Bien malin celui ou celle qui s’aventurerait à avancer un pronostic en vue du premier tour des élections présidentielles devant se tenir le vendredi 25 octobre après presque cinq années de régime de « transition » marquées par des paroles non respectées, des revirements de situation et une inexorable descente aux enfers pour l’ensemble de la population malgache, la quasi asphyxie du potentiel de production et la décroissance systémique d’indicateurs économiques. Après maintes hésitations, le scrutin aura donc bien lieu mais la campagne s’est déroulée sans réel débat sur un projet de société et les axes prioritaires de développement socio-économique et humain. Peut-être bien parce que les candidats savent que même en cas de victoire, ils n’ont pas à conduire la politique du gouvernement. La constitution votée sous la Transition en 2010 est désormais semi-parlementaire prévoyant la nomination d’un Premier ministre issu d’une majorité parlementaire. C’est le PM qui dirigera effectivement le pays ; dès lors on peut s’attendre à d’autres marchandages au prix de report de voix annoncé. C’est ainsi que la machine à rumeurs prépare l’opinion à un schéma à la russe avec Andry Rajoelina ou Lalao Ravalomanana en cas de victoire de « leur » candidat au second tour des présidentielles prévu le 20 décembre de cette année. Pour ce qui est de la campagne elle-même qui a duré un mois : elle a été marquée par une débauche de moyens sans précédent surtout venant des principaux prétendants et de leurs équipes de campagnes respectives. Les sommes avancées donnent le tournis, dans un pays où huit habitants sur dix approchent le seuil de pauvreté : de US$ 10–25 millions pour chacun des six prétendants principaux. Les loueurs de jets privés, d’hélicoptères, de voitures, les importateurs de T-shirts et autres gadgets électoraux ont été payés rubis sur ongle pour leurs prestations. Madagascar a été en ce mois d’octobre la capitale mondiale des concerts gratuits tant les candidats ont fait appel aux artistes pour ameuter la foule à leurs meetings respectifs à travers l’île.
 Cet afflux de liquidités est venu en quelque sorte doper une économie malgache moribonde depuis les quatre dernières années marquées par la crise économique dans le sillage de la crise politique. Les prévisions du volume de fret aérien en provenance entre autres de Chine ont explosé – Air Madagascar en a été le principal bénéficiaire. Le transporteur aérien national, qui assure également le transport de matériels et des délégations en visite dans les provinces, affiche des résultats inespérés pour un mois d’octobre qui marque la fin de la haute saison.
Question : quelle serait la provenance de cet afflux massif d’argent liquide : la rumeur persistante avance que cette manne proviendrait de tous les trafics caractérisant l’économie parallèle de la Grande Île – du bois de rose aux pierres précieuses entre autres – qui s’est amplifiée ces dernières années, expliquant la génération quasi spontanée de fortunes colossales.
Cette dernière semaine de campagne du premier tour du scrutin présidentiel sera, elle, marquée par une guerre annoncée de « sondages » publiés par les différents états-majors politiques. Ce qui rendra le climat encore plus délétère…
On espère qu’il ne s’agit pas d’une préparation à des contestations post-électorales, surtout que des rumeurs de fraudes se font de plus en plus insistantes ; les nombreux observateurs de l’Union européenne, la SADC, l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Union africaine, La Commission de l’océan Indien et l’EISA (environ 200 observateurs) auront du mal à couvrir les régions à la fois enclavées, difficiles d’accès et hostiles en matière sanitaire à cause de l’absence de toutes commodités.
Rappelons que les prochaines consultations concernent environ 8 millions d’électeurs dépendant de quelque 20 000 bureaux de vote, répartis sur l’ensemble du territoire de la Grande Île découpée en 22 régions et 1500 communes ainsi que 20 000 fokontanyy.