Les parents abattus : « Nous avons demandé à Cléa de veiller sur sa sœur Cléanne »

Ian Gino et Marie-Hélène Papillon ont vécu hier les moments les plus durs de leur vie de couple. La chirurgie, visant à séparer leurs filles siamoises, a été achevée dans la journée d’hier. Malheureusement, Marie-Cléa n’a pas survécu à la chirurgie, qui a duré plus de 10 heures. Des moments très pénibles, comme le confie le papa des fillettes, Ian Gino, qui compte désormais entamer les démarches pour que les funérailles de la petite Marie-Cléa aient lieu à Maurice.

C’est à l’hôpital Narayana Hrudayalaya Institute of Cardiac Sciences, à Bangalore, en Inde, qu’a eu lieu la chirurgie de 10 heures visant à séparer les filles siamoises. Marie-Cléa et Marie-Cléanne, nées le 4 janvier à l’hôpital Nehru, à Rose-Belle, sont admises à l’hôpital Narayana depuis le 11 janvier dernier. Cette intervention chirurgicale délicate a commencé hier à 7h30 et a pris fin à 17h30, heure de l’Inde. Elle a été conduite par le Dr Devi Shetty, chirurgien cardiaque et fondateur de l’hôpital Narayana Hrudayalaya.

« Loperasion inn bien pase mersi bokou a tou Morisien pou zot soutien. Malerezman nounn perdi Cléa. Ki li repoz an pe e ki retablisman Cléanne ariv vit. Mersi bokou a vou. » Tel était le message de Ian Gino Papillon sur sa page Facebook après l’intervention. Il s’est par la suite entretenu avec le médecin. « Nous n’avons pas eu beaucoup de détails. Toutefois, le médecin a fait ressortir que la chirurgie s’est déroulée sans problème. Malheureusement, Marie-Cléa a rendu l’âme pendant l’intervention mais il nous avait déjà informés des risques depuis quelques jours », nous confie Ian Gino.

Après la chirurgie, Marie-Cléanne a été reconduite aux soins intensifs néonatals dans le département cardiaque. « Le combat ne prend pas fin ici. Le foie de Marie-Cléa et celui de Marie-Cléanne étaient joints. Les médecins ont dû les couper. C’était une procédure très difficile selon le chirurgien. Marie Cléanne a été placée en observation aux soins intensifs néonatals. Selon les médecins, il faut veiller de près l’évolution de sa santé car elle risque d’avoir des infections », affirme le père des jumelles siamoises.

Ian Gino et Marie-Hélène ont été autorisés à rendre visite à leur fille, Marie-Cléanne, après l’intervention chirurgicale. « Nous sommes allés rendre une petite visite à Cléanne après sa chirurgie. Puis nous sommes allés voir Marie-Cléa pour lui rendre un dernier hommage. C’était le moment le plus déchirant de notre vie. Mon épouse et moi l’avons prise dans nos bras et avons versé toutes les larmes de notre corps. C’était difficile d’accepter que nous ne la verrons plus », dit Ian d’une voix déchirante.

Il dit avoir parlé à sa défunte fille pour lui dire de veiller sur sa sœur Marie-Cléanne qui est désormais seule. « Nous étions conscients des risques et que Marie-Cléa ne survivra pas à cette délicate séparation chirurgicale. De plus, avant la chirurgie, le médecin nous a informés que ses poumons ne fonctionnaient pas bien. Au cours de l’intervention chirurgicale, Marie-Cléa a dû faire don de quelques parties de ses organes à sa sœur. Donc, nous croyons que Marie-Cléa vit toujours en Marie-Cléanne. Nous lui avons demandé de bien veiller sur sa sœur de là où elle », soutient Ian.

Aujourd’hui, Ian Gino et Marie-Hélène comptent entamer les démarches en vue de rapatrier le petit corps de Marie-Cléa à Maurice pour ses funérailles. « J’irai prendre des renseignements auprès du “social worker” pour savoir comment faire pour ramener ma défunte fille dans son pays natal. Notre souhait, c’est qu’elle soit enterrée dans le pays ou elle est née », dit-il.
Toutefois, aux dernières nouvelles, la petit Marie-Cléa pourait être incinérée en Inde avec les cendres ramenés à Maurice par les parents à leur retour. Ian Gino ne dira pas plus, soutenant que son épouse et lui traversent des moments « très pénibles » en ce moment. « C’est difficile d’exprimer ce que nous ressentons. Nous venons de perdre une fille et l’autre est admise à la NICU. Nous avons besoin d’un peu de temps pour nous remettre de cet événement », conclut-il.

VIJAYEN VEERAPEN : « De tout coeur avec lui dans cette épreuve »

Noveprim, l’employeur de Ian Papillon, était lui aussi investi à 100% dans cette opération de la dernière chance pour les fillettes Papillon, qui a malheureusement connu une issue fatale. Depuis son départ pour l’Inde, l’entreprise lui verse de l’argent pour ses dépenses courantes, et ce sur une base mensuelle, “over and above” son salaire, qui continue d’être versé normalement. Vijayen Veerapen, HR Manager, explique : «Nous sommes en contact permanent avec Ian Papillon. Je lui ai envoyé un message pour lui souhaiter bon courage. Nous continuons à l’aider financièrement pour ses dépenses de tous les jours. Si malgré tout il manque d’argent, nous lui avons dit de ne pas hésiter à nous appeler. »
Le HR Manager de Noveprim poursuit : « On n’a pas de limite, on l’aidera, cela mis à part l’aide du gouvernement, qui a financé l’opération et le logement du couple. À notre niveau, nous ne faisons que les aider à passer cette étape difficile dans les meilleures conditions possible, même si cela n’est pas évident pour eux. »

Ian Papillon travaille depuis une dizaine d’années chez Noveprim. Absent de son travail depuis le 4 janvier, pour son “paternity leave”, il n’a pu reprendre le travail depuis. Et selon le HR Manager, son absence sera traitée comme un “special leave” car il s’agit de circonstances exceptionnelles. « Nous sommes très “fair” avec lui et tous ses collègues sont de tout coeur avec lui dans cette épreuve. C’est un moment difficile. Nous prions pour lui. »