalit même si à ce stade, le niveau de participation de Technology Management Services attend d’être précisé de manière publique pour définir “la part du gâteau qui luireviendra”.
Une analyse des liens de l’autre compagnie du consortium, Crimson Logic, est encore plus révélatrice quant à ses connexions avec des intérêts économiques à Maurice. Crimson Logic est actionnaire à hauteur de 40% dans la Mauritius Network Services  (MNS) avec pour partenaire majoritaire, Maurinet, s’attribuant 60% du capital. Les actionnaires de Maurinet sont en majorité des corps para-étatiques de Maurice (53%) et les 47% restants détenus par la Chambre de Commerce et d’Industrie.
Pour conclureau sujet des ramifications derrière le consortium de la Singapore Corporation Enterprise, Raj Lallah trouve que “Leta Moris ek kapitalist Moris (dan lindistri ek komers) finn fer enn Joint Venture pu kontrol sa konpayni Maurinet la, ki gayn enn parti larzan la avec kontra Biometric Id Card”.
Lalit commente également la présence de la compagnie Valdus, basée à Goodlands, pour la conversion de la carte d’identité nationale. Cette société a décroché le contrat pour les opérations dans les centres de conversion et les unités mobiles, qui sont déployées. Rajni Lallah ne manque pas de commenter la proximité des promoteurs de Valdus avec de hautes personnalités au pouvoir.
Résumant les dessous de ce contrat pour un projet reconnu jusqu’ici pour des caractéristiques controversées, Rajni Lalah s’interroge sur les justifications avancées par le Premier ministre à l’Assemblée nationale en juillet 2013. “Kan Premye Minis Ramgoolam ti fer diskur dan Parlman le 9 Ziyet 2013 pu zistifye kifer se guvernman Singapore ki finngayn kontra kart ID biometrik, li finn dir ki li pu de rezon: akoz Guvernman Singapur ena enn repitasyon ki li “above board” lor sa kalite kestyon la Me, eski sa ki apel “above board”? Kan nu truve ki se enn sibsidyer BAI, konpayni pros Guvernman Travayist, ki se burzwazi dan Sanb Komers ek Indistri, ki pe benefisye depi gro kontra pu data-base santralize, ansam ek MCCI? E kan pros Travayis dan Valdus ki pe benefisye travay konversyon?”,poursuit-elle.
Ces nouvelles pièces versées par Lalit dans le dossierde la Biometric ID Card ne devront pas laisser insensibles les militants de la campagne avec pour thème générique No To Biometricks ou encore les bénéficiaires des retombées de ce contrat des plus juteux. La fin de la campagne de conversion de la carte d’identité nationale risque d’être mouvementée avec les deux procès d’injonction en Cour suprême abordant leur phase décisive dans les semaines à venir et l’aspect des empreintes digitales s’apparentant à des atteintes à la vie privée de l’individu“still not thrashed out”à la satisfaction des parties intéressées.