Le récit qui suit tient d’une longue enquête menée sur le terrain et après de grandes prises de risques où notre ex-journaliste a donné de lui-même pour trouver la réponse à la question que tous se posent en ce moment. Une enquête réalisée sans filet de protection, dans des conditions extrêmes. Cela lui a permis de connaître l’identité du grand gagnant des élections du 7 novembre.

Il est minuit moins dix. Il est temps pour moi de met enn serye. Le chauffeur du bureau qui m’a conduit à mon lieu de rendez-vous n’a pas voulu patienter. Il m’a déposé, avant de ras lavi. Lui, c’est un gro kapon ! Courageusement, je lui ai fait entendre ma réflexion… une fois que je fus hors de portée. Il m’a répondu un truc du genre que j’étais un gro kouyon et que je devais arrêter la sinte. C’est ça, cause toujours ! Bientôt des comme lui riront jaune pendant que moi, je les regarderai en leur balançant un rire imitant celui des Daku dans les films indiens, tout en tirant une longue bouffée de synt… heu… d’air frais. Ce sera Souper ! Lakrem sokola, comme dirait ce grand compositeur (heureusement) disparu des ondes.

Un homme. Un vrai.

Il est donc toujours minuit moins dix. Quand vous êtes seul dans la nuit devant laport simitier, c’est vrai que les secondes avancent à peine. Oui, mesdemoiselles et mesdames, vous avez bien lu : seul comme un gran mari divan laport simitier ! Voilà qui fait de moi un zom. Un vrai !

Pas un ti-komik, ni un Mickey, encore moins un Étienne, comme ils l’ont insinué dans la rédaction quand j’ai dit que je reviendrai avec LE grand scoop de la campagne électorale. Pas un de ces feuilletons bon marché et vindicatifs à la Sipakigate. Non, non. Un truc plus croustillant, plus choquant, plus fort encore que le touni touni promis par le Mentor, incarnation même de la SAJesse profonde de notre île. Un bon vieux sage dont la classe n’a d’égale que la Rolex qui n’a jamais été volée à Roches Noires, puisque le propriétaire des lieux avait juré sur l’honneur qu’il n’y était pas. Bon, c’est vrai que le whisky, le cigare, le séga et la bonne compagnie chirurgicalement relookée peuvent facilement embuer la mémoire. Mais tout cela est vite oublié et pardonné, maintenant que le souvenir du coffre plein à craquer n’indigne plus. Demandez à ceux qui chantent “Li mem nou Lerwa !” pour voir.

Mystic still life with healing herbs, burning candles, alchemist parchments and magic books. Old pharmacy, homeopathic, esoteric or alternative medicine concept. Black magic and occult objects

En toute Serenity.

Ankor enn fwa, il est minuit moins dix. Eoula ! Ki ou krwar ? Mw’asi, j’ai parfaitement le droit de m’égarer dans mes pensées et de débiter bêtises et inepties, en étant persuadé que les gens demeureront dociles et gopia devant tant d’intellectualité. Si encore ce mot existait, ils n’auraient vu en moi que style et beauté. Exactement comme pour cet aboyeur de service, coiffé comme un royos perdi bann semeur de zanzanie dans l’Espagne de Francisco François.

Bon, je me passerai de vous préciser l’heure alors qu’un vent frais souffle sur cette nuit sombre où j’ai rendez-vous avec le destin. Voilà une image digne d’un film à gros budget raté comme Serenity, qui n’a jamais été tourné là où les photos ont été prises et où des pwason milion ont été distribués aux beaux-frères veinards. Bon, c’est vrai que j’ai pas tout compris; mais c’est bien de pwason dont ils parlaient quand ils citaient ces millions ? Enfin, pas grave, ça aussi on peut oublier. Tout comme pour l’histoire de la Petite Clinique sous la Colline et de l’édifice à la gloire du Soleil, érigé par le Roi-Papa. Revenons à nos zonion.

À la rencontre d’un savant.

Le destin vient à moi, vous disais-je. Le destin, ou plutôt un vénérable personnage qui maîtrise la science de la lecture du passé, du présent et du futur. Un savant qui sait aussi faire courber la ligne toute tracée du destin en offrant limon, sandal, rhum, cigarette, coco, etc. dans la croisée ou en entrant en communion avec les énergies voguant dans le silence paisible des cimetières, loin du brouhaha des cours de récré ou du Parlement. Désolé pour le pléonasme. Un de ces êtres à part à qui l’on fait appel pour fer enn travay afin d’évincer ces collègues qui bloquent vos chances de promotion, pour trouver enn bon tifi pour se débarrasser de son fils qui reste toujours à la maison, ou pour savoir dans quelle circonscription ne pas poser.

Cet être à part, je dois vous l’avouer, c’est la chance ou plutôt une force mystique guidant mes pas dans le néant provoqué par l’inhalation d’un feuillage saupoudré d’un pwazon lera de mauvaise qualité, qui l’a mis sur mon chemin. Quelques jours plus tôt, j’avais été kas enn poz dans une base montée par mon zinkou Mike dans le quartier. Mike, je dois le reconnaître, est un bon traser, un bater bis professionnel. Dès que les élections ont été annoncées, il a monté une tente dans sa cour et a aussitôt proposé ses services aux candidats. Donc, il y a des jours où sa tente affiche les couleurs de lalians sa-bann-la; le lendemain, il travaille pour lalians lot-bann-la. Et depuis, sa femme ne cuisine plus, puisque tous les jours chez lui, c’est briani mauve, minn frir lotel bofrer, dipin R-Way-Kofi, rhum, divin lakle. Et tout cela pour pouna. Ici, la simik est de qualité top. Les livraisons sont faites soukoutap directement par les importateurs/distributeurs, qui comptent aussi parmi les généreux sponsors, aux côtés des grosses compagnies privées qui financent elles aussi partou kote de manière désintéressée.

En route vers le Parlement.

Ah, le voilà enfin qui arrive. Mais quel charisme ! Quelle personnalité ! Mieux encore que celle du fulminant moqueur qui riye anba moustas et qui est désormais sérieux, prétendant à la succession de Jack Nicholson, Heath Ledger et plus récemment Joachim Phoenix dans le rôle qui les unit. Mais quelle stature ! Rien à voir avec l’ancien adepte de bisous sur les mains “and other parts of my body”, comme cela devrait être écrit dans le Hansard du Parlement.

Quelle odeur aussi ! Bon, c’est vrai que Zorz Gali Gali, mon rendez-vous de ce soir, n’a pas trop le temps pour la coquetterie. Entre ses travay dan lakrwaze, ses séances de méditation anba laboutik et ses prêches publiques après chaque demi-bouteille de rhum, son emploi du temps est très chargé.

C’est un pote à Mike qui me l’a présenté dans baz un soir, alors que je lui parlais de mon ambition de pouvoir trouver un scoop qui ferait mes collègues avoir dekon et qui obligerait mon rédacteur en chef à faire de moi son chouchou. À partir de là, toutes les couvertures me reviendraient, semaine après semaine. Je finirais par devenir célèbre, je deviendrais ensuite attaché de presse, j’écrirais un livre et un conte de fées à la gloire du Premier ministre et de sa lady. Il ferait de moi son conseiller, avant de me nommer moi-même ministre. Au Parlement, je pourrais tirer la langue et mon zozo. Insulter qui je veux comme je veux, avant de venir faire la morale au peuple. Je pourrais nommer tous les miens dans des postes clés. Qu’ils aient des compétences ou pas, ça ne compte pas. L’essentiel étant de savoir trase. Quitte à monter des projets pas très viables pour empocher des commissions à couper les arbres et à offrir les îles éparses et les terrains en cadeau à d’autres nations, à se faire construire un autre aéroport pour le placer sous le contrôle de sa copine qui garde toujours son parfum de thym et de kotomili. Bon, c’est vrai, je dis n’importe quoi. De telles choses n’ayant jamais été vues.

L’ADN des leaders.

“K’ave figir !”, me lance Zorz Gali Gali en guise de salutations respectueuses, avant de me demander si j’avais sur moi les ingrédients nécessaires pour que “travay-la fer”. Ses directives avaient été incongrues. Mais pour prédire les résultats avant même la tenue des élections, il lui fallait l’ADN des uns et des autres. Croyez-le ou pas, ça n’a pas été difficile à trouver.

Pour les uns, je m’étais mis devant des estrades dans les meetings aux côtés des suiveurs braillards, en tenant de grands verres vides. On y postillonne tellement au micro dans des vociférations calomnieuses et vengeresses qu’il m’a suffi de patienter pour remplir mes verres à ras bord. Ailleurs, tandis que d’autres s’arrachent les cheveux pour trouver les bonnes stratégies, je me suis simplement baissé pour ramasser les touffes qui s’envolaient çà et là. On m’avait aussi dit que certains étaient particulièrement chiants. Je n’ai eu qu’à rester sur leurs talons pour recueillir ce qu’ils laissaient comme débilités et autres traces moins honorables sur leurs passages. Dans un cas précis, sachant que le personnage soulage allégrement et sans complexe son honorable vessie sur ses détracteurs, j’ai attendu pour remplir un plein bocal. Voilà !

À l’écoute de l’esprit.

J’ai aidé Zorz Gali Gali à passer par-dessus le mur du cimetière avant de l’y rejoindre. Nous avons ensuite disposé tous nos ingrédients dans un coin. Pour ce travail : pas de rhum, avait-il dit, mais du whisky de bonne qualité. Pas de poule noire non plus. À l’heure du 2.0, le travail, m’avait-il dit, se fait avec du Kentucky : nuggets, cuisses, ailes en grande quantité, sans oublier les frites et le ketchup. Citron, coco, menthe, ti-pima vert, tout y était. J’avais dépensé une somme folle.

Il m’a ensuite passé une cigarette fabriquée de ses mains et m’a demandé de “ris for, apre to tini andan”. Aussitôt, les choses ont commencé à me paraître troubles. “Lespri-la pe desann lor twa”, m’a-t-il dit. “Ki to pe rode ta ?” pouvais-je entendre d’une voix d’outre-tombe. J’expliquai ma quête, en suppliant l’esprit de m’aider à obtenir mon fameux scoop. “Normal ki mo kone ki sann-la pou gagne”, me répondit-il d’une voix caverneuse, tandis que Zorz Gali Gali buvait le whisky et mangeait le poulet en disant : “Gadjak-la top”. Les citrons, il les a gardés pour en faire un koupaz pour le lendemain. Quant au coco, à la menthe et au piment, il les a mis dans son sac en me disant : “Mo madam kontan manz satini.” Il m’a réclamé les Rs 5,000 convenues pour le travail. Je les lui ai remises. Comme j’étais un peu dans les airs, il a aussi pris mon porte-monnaie, mes cartes bancaires et mes codes, mon portable et mes chaussures, avant de s’en aller. Moi, je poursuivis ma discussion avec l’esprit : “Bann-la ousi ti vinn get mwa avan zot al poze. Mo’nn dir zot fer enn ta promes, koz enn ta manti, fer tou kalite video ek palab lor zot adverser, fer enn ta dezord, fann kas, kouyonn dimounn otan ki zot anvi. Seki reisi fer pli vilin, limem pou gagne.”

Je me souviens avoir tiré longuement sur la cigarette une fois de plus. J’ai compris qu’il me donnait la réponse. J’ai pris une autre grande bouffée. Puis, black-out…