Malgré la menace qui guette l’industrie du textile à Maurice, Liam Textile Ltd, une entreprise locale située Route des Pamplemousses, Port-Louis, et spécialisée dans la fabrication de t-shirts et polo shirts sur commande, est parvenue à se faire un nom dans le domaine. Son propriétaire, Shree Krashnadeo Appadoo, gère cette entreprise depuis 14 ans, mais il se dit prêt à toute éventualité. Rencontre.

Liam Textile Ltd est spécialisée dans la fabrication de t-shirts et polo shirts pour hommes, femmes et enfants sur commande. Elle produit aussi des chemises hawaïennes, des paréos, des débardeurs, des shorts, entre autres. Outre ces produits, cette petite usine, sise Route des Pamplemousses à Port-Louis, propose des services complémentaires comme la sérigraphie et la broderie industrielle. Ainsi, les clients peuvent commander des t-shirts ou polo shirts avec leur propre logo, qui doit être fourni au fabricateur.

Cette entreprise, selon Shree Krashnadeo Appadoo, a été fondée en 1978 par son frère aîné. Elle portait alors le nom de Seriyan Ltée et appartenait au frère aîné de Krashnadeo. « Mon frère exerçait dans la force policière et en parallèle, il avait lancé ce commerce. Il voulait se lancer à son propre compte pour avoir plus de temps pour s’occuper de sa famille. C’est ainsi que Seriyan Ltée avait vu le jour », relate Krashnadeo. Toutefois, au départ, ce n’était qu’un petit commerce familial. « Mon frère a débuté dans un petit atelier à son domicile et ne possédait pas de machine à coudre. Il ne s’occupait que de la sérigraphie. À l’époque tous les processus étaient manuels. Puis, il envoyait les tissus chez des tailleurs de la localité pour coudre les T-shirts. Il y avait des clients particuliers et des propriétaires de magasins. Les samedis, il partait livrer ses marchandises à ses clients. Petit à petit, le commerce grandissait et mon frère a commencé à acheter des machines à coudre. Il a même ouvert une petite usine et exportait ses produits à l’étranger », souligne Krashnadeo.

Shree Krashnadeo Appadoo

Ce dernier a rejoint la compagnie en 1990. Il venait de compléter la Form V au collège DAV. Krashnadeo s’occupait principalement de la production et du marketing. « J’ai travaillé avec mon frère pendant des années et par la même occasion, j’ai eu la chance d’apprendre le métier. En 2005, mon frère décide de prendre sa retraite et de vendre son usine. L’usine avait fermé ses portes mais nos clients prenaient toujours contact avec nous. Ils me disaient qu’ils ont travaillé pendant plusieurs années avec la famille et souhaiteraient que la compagnie soit relancée. Ainsi, en 2006, je décide de rouvrir l’usine mais je l’ai baptisée sous un autre nom », dira Krashnadeo.

Notre entrepreneur se lance alors à la recherche d’un endroit pour ouvrir une usine. Il loue un bâtiment à proximité du poste de police d’Abercrombie. « Le bâtiment coûtait trop cher. Par la même occasion, des anciens ouvriers qui travaillaient avec mon frère m’ont parlé du bâtiment dans lequel nous sommes actuellement. J’ai entamé toutes les démarches auprès de la banque pour l’acheter et j’ai ouvert ma petite usine à cet endroit et elle porte le nom de Liam Textile Ltd », fait-il ressortir.

Quand Krashnadeo a décidé de rouvrir la compagnie, il a dû tout recommencer de zéro. Son frère ayant tout vendu, l’usine ainsi que les équipements, il a dû faire l’acquisition de nouvelles machines à coudre et chercher de nouveaux travailleurs. « Quand mon frère vendait son entreprise, je n’avais pas l’intention de relancer le commerce à cette époque. Par conséquent, quand j’ai pris la décision de lancer mon entreprise, il fallait recommencer de zéro. J’ai débuté avec trois employés seulement qui étaient d’anciens employés de mon frère. Au fil des années, la compagnie a grandi et aujourd’hui j’emploie 29 personnes », dit-il.

Krashnadeo est aujourd’hui épaulé par son fils qui a une formation en Graphic Design. Ce dernier crée lui-même les logos pour imprimer sur les vêtements. « Mon fils s’occupe des services complémentaires comme la sérigraphie et la broderie industrielle. Nous acceptons aussi des clients qui viennent avec leur propre logo. Nous retravaillons les couleurs ensemble et nous produisons des t-shirts selon leur demande. Nous avons gardé la même clientèle, c’est-à-dire les propriétaires de magasin, les magasins touristiques et nous exportons nos produits vers La Réunion, Seychelles, entre autres. Puisque nous ciblons principalement les touristes, nous produisons beaucoup de t-shirts et polo shirts avec des logos “Mauritius”, “L’île Maurice”, des dessins du dodo, et tous autres dessins liés à l’histoire de Maurice », avance notre interlocuteur.

Et d’ajouter qu’il mise beaucoup sur la qualité. Liam Textile Ltd fabrique des produits 100% à base du coton. Krashnadeo explique que c’est la qualité de leurs produits qui a assuré leur succès pendant toutes ces années. Toutefois, la compagnie doit faire face à une compétition féroce avec les produits importés. « Les produits importés coûtent moins cher mais en termes de qualité, ils ne sont pas efficaces. Les manufacturiers locaux, malgré la qualité de leurs produits, ont à faire face à une compétition féroce des importateurs. C’est l’une des raisons pourquoi le secteur textile est en danger à Maurice. Toutefois, nous livrons nos produits à des prix compétitifs, ce qui nous rapporte un très maigre profit », explique Krashnadeo.

Par ailleurs, Krashnadeo est venu avec un concept de travailler à domicile. « Nous évaluons régulièrement la performance de nos employés. Si nous constatons qu’un employé est sérieux, nous installons une machine à coudre à son domicile, lui permettant de travailler à domicile », indique notre entrepreneur. Il fait aussi ressortir que la main-d’œuvre devient de plus en plus difficile. D’abord, précise-t-il, les jeunes ne s’intéressent plus à des métiers manuels et encore moins dans le secteur textile. « Le secteur textile court un grand danger à Maurice. Chaque année, la fermeture des usines fait la Une des journaux. Cette tendance a créé une frayeur chez les jeunes. Ils ne veulent plus prendre de l’emploi dans le secteur textile de peur qu’ils le perdent du jour au lendemain. Cela pose un grand problème pour les propriétaires », soutient Krashnadeo.

Interrogé sur ses projets d’avenir, Krashnadeo soutient qu’il n’en a aucun pour le moment. « Vu le danger que court le secteur textile à Maurice, il vaut mieux ne pas prendre de risque à ce stade. J’ai réussi à survivre jusqu’ici grâce à ma clientèle touristique. Outre les t-shirts et polo shirts, je fabrique aussi des chemises hawaïennes, des shorts, des paréos, des débardeurs, des blouses, entre autres. Je ne veux surtout pas agrandir mon commerce ou proposer d’autres produits de peur que je me retrouve dans une situation où je serais forcé de fermer l’usine plus tard. Je préfère me contenter du peu que je gagne pour le moment. Nous ne savons jamais ce que l’avenir nous réserve », conclut-il.