La semaine qui s’est écoulée a été très riche en émotions et en sensations fortes, extrêmes, même, émanant de la planète foot. Ce n’est un secret pour personne, et de surcroît puisque le foot est le sport roi, que tout ce qui gravite autour du cuir rond insuffle en nous de grands sentiments… Ce qui a changé fortement la donne cette semaine, chronologiquement, c’est d’une part un petit bout de femme aux cheveux mauves, sans aucune connotation politique locale : l’Américaine Megan Rapinoe. Forte en gueule, certes, et surtout très forte au jeu à 11, version femmes, elle a donné une belle leçon d’humilité et d’amour au monde entier. Puis il y a cette magnifique équipe malgache, soudée et motivée, qui s’est hissée jusqu’aux quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), et ce, pour sa toute première participation à ce niveau. La passion a été au rendez-vous, tant pour la finale de la Coupe du Monde féminine que la joute comptant pour les quarts de la CAN, où les Barea se sont inclinés face aux Tunisiens en deuxième mi-temps. La passion pour le beau jeu et toute l’excitation qui fait frémir, c’est vrai. Mais pas que.

Le parcours sans faute des Barea, de leur toute première qualification à la CAN en octobre 2018 aux quarts de finale de cette semaine, a propulsé cette équipe malgache sur le devant de la scène. Armés d’une farouche envie de vaincre, délivrant un jeu efficace et solide, sans ces artifices devenus d’usage hélas, comme les feintes et mises en scènes que l’on voit (trop) souvent quand les stars du foot international s’affrontent, dans leurs équipes cinq étoiles, ou pour les championnats européens ou en Coupe du Monde, carrément, les joueurs Malgaches ont rendu au football ses lettres de noblesse. Bien sûr, c’est rudement triste de les voir sortir de la compétition après avoir si bien entamé leur parcours. Mais au final, ils sont des héros tant dans les yeux de leurs supporters de la Grande île que dans les nôtres, les pays voisins. Car ils nous ont montré que quand on veut, on peut !

Le beau jeu est, aussi, ce qu’a distingué Megan Rapinoe ainsi que toute l’escouade des filles du pays de l’oncle Sam dans la Coupe du Monde féminine, de la capitaine Alex Morgan à la relève incarnée par Rose Lavelle, immense talent en devenir. Et si Megan Rapinoe est en passe de devenir une superstar interplanétaire, c’est surtout grâce à ses prises de position claires et tranchées sur des questions sociales et humaines, et sa totale franchise quand il est question de la politique pratiquée par le président Donald Trump.

Il convient bien évidemment de voir au-delà de son désormais légendaire « I won’t go to f… White House ! » Son cri de colère et un chapelet d’autres expressions contenant le fameux « f… word » mis à part (et miss Rapinoe s’est excusée pour avoir déclamé autant de jurons), ce que la co-capitaine de l’équipe nationale américaine souhaite surtout, via son comportement, c’est que son président se mette au travail pour que son pays (re)devienne un endroit où il fait bon vivre, où les différences de couleurs de peau, d’orientation sexuelle, et carrément de genres (la disparité des salaires hommes/femmes), ne sont plus des obstacles, mais des éléments qui serviront à rapprocher et construire. En cela, parce qu’elle n’a pas peur de dire haut et fort ses sentiments, qu’elle préfère opter pour l’honnêteté de ses propos, et tant pis s’ils heurtent certaines susceptibilités, Megan Rapinoe gagne non seulement en popularité, mais aussi s’érige en modèle pour des jeunes. À 34 ans, cette sportive douée va très certainement marquer l’histoire de son pays.

Avant elle, d’autres sportifs, mais aussi des artistes, dont Colin Kaepernick, quaterback des San Francisco 49ers, professionnel du foot américain (à ne pas confondre avec le football/soccer), avait fait le buzz en 2016 quand il refusa de se lever au moment où l’hymne national américain, la Star Spangled Banner, est entonné par tous. Son geste, Kaepernick le veut en dénonciation des abus divers subis par les Noirs aux States. D’autres joueurs lui auront emboîté le pas. Rapinoe, elle, va plus loin. Pour elle, c’est toute une mentalité qui doit être revue, parce que rétrograde, et hélas encouragée par Trump.

En cela, cette femme et les Barea sont de véritables inspirations autour de la planète. Dans cette ère où les drogues et d’autres pièges et artifices menacent notre joie de vivre et notre paix, qu’elle soit intérieure, nationale et internationale. En cette période pré-JIOI, nous gagnerions tous à nous inspirer de Rapinoe et des Barea ! Et pourquoi pas, faire des émules…

Husna Ramjanally