Après le Brexit, les 27 se retrouvent confrontés à un nouveau casse-tête: l’élargissement de l’Union européenne à la Macédoine du Nord et à l’Albanie, auquel s’oppose Emmanuel Macron, sous le feu des critiques de ses partenaires.

A cause de ce dossier, les dirigeants européens ont veillé tard dans la nuit de jeudi à vendredi, se quittant après 02H00 sur un constat de désaccord. « Les débats ont été longs et difficiles », a résumé une source diplomatique française.

Vendredi matin, plusieurs dirigeants, notamment d’Europe de l’Est, ont exprimé leur « déception ». En pointant la responsabilité de trois pays, au premier rang desquels la France, qui ont refusé d’inviter Skopje et Tirana à entamer des négociations d’adhésion à l’UE.

Il y avait pourtant une volonté forte des institutions européennes – la Commission, le Conseil et le Parlement – à voir s’ouvrir dans les prochains mois le long processus devant mener ces deux pays des Balkans à entrer dans le club européen.

La future présidente de la Commission, Ursula Von der Leyen, a ainsi mis en avant « l’extraordinaire performance » qu’ils ont réalisée ces dernières années et la nécessité de leur « envoyer un signal fort » au cours du sommet.

Mais le veto mis par la France repousse cette perspective à une date indéterminée car l’ouverture de négociations d’adhésion requiert l’unanimité des Etats membres.

En justifiant son refus, le président français a expliqué être « convaincu » que la région des Balkans occidentaux était « totalement stratégique pour l’Europe » et qu’il fallait « l’arrimer à l’Europe ».

Mais, avant d’ouvrir les négociations, « il faut réformer » la procédure d’élargissement qui est « inefficace » et « frustrante », selon la secrétaire d’Etat française aux Affaires européennes Amélie de Montchalin. « Malheureusement, peu osent le dire publiquement », regrette une source diplomatique française.

– « Réformer l’UE d’abord » –

Pour Paris, la priorité est aussi, « dans la période actuelle, de réformer l’UE d’abord, car le processus de décision à 28 est déjà fastidieux ».

Pour certains diplomates européens, le blocage français s’explique par des raisons de politique interne, liées aux questions d’immigration, avec la crainte d’un afflux en cas d’une plus grande ouverture des frontières.

Emmanuel Macron l’a en partie reconnu en s’interrogeant: « Comment voulez-vous que j’explique à mes concitoyens que le deuxième pays qui demande le plus l’asile (politique) en France, ce sont des gens qui viennent de l’Albanie? ».

A Tirana, le journal Tema a estimé vendredi que l’intérêt d’Emmanuel Macron était « de gagner en popularité en étant le président qui n’a pas permis l’élargissement et a fait des Albanais le symbole des migrants face aux xénophobes de Marine Le Pen », la cheffe de l’extrême droite.

Les détracteurs de l’actuel processus d’élargissement craignent aussi que ce se répètent les problèmes liés à la corruption et à l’indépendance de la justice, que connaissent la Roumanie et la Bulgarie, qui ont adhéré en 2007.

Les partisans d’une adhésion de ces pays soutiennent, en revanche, que le refus de nouveaux membres risque de les pousser dans les bras de la Turquie, de la Chine et de la Russie, déjà très actives dans les Balkans.

Le Premier ministre de la Macédoine du Nord Zoran Zaev a averti que ses citoyens n’accepteraient pas indéfiniment d’être rejetés, alors que le pays a mis en oeuvre les réformes réclamées par Bruxelles.

« Tout le monde admet que la Macédoine du Nord a fait beaucoup: elle a changé le nom du pays (afin de régler son différend avec la Grèce), elle a changé sa constitution et a tout fait pour être invitée », a souligné le président lituanien Gitanas Nauseda.

Le dossier devrait être de nouveau évoqué au printemps 2020 lors du prochain sommet UE-Balkans à Zagreb. La Croatie, prochaine présidente de l’UE, compte faire de l’élargissement l’une de ses priorités.

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