Le hacker Rui Pinto interviewé par la presse

Un tribunal de Budapest a ordonné mardi l’extradition vers son pays du hacker portugais Rui Pinto, principal artisan des « Football Leaks » qui ont conduit à l’ouverture par plusieurs pays européens d’enquêtes sur des malversations présumées dans le monde du football.

Présenté par ses avocats comme un « très important lanceur d’alerte européen », cet autodidacte âgé de 30 ans est accusé par Lisbonne de « tentative d’extorsion aggravée » et de « vol de données ».

« La demande d’extradition ne peut pas être refusée », a estimé mardi le tribunal hongrois, dont la décision est susceptible de faire l’objet d’un appel.

Intérêt général.

Rui Pinto a, lui, plaidé le fait d’avoir servi l' »intérêt général », mardi à l’ouverture d’une audience d’extradition de la Hongrie vers le Portugal, mesure qui selon lui entraverait les enquêtes de plusieurs pays européens sur des malversations présumées dans le football.

Chemise bleue et jean déchiré, ce Portugais âgé de 30 ans a clamé son désintéressement devant le tribunal de Budapest chargé de se prononcer sur une demande d’extradition le concernant formulée par Lisbonne.

« Je n’ai commis aucun des délits dont je suis accusé, je n’ai jamais tiré de profit matériel de ce que j’ai fait. J’ai fait ce que j’ai fait pour le bien de l’intérêt général, afin de dévoiler la corruption dans le football européen », a-t-il déclaré.

Présenté par ses avocats comme un « très important lanceur d’alerte européen » et comme le principal artisan des Football Leaks, Rui Pinto a été arrêté le 16 janvier à Budapest en vertu d’un mandat d’arrêt européen émis par le Portugal, qui l’accuse de « tentative d’extorsion aggravée » et de « vol de données ».

CR7, PSG, Man City…

Depuis la capitale hongroise, où il vit depuis 2015, cet autodidacte connu sous le pseudo de « John » a piraté des millions de fichiers relatifs au monde du foot business dans le but selon lui de dévoiler les coulisses d’une industrie « malhonnête ».

A partir de 2016, il a confié des millions de documents à un consortium de médias européens qui ont révélé fin 2016 et en novembre dernier des mécanismes d’évasion fiscale, des soupçons de fraude et de corruption mettant en cause plusieurs joueurs vedettes et dirigeants de clubs.

Football Leaks reste à ce jour la plus importante fuite d’informations sur les coulisses du ballon rond.

Parmi les nombreux dossiers qui lui sont imputables: les ennuis fiscaux de Cristiano Ronaldo liés à son passage au Real Madrid, l’affaire du fichage ethnique du Paris SG ou encore la tolérance accordée par l’UEFA aux entorses présumées au fair-play financier du Paris SG et de Manchester City.

Accusation de chantage

Ces documents intéressent la justice de plusieurs pays européens. Le Parquet national financier français (PNF), avec qui Rui Pinto a engagé une collaboration fin 2018, a notamment estimé qu’ils ont permis des « développements majeurs » dans les enquêtes pour fraude fiscale qu’il a ouvertes.

Le PNF, qui a indiqué posséder quelque 12 millions de documents issus des Football Leaks, a officiellement proposé aux huit autres pays concernés par le scandale de partager ces fichiers avec eux. La Belgique et la Suisse, où des enquêtes sont en cours, ont notamment marqué leur intérêt.

Le Portugal accuse toutefois Rui Pinto d’avoir volé des données, y compris à l’Etat, et surtout d’avoir procédé à des tentatives de chantage préalablement à ses révélations, notamment au détriment du fonds d’investissement maltais Doyen, également impliqué dans des transferts de joueurs.

Le hacker, qui est aujourd’hui défendu par une équipe internationale d’avocats, a reconnu récemment avoir contacté ce groupe fin 2015, tout en assurant avoir voulu simplement le tester, sans intention malhonnête.

‘Menaces de mort’

Mardi, il a une nouvelle fois accusé le Portugal de chercher à le faire taire et à entraver les enquêtes menées par les parquets européens en l’empêchant de leur fournir de nouveaux documents.

« Je n’ai aucune confiance dans les autorités portugaises, elles ont une approche biaisée en matière de football », a-t-il souligné. « Il est de leur intérêt que quelque chose de fâcheux m’arrive, directement ou indirectement ».

Le pirate a assuré avoir fait l’objet de « nombreuses menaces de mort ». « Je devrais bénéficier d’une protection pour lanceur d’alertes comme cela existe ailleurs en Europe, au lieu de quoi les autorités portugaises me traitent comme un criminel ».

Récemment, son avocat français, William Bourdon, avait jugé « inconcevable » que les parquets européens « soient privés de ses témoignages et de l’accès aux données considérables saisies à Budapest » lors de son arrestation.

« Il y a des millions d’euros que les autorités européennes pourraient recouvrer » au titre d’amendes et de pénalités fiscales », a estimé mardi le hacker devant des journalistes lors d’une interruption d’audience. « Neuf ou dix autres pays sont avec mois, sauf le Portugal », a-t-il ajouté.

Son avocat en Hongrie, David Deak, a demandé mardi une annulation pure et simple de la procédure d’extradition, arguant d’une « erreur de procédure » dans l’émission du mandat d’arrêt. Rui Pinto s’est dit prudemment optimiste quand à l’issue de la procédure.

Une décision de tribunal de Budapest est attendue dans la journée. Elle pourra faire l’objet d’un appel.

Source : AFP