« L’enseignement de l’histoire n’est pas une question de politique partisane, on peut enseigner l’histoire de manière objective ». C’est ce qu’a déclaré le député du MMM et ancien ministre de l’Éducation Steve Obeegadoo à une question du Mauricien, sur les risques que l’histoire soit utilisée comme véhicule pour la propagande politique. C’était au courant de la semaine, à l’issue d’une conférence de presse sur l’insertion professionnelle des jeunes.
« Dans tous les pays, l’histoire est enseignée sans que cela ne pose problème. Ce n’est pas une question de politique partisane, l’on peut enseigner l’histoire de manière objective. Évidemment, il y a cet impératif d’objectivité qui guide la formation d’un programme scolaire, la préparation des manuels et des enseignements ; après, chaque enseignant a ses opinions. L’histoire n’est pas plus délicate à enseigner que la sociologie ou l’économie pour ce qui est de ses orientations politiques. Il y a un programme à couvrir et cela doit se faire dans l’objectivité », affirme M. Obeegadoo.
Invité à commenter la récente décision de Cambridge de retirer History for Mauritius comme matière aux candidats mauriciens pour les examens de O Level à compter de 2014, M. Obeegadoo estime que « l’enseignement d’une matière à l’école découle d’un choix quant au profil du diplômé que l’on veut produire à la fin de la scolarité obligatoire, soit à la fin de l’éducation de base ». Pour lui, aucune personne sensée « ne pourrait nier l’importance capitale d’une notion, ne serait-ce qu’élémentaire, de l’histoire, de l’histoire de l’individu, de sa famille, de son peuple et de l’humanité pour une éducation générale ». Il précise : « On ne peut pas doter un enfant d’une éducation de base solide sans qu’il ait cette ouverture, cette maîtrise, cette sensibilité par rapport à l’histoire. »
« Un individu qui ne connaît pas son histoire c’est un individu qui a perdu sa mémoire. Cet individu perd ses repères, ne sachant plus d’où il vient, où il doit aller. C’est pour cela que pour moi, c’est plus qu’évident : l’histoire a une importance capitale dans l’éducation de base ».
Steve Obeegadoo observe que « nous nous retrouvons dans un cercle vicieux : il y a une perception que l’histoire ne mène pas à un emploi. Nous venons de parler de l’insertion économique des jeunes. Parce que l’histoire n’est pas un scoring subject pour avoir une distinction au School Certificate ou pour être lauréat en HSC face à d’autres alternatives, les jeunes ont été de moins en moins nombreux à opter pour cette matière qu’il y a 30-40 ans. Les jeunes sont de moins en moins nombreux, il y a donc moins de profs qui sont produits, moins d’établissements qui offrent l’histoire comme matière et peu à peu elle se meurt. Cambridge n’est rien venu nous imposer d’arbitraire. Il a tiré des leçons de cette évolution qui date de très longtemps ». Notre interlocuteur estime que la solution est simple : pour lui, comme pour les sciences naturelles, il faudrait la rendre obligatoire jusqu’à la Form V. « Voyez les sciences naturelles, il y a eu un consensus depuis longtemps. Le Mauritius Research Council (MRC) avait entamé une réflexion – déjà sous mes prédécesseurs et cela remonte à la fin de 1990 – pour savoir comment faire pour que tout jeune jusqu’à 15 ans continue à étudier les sciences naturelles pour avoir une notion de base des sciences. C’est ainsi qu’est née l’idée de 20th Century Science. Aujourd’hui, un jeune qui n’opte pas pour la biologie, la chimie ou la physique pour le School Certificate doit obligatoirement l’étudier. De même jusqu’en Form III, les Social studies sont une matière obligatoire. Évidemment, il faudrait la rendre plus intéressante, plus imaginative. Elle est censée englober les notions élémentaires de sociologie, d’économie, d’anthropologie, de philosophie, d’histoire et de géographie. Qu’est-ce qui nous empêche de l’avoir comme matière obligatoire jusqu’en Form V pour ceux et celles qui n’optent pas pour les Sciences sociales ? À part le fait que cela contribuerait à une bonne éducation générale, elle permettrait aussi à certains d’opter ensuite pour l’histoire comme matière en HSC. Je pense que c’est la solution la plus simple et la plus pratique pour l’immédiat ».
À noter que la question de retirer la matière en SC est connue depuis peu par les Mauriciens. Les autorités locales, notamment le Mauritius Examination Syndicate (MES) et le ministère de l’Éducation, profiteront de la tenue à Maurice la semaine prochaine de la conférence des ministres de l’Éducation du Commonwealth pour évoquer la question avec des cadres supérieurs de Cambridge International Examination qui feront le déplacement pour l’occasion.