Rama Poonoosamy                  Jocelyn Chan Low               

Pradeep Bheemsingh              Sabrina Muttur

Nikhil Treebhoohun                 Rajiv Servansingh

Natasha Seetaloo                    Ahmed Jahangeer    

Dr B. Goolaub                          Vishnu Jugdhurry 

Nous avons tous un devoir de mémoire ! D’abord envers ceux et celles qui ont suivi ce mouvement unique dans l’histoire de notre pays, ensuite envers les jeunes générations qui ne sont pas bien au courant… Cette lettre est signée par un collectif de participants actifs dans la genèse complexe, la préparation assidue, la planification minutieuse et l’organisation synchronisée des manifestations estudiantines du 20 mai 1975.

Les événements de mai 75 devaient démontrer la solidarité extraordinaire de cette masse de jeunes qui contestaient un système d’éducation caduque et dénonçaient les travers de la société.

Le processus de conscientisation de la jeunesse mauricienne, commencé avec l’émergence du MMM sur la scène politique en 1969-70, avait ralenti avec la période de répression et d’interdictions en 1972-73, mais s’était accentué après avec les rencontres, forums, débats, programmes culturels avec chansons engagées et autres sessions de formation animées par plusieurs organisations actives dans le milieu estudiantin. Il y avait la Jeunesse Militante, la Mauritius Association of Students proche du MMMSP, le Students Literary Circle, le Front Libération Nationale Etudiants Mauriciens, l’ANEM, des clubs Unesco etc. Déjà en 1973, des étudiants organisèrent un Students Day au RCC pour se pencher sur les problèmes du système d’éducation. Puis en 1974, à l’Université de Maurice, un groupe d’étudiants progressistes et contestataires, soutenus par quelques profs, mit en place un réseau de contacts et développa une coordination d’action avec des représentants de plusieurs collèges de filles et de garçons des villes et des villages.

À cette même période, des étudiants progressistes du secondaire dans les collèges d’État, confessionnels et privés s’organisent tout en dénonçant occasionnellement des problèmes inhérents à leur établissement. Les premiers mois de 1975 sont marqués par des grèves aux collèges Kennedy, Bhujoharry, QEC, Royal Curepipe, New Eton, Eden et même au Teachers Training College, entre autres.

La colère des étudiants gronde face aux réactions d’incompréhension ou d’amalgame des autorités dépassées qui accusent les étudiants de faire de la politique et font surveiller les meneurs par la Special Branch de la Police. Les revendications des étudiants étaient, entre autres : égalité des chances aux étudiants et mêmes infrastructures adéquates aux collèges en termes de classes, bibliothèques, laboratoires et terrains de sport ; réduction des frais d’examens ; mauricianisation du contenu de l’éducation, enseignement de l’histoire de Maurice et reconnaissance de la langue Kreol, notre langue nationale ; dénonciation du communalisme, des complexes et préjugés hérités du colonialisme ; mise en place de Students’ Councils ; l’éducation gratuite et le droit de vote à 18 ans. Quel beau programme !

Même s’il y avait des critiques de milieux conservateurs à tous les niveaux de la société, le peuple mauricien dans sa majorité sympathisait avec les étudiants. La prise de conscience et l’action des étudiants ne laissèrent personne indifférent.

Le mérite des manifestations du lundi 19 et du mardi 20 mai 1975 revient d’abord et avant tout aux étudiants eux-mêmes. Ils avaient le courage de leurs convictions même si tous n’avaient certainement pas le même niveau de conscience et suivaient les meneurs en qui ils avaient confiance. Le groupe de progressistes de l’Université, la plupart marxisants, et qui animait le ‘Komité Kordinasion’ ou ‘regroupement des étudiants’ avait la confiance des uns et des autres parce que ses animateurs faisaient de la politique sans être membres d’un parti politique. Ce groupe s’était fait respecter par la façon dont il avait d’abord fait reculer l’administration de l’Université fin 74 avec l’épisode de l’inscription ‘Liniversité Moris’ sur les T-Shirt officiels ; et rendu minoritaires sur le campus les dirigeants plutôt conservateurs et pro-establishment de l’Union des Etudiants avant et pendant les manifestations de mai 75. Et aux élections de l’Union des Etudiants qui suivirent, la grande majorité des étudiants de tous les bords, comprenant des pro-Travaillistes, des pro-PMSD, des pro-IFB, des pro-MMM, des pro-MMMSP et les ‘sans partis’, devaient plébisciter ce groupe de progressistes qui s’appelait tout simplement Group Korek.

Les étudiants, et beaucoup d’autres personnes, gardent certainement des souvenirs inoubliables des événements vécus dans le Common Room de l’Université, dont les assemblées, forums/débats, concerts, pièces de théâtre etc !

Les jeunes générations devraient se souvenir de ces moments de combat, de résistance à la répression, mais aussi des avancées futures marquantes de cette courageuse génération de mai 75.