Le secrétaire général de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), le Dr Supachai Panitchpakdi, a exhorté Maurice à s’intégrer davantage aux économies émergentes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, estimant qu’il y a des opportunités à saisir en termes d’échanges commerciaux et d’investissement. C’était mercredi soir, à l’hôtel Maritim, Balaclava, lors de son intervention au 23e dîner annuel de la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI).
S’adressant à un parterre d’invités comprenant, entre autres, les ministres Cader Sayed-Hossen (Commerce et Industrie) et Jim Seetaram (Business et Enterprise), des diplomates et le gouverneur de la Banque de Maurice, Manou Bheenick, M. Panitchpakdi a estimé que l’heure est à la réflexion sur l’avenir du pays compte tenu des enjeux économiques et des tendances qui se dessinent au plan économique mondial. Maurice a beaucoup d’atouts et doit continuer à renforcer ses institutions et sa gouvernance, dit-il.
« À la CNUCED, nous avons beaucoup d’admiration pour ce que Maurice a accompli en termes de développement économique », affirme Supachai Panitchpakdi. Ce dernier a rappelé que pendant que Maurice enregistrait dans le passé un taux de croissance moyen de 5-6 %, le continent africain éprouvait des difficultés pour réaliser un taux moyen de 2 %. L’économie mauricienne, a-t-il expliqué, a pu surmonter beaucoup d’obstacles en s’ouvrant au système commercial multilatéral. Le secrétaire général de la CNUCED se rappelle de sa visite à Maurice en 2004 et l’inquiétude qui se dégageait alors dans le pays à la veille du démantèlement de l’Accord Multifibre. Les craintes d’une concurrence impitoyable des producteurs textiles asiatiques avaient gagné les dirigeants et milieux d’affaires locaux. « Des efforts conséquents ont été déployés pour que Maurice puisse s’ajuster à cette nouvelle situation », a-t-il observé tout en soulignant les progrès réalisés au niveau de la diversification économique à travers le tourisme, les services financiers, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, entre autres.
Faisant référence aux discussions qu’il a eues ces derniers jours avec les dirigeants mauriciens dont le Premier ministre Navin Ramgoolam, sur les enjeux confrontant l’économie mauricienne, M. Panitchpakdi a soutenu que « les Mauriciens ne peuvent compter que sur leurs propres efforts, leurs propres politiquent de développement ». Reprenant, dans la même foulée, les propos de l’ancien dirigeant singapourien Lee Kwan Yew, il a argué qu’il n’y a aucune raison de dormir sur ses lauriers : « L’heure est de réfléchir sur votre avenir ». Il pense que le secteur privé, par le truchement de la Chambre de Commerce et d’Industrie, l’une des plus vieilles institutions de l’hémisphère sud, peut se considérer sur le même pied d’égalité que le gouvernement. Appelant à la consolidation du partenariat secteur public/secteur privé, il a estimé que le privé, tout en gardant son indépendance, doit pouvoir se réinventer afin de pouvoir relever les défis de l’avenir.
Diversification
Pour Supachai Panitchpakdi, la diversification de la production mais surtout la diversification des marchés d’exportation reste un enjeu capital pour Maurice. Il a, dans ce contexte, fait état de la morosité qui prévaut depuis quelques années déjà sur les marchés européens, la crise économique ne donnant pas l’impression qu’elle va s’estomper de sitôt. L’invité de la MCCI a parlé de l’austérité budgétaire et du niveau élevé du chômage dans la zone euro. Il considère que c’est le moment pour Maurice de réfléchir davantage sur l’orientation future de ses échanges commerciaux. M. Panitchpakdi a fait état de la progression des échanges commerciaux du côté de l’Asie, continent qui représente aujourd’hui plus de la moitié des échanges globaux. La consolidation des liens entre les pays membres de l’ASEAN (Association of East Asian Nations), la volonté de ce bloc régional de s’ouvrir à des pays d’autres régions et les opportunités d’une intensification de la coopération dans divers domaines (finances, investissement, énergie, tourisme, transport, entre autres) ont été évoquées. « Il y a là opportunité pour Maurice de chercher des marchés niches. South-south trade is the order of the day. Cherchez de nouvelles sources de partenariats. Maurice doit pouvoir se réorienter et s’intégrer aux économies émergentes que ce soit en Afrique, en Asie et en Amérique latine ». Maurice, dit-il, peut devenir une porte d’entrée sur l’Asie pour l’Afrique et également sur l’Afrique pour l’Asie. « Il faut plus d’intégration avec l’Asie », a-t-il insisté.
Faisant ensuite un survol de la performance du continent africain, Supachai Panitchpakdi a indiqué que ces dernières années ont été marquées par une expansion économique sans précédent, la croissance moyenne annuelle avoisinant les 5-6 %.
« L’espérance de vie a augmenté en Afrique. Le pourcentage de personnes en emploi va dépasser largement le nombre de retraités. C’est bien d’investir dans les pays africains et de chercher à canaliser une partie des investissements directs étrangers vers ce continent. Notez que plus de 50 % des FDI mondiaux sont en train d’être mobilisés par les pays en développement. La Chine, l’Inde, le Brésil, la Malaisie, entre autres, font de gros investissements à l’étranger. C’est ce que nous constatons en Afrique », a fait comprendre l’intervenant. Cependant, Supachai Panitchpakdi a relevé des efforts insuffisants au niveau de l’intégration économique africaine. Les échanges intra-Afrique ne représentent actuellement que 10 % de la valeur des échanges totaux du continent, cela alors qu’en Asie le taux est de 55 %.
Le secrétaire général de la CNUCED a conclu son intervention en appelant Maurice à oeuvrer continuellement pour le renforcement de ses institutions et sa gouvernance tout en notant que le pays a des atouts en main en termes de démocratie participative, de multiculturalisme, de capital social, d’État de droit, entre autres.