La grande foire électorale permanente dans laquelle nous vivons depuis des années est arrivée à un de ses moments clés : la chasse au ticket électoral. Pour obtenir ce petit bout de papier, distribué par un leader de parti et permettant de se faire inscrire sur une liste électorale, les aspirants candidats sont capables de faire et de dire tout et son contraire.

Même de violer les grands principes qu’ils étaient censés suivre. Du moins, l’affirmaient-ils. Depuis quelque temps, on assiste au spectacle d’aspirants candidats essayant, en sus des négociations et rencontres secrètes connues de tous, de se mettre en valeur pour obtenir l’investiture rêvée. A ce jeu, ceux qui ont quitté le MMM « pour aller faire de la politique autrement », « démocratiser la démocratie » et « redonner aux militants leur dignité perdue », entre autres phrases ronflantes, sont imbattables. Commençons par le Mouvement Patriotique créé pour « faire la politique autrement » et qui a très rapidement comme le parti dont il est issu et à qui il voulait donner des leçons, connu des soubresauts, des scissions et autres démissions.

Sans compter que sa première participation électorale se solda par un échec cuisant de sa candidate — pourtant présentée comme la nouvelle Vidula Nababsing ! — n’arrivant même pas à récupérer sa caution ! Depuis le MP s’est transformé en parti voulant à tout prix conclure une alliance électorale avec n’importe quel grand parti. C’est ainsi qu’en une semaine, on a entendu le leader laisser entendre que les militants — lesquels ? — souhaitaient qu’il retourne « lakaz mama »,  soutenir le gouvernement au Parlement, ce qui lui a valu des félicitations du MSM et féliciter le PTr pour le choix de son candidat à la partielle du No 7. Comme quoi pour essayer d’obtenir le fameux sésame, à défaut d’une alliance, le leader du MP est capable de manger la banane par les deux bouts,  sans oublier la peau !

Passons à Kavi Ramano qui quitte le MMM pour se joindre au MP avant d’adopter le statut de député indépendant. Cette indépendance revendiquée au Parlement ne l’empêcha pas de soutenir ouvertement le candidat du PTr à la partielle de Quatre-Bornes. Ce soutien indépendant devait être récompensé par l’obtention d’un ticket rouge. Mais comme cette espérance est loin de se concrétiser – surtout avec la possible candidature de Rama Sithanen à Quatre Bornes — notre ex-militant indépendant a annoncé son intention de rejoindre le MSM et possiblement d’intégrer ce parti. Mais cet acte de transfugisme, Kavi Ramano le fera aux prochaines élections, car a-t-il déclaré, « ses principes » l’empêchent de le faire maintenant.

Arrivons-en à Steve Obeegadoo et Françoise Labelle. Le premier nommé se laisse présenter comme un militant pur qui, après avoir siégé dans les instances dirigeantes du parti mauve pendant des années — et laissé dire qu’il était le dauphin du leader —, découvre subitement que le MMM n’est pas un parti démocratique. Il va se lancer dans un combat pour reconstruire le MMM sans pour autant attaquer frontalement le leader, multiplie les déclarations et les interviews avant d’être rejoint par Françoise Labelle, Pradeep Jeeha et  Vinay Sobrun. Les quatre démissionnent du MMM, créent la Plateforme militante et se lancent dans un tour de l’île pour rencontrer les militants afin de « faire la politique différemment. »

Or voilà qu’un an à peine après sa création, la Plateforme militante vient d’exploser, les deux premiers nommés privilégiant une alliance avec le MSM, les deux autres préférant l’option travailliste. Ce qu’on pensait être des rumeurs véhiculées par leurs adversaires, ont été confirmées hier par Steve Obeegadoo, lui-même, lors d’une conférence de presse. Celui qui voulait montrer à la direction du MMM comment faire la politique autrement a confirmé que son côté de la Platefome militante a décidé de s’associer avec Pravind Jugnauth mais « en gardant son identité distincte. »

Laquelle ? Ce que Steve Obeegadoo a oublié de préciser lors de sa conférence de presse c’est qu’il a été accepté au MSM non pas comme moitié de plateforme mais comme un possible candidat représentant une communauté spécifique dans le cadre des « réalités électorales » chères à Pravind Jugnauth.

Comment avec ces exemples ne pas conclure que certains ex-militants, donneurs de leçons et, selon leurs dires, hommes et femmes de principe semblent être devenus experts en négociation pour obtenir de tickets électoraux. Autrement dit, des “roderes bouttes” professionnels.