Firoz
 Ghanty

Les Syndicats et les Partis de Gauche occidentaux sont responsables et coupables de cette situation par l’abandon et la double trahison de pans entiers de leurs peuples d’abord et ensuite hors de l’Occident. Face au libéralisme économique, ils furent incapables de formuler des alternatives crédibles parce que leurs discours étaient dépassés, qu’ils avaient abandonné les masses populaires les plus pauvres pour se rallier au parlementarisme, au réformisme en se cantonnant aux négociations sur les conditions de travail de la petite et moyenne bourgeoisie et les cadres, devenant les acteurs ordinaires, comme les autres partenaires sociaux, de la société bourgeoise. Ils se condamnèrent à s’adapter, à composer avec le système en reniant leurs projets de société, leurs fondements idéologiques et la possible Révolution. Ils glissèrent vers la Social-Démocratie, se transmuèrent en gestionnaires de la crise financière, en facilitateurs du capitalisme et en arbitre entre les masses salariales et le patronat. Dans cette dérive droitière suicidaire et volontaire, ils abandonnèrent les peuples en prise avec l’impérialisme américain et leurs dirigeants devenus pour la plupart des dictateurs après les indépendances.

Aux masses populaires abandonnées, misère blanche, reliquat de la migration paysanne pauvre montée à la ville à la fin du XIXe siècle avec la Révolution Industrielle, s’additionnèrent les vagues successives de main-d’œuvre bon marché venues des colonies pour reconstruire l’Europe d’après-guerre, puis pendant les guerres d’indépendances fuyant le chaos ou pour avoir collaboré avec le pouvoir colonial et après pour échapper au sous-développement et aux guerres. Maintenant ce sont les vagues de migrations massives du Moyen Orient et des pays subsahariens, conséquences directes du libéralisme, de la mondialisation et des dérèglements climatiques liés au mode de production et de consommation capitaliste, qui provoquent l’appauvrissement chronique des populations. Mais il est surtout question de la destruction de l’Irak en 2003, basée sur les mensonges des responsables militaires américains, Colin Powell et Donald Rumsfeld dépêchés par le président Bush aux Nations unies, à propos d’armes de destruction massives supposément détenus par l’Irak. Elle fut suivie par cette catastrophe, que les Occidentaux nomment les Printemps Arabes, qui ont enflammé toute la région et la destruction de la Libye ordonnée par le président français Sarkozy en vue de faire taire Muammar Al Qadhafi en lien avec l’affaire du financement de sa campagne électorale de 2007. Ensuite la guerre civile en Syrie. Tout cela a créé les conditions propices à la naissance de Daech et à la montée en puissance d’un Islam politique Sunnite ultra-rigoriste en guerre contre les valeurs occidentales.   

Ces masses parquées dans les bidonvilles, les cités-dortoirs et les banlieues agglutinées autour des métropoles urbaines, constituent le Lumpenprolétariat des zones de non-droit, exclu de la citoyenneté, tenu à la marge, perdues entre leurs identités d’origine niées et empêchées de facto d’intégrer et de faire société, sinon société du crime. Toutes les grandes villes du monde sont entourées de ces Cercles de Feu, conséquence du mode de développement capitaliste. L’économie capitaliste formelle a besoin de ces réservoirs de main-d’œuvre hors-la-loi, comme de l’économie parallèle des trafics qui brassent des milliards et pénètrent dans les circuits monétaire et financier par le blanchiment et l’investissement.

Ce long déclin s’est accompagné de phénomènes structurels connexes dont :

– l’usurpation du pouvoir politique par un clan sorti des Grandes Écoles et des institutions financières, transmis sur plusieurs générations, formaté en un bloc de pensée homogène et devenu une bourgeoisie politique et de hauts fonctionnaires, à caractère monopolistique, où se diluent la droite et la gauche dans des réseaux opaques de connivence ;

– l’étouffement du débat social, intellectuel et politique, où les classes sociales disparaissent dans les catégories sociales pour les subsumer dans l’ensemble social et le dialogue entre partenaires sociaux, un jeu langagier qui ne change rien à l’antagonisme et la lutte des classes ;

– la Démission des Artistes, des Intellectuels et la Défaite de la Pensée, cédant à des experts et logues en tous genres, vecteurs assassins de la pandémie planétaire d’une pensée standardisée, linéaire et horizontale déclamant la fin des idéologies, la fin de l’Histoire et la victoire finale du capitalisme ;

– les délocalisations hors de l’Europe et la désindustrialisation à la recherche de la force de travail au prix le plus bas avec pour conséquences la désertification de vastes régions, l’isolement et la relégation de fractions sociales toujours plus importantes à la périphérie des centres névralgiques de décision et de vie, la destruction des liens sociaux, la concentration des activités dans des métropoles urbaines ;

– l’absence d’entretien, le non-renouvellement des infrastructures publiques et l’abandon de l’aménagement du territoire, si ce n’est son démembrement et le transfert aux intérêts privés objectif du libéralisme ;

– la transformation de l’économie de production en économie de services et sa financiarisation, l’ubérisation de la vie ;

– le vieillissement de la population, l’allongement de l’espérance de vie et le faible taux de natalité, etc.

L’action conjuguée de ces facteurs a atteint son point culminant avec la désaffection du corps social de la politique et les abstentions massives aux élections s’exprimant par la défiance de l’autorité publique et des institutions. Le point de rupture absolu, c’est la mise en échec de la démocratie parlementaire bourgeoise, son système de représentation et de délégation de pouvoir. L’État Bourgeois acculé est contraint d’interposer l’armée, pour suppléer aux forces de maintien de l’ordre, entre groupes de citoyens. C’est la fin d’un système et d’un cycle historique.

À suivre : LA FIN D’UN CYCLE HISTORIQUE ET LA RÉSURGENCE DU FASCISME.

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