Le responsable du Blue Penny Museum est à la fois content et mécontent des retombées de son appel à contribution sur le mail art. Lancé en février, cette invitation à confectionner des courriers créatifs autour du thème des Blue et Red Pennies et de Maurice et à les envoyer au musée, a déclenché plusieurs centaines d’envois postaux arrivés à bon port. Emmanuel Richon se demande cependant pourquoi il a reçu si peu de propositions mauriciennes pour fêter les dix ans du musée du Caudan…
« Je ne sais pas si ça vient des bureaux de poste qui refuseraient de traiter des envois trop différents des lettres habituelles ou des artistes mauriciens eux-mêmes qui auraient boudé notre projet, mais le fait est que sur environ 300 mail artworks reçus, très peu viennent de Maurice même », s’interroge le conservateur du Blue Penny Museum. Emmanuel Richon est heureux d’en recenser une dizaine en provenance de Rodrigues, avec par exemple plusieurs contributions de James Castel, mais malheureux de n’avoir reçu que trois ou quatre mail artworks de la plus grande île de la République mauricienne… Certains expéditeurs lui auraient expliqué que leur envoi n’avait pas été accepté par leur bureau de poste en raison d’une apparence peu conforme aux normes postales.
La mise en ligne de cet appel à contribution a peut-être favorisé les envois internationaux qui ont pour leur part été très inventifs – bien que parfois hors sujet – avec des contributions d’artistes amateurs ou professionnels d’Uruguay, de Pologne, d’Indonésie, de Russie, de France, d’Italie, des Pays-Bas, d’Angleterre, des États-Unis et d’ailleurs. Quelques règles de participation guident cette initiative proposée dans le cadre du dixième anniversaire du musée, qui devrait être célébré à la fin de l’année. La création doit obligatoirement passer par la poste et être donc oblitérée, et elle doit concerner les célèbres timbres mauriciens Post office, le Blue penny et le Red Vermilion exposés au musée. Dans la tradition du mail art, le contenu est sur le contenant, la création autour de l’enveloppe comptant davantage que ce qu’elle peut éventuellement contenir. Il ne s’agit pas non plus de colis ou de l’envoi d’un tableau par courrier, comme l’a fait un artiste mauricien en envoyant ses habituelles aquarelles.
60 millions de philatélistes chinois
Parmi les arguments du conservateur figure notamment la popularité de la philatélie qui compterait plus d’adeptes que le football amateur ! La firme Stanley & Gibbons aurait dénombré quelque soixante millions de philatélistes amateurs rien qu’en Chine. Associé à cette pratique plus discrète que le ballon rond, le mail art est souvent particulièrement associée aux timbres. Ceux qui s’y adonnent sont d’ailleurs nombreux à jouer avec l’invention, la reproduction miniaturisée ou la parodie de timbres, ce que n’ont pas manqué de faire certains expéditeurs en pastichant par exemple la reine Victoria dont le profil apparaît sur nos célèbres petits carrés dentelés.
Certains contributeurs sont des adeptes réguliers du mail art, faisant partie de groupe qui ont développé cette pratique. D’autres sont occasionnels, des membres de courants artistiques comme les représentants d’un mouvement Fluxus en Italie, ou encore aux Pays-Bas. L’humour occupe une place honorable avec des accroches du type : « Faut-il donc être timbré pour faire un musée ? » ou encore « Mademoiselle, j’aime le timbre de votre voix ! » sans oublier de sympathiques mais néanmoins corrosives caricatures dessinées sur l’enveloppe, comme par exemple celles de Neue Stuff ou d’hommes politiques italiens. Certains artistes ont joué la carte historique en faisant référence à l’histoire de Maurice ou du Blue Penny, ainsi même qu’à celle d’Osmond Barnard qui a dessiné nos fameux timbres.
D’autres ont exploité le thème des reines représentées sous formes de timbre, d’autres font un clin d’oeil au quadricolore mauricien ou encore au dodo que le peintre naturaliste Ria Winters qui en a reproduit sur un de ses superbes envois. L’ensemble de ces travaux devrait faire l’objet d’un catalogue « spécial anniversaire » à la fin de l’année et d’une exposition d’accès libre, dont la conception demande à être réfléchie compte tenu de la taille généralement petite de ces documents.