« Chers frères et sœurs,

« Je vous souhaite à tous la joie de Noël. Qu’elle éclaire vos familles, vos foyers, mais qu’elle éclaire surtout vos cœurs ; qu’elle soit une joie profonde qui redonne à chacun un nouveau goût de vivre.

« Je pense ce soir à toutes les familles mauriciennes, rodriguaises, agaléennes et chagossiennes. Je pense aux familles stables pour qui Noel est une halte heureuse sur leur chemin. Je pense aussi aux familles en difficulté, par exemple, à celles dont certains membres sont toxicomanes, à celles qui sont divisées ou séparées, à celles dont les maisons sont en mauvais état ou ont été inondées récemment. Je pense aussi à ceux et celles qui ne seront pas en famille à Noël, par exemple, les travailleurs migrants, ou nos frères et sœurs qui dorment dans la rue, ou encore les jeunes et les adultes qui sont en prison, ou malades à l’hôpital.

« Nous avons tous des zones d’ombre et de lumière dans nos vies, sauf que pour certains la zone d’ombre est plus importante ; mais nous ne savons pas toujours chez qui l’ombre occupe le plus de place. Les apparences sont parfois trompeuses, il peut y avoir des personnes qui apparemment ont tous les moyens d’être heureux mais qui ne le sont pas.

« Comment la joie de Noël peut-elle nous apporter un peu plus de lumière, un peu plus de paix dans nos vies ? Comment puis-je sincèrement souhaiter à quelqu’un la joie de Noël quand je vois que tout paraît sans issue ?

« En fait, la joie de Noël nous arrive non pas comme un grand spot light qui balaye partout et éclaire tout d’un seul coup ; elle nous arrive plutôt comme une petite lumière fragile dans la nuit qui, si nous lui faisons confiance et la suivons, nous conduit toujours vers une lumière plus grande.

« Pour prendre un exemple, quand j’étais prof autrefois au Collège du St Esprit, un de mes élèves, un grand sportif, avait fait un grave accident de motocyclette. Avec quelques-uns de ses camarades de classe, nous avions été lui rendre visite à l’hôpital. Et là, il nous dit que sa jambe a été fracturée en 3 endroits et qu’il ne savait pas s’il pourrait reprendre son sport. Il nous explique aussi combien les médecins et les nurses s’occupent bien de lui. Mais il reste très inconfortable et souffre pas mal.

« Assise à côté de son lit d’hôpital se trouvait une vieille dame vêtue de noir qui restait silencieuse pendant toute la visite, lui mettant seulement la main sur le bras quand il souffrait beaucoup. A un moment donné, le garçon qui avait fait l’accident nous dit : « toutes ces nurses, tous ces médecins s’occupent très bien de moi, mais la personne qui me fait le plus de bien c’est cette vieille dame, c’est ma grand’mère ; elle vient là tous les matins à 7 heures et repart le soir à 6 heures. Elle ne dit pas grand-chose, mais elle est là. Sa présence est pour moi un grand encouragement. C’est elle qui me permet de tenir le coup ».

« Quand Dieu vient sur la terre à Noël, il choisit de venir comme un être fragile, un petit enfant qui ne peut rien dire, ne peut rien faire. Il vient pour être là seulement avec nous, comme cette vieille grand’mère à côté de son petit-fils. C’est parce que le garçon savait que sa grand’mère l’aimait beaucoup, c’est parce qu’il lui faisait confiance, que cette grand’mère pouvait lui donner tant de courage et de réconfort. Pour nous aussi, qui sommes tous plus ou moins blessés par la vie, Dieu vient s’installer à côté de nous, il vient parce qu’il veut être proche de nous, pour nous dire silencieusement qu’il souffre avec nous et sera toujours avec nous, comme cette grand’mère avec son petit-fils. Si nous accueillons sa présence comme un cadeau et lui faisons confiance, il y a une joie et un courage qui nous seront donnés.

« Cependant, pour pouvoir découvrir cette joie simple mais forte, nous avons tous besoin de frères ou de sœurs qui soient pour nous des signes vivants de ce Dieu qui vient vers nous, des personnes qui acceptent de s’asseoir à côté de nous comme cette vieille grand’mère, souvent sans rien dire, mais en montrant qu’elles comprennent notre souffrance et que nous pouvons compter sur elles.

« C’est pourquoi ce soir, je voudrais remercier toutes ces personnes qui donnent de leur temps tout au long de l’année pour être présents à côté de ceux qui souffrent : comme par exemple, les jeunes qui viennent rencontrer les tontons qui dorment dans la rue, à ceux qui viennent leur donner à manger, ou simplement prendre de leurs nouvelles. Ou encore les jeunes et les adultes qui accueillent et écoutent les toxicomanes, soutiennent et encouragent leurs parents ; ou comme ceux qui font connaissance avec certains travailleurs migrants et deviennent leurs amis ; les jeunes et les adultes qui visitent les malades, les prisonniers ; les familles qui soutiennent chacune une autre famille qui est dans la misère et deviennent amis ; les profs qui donnent une attention spéciale aux élèves les plus faibles et qui sont disposés à rester un peu plus tard à l’école pour cela.

« Un grand merci à vous tous ; c’est grâce à vous que la lumière de Noël peut vraiment éclairer une vie, redonner courage à un frère/une sœur. C’est grâce à vous que le miracle de Noël peut devenir une réalité aujourd’hui et remettre debout bien des personnes.

« Mais pour ceux et celles qui donnent aussi de leur temps, de leur amitié, est-ce qu’ils se privent de la joie de Noël pour aller la donner aux autres ? Au contraire, lorsqu’ils sortent d’eux-mêmes et cherchent à apporter un peu de joie à ceux qui sont dans la peine, c’est alors qu’eux-mêmes connaissent une joie encore plus grande et souvent inattendue. Pour eux aussi le miracle de Noël s’accomplit aujourd’hui.

« Je vous donne un seul exemple. Il y avait une fois une dame aisée qui avait un mari qui lui donnait tout le confort qu’on pouvait imaginer à la maison. Mais elle n’était pas heureuse, elle ne trouvait pas de sens à sa vie, et commençait à être un peu déprimée. Un matin, elle va voir une Sœur et lui raconte son problème. La Sœur qui s’occupait d’un hospice pour vieilles personnes, l’écoute pendant un bon moment ; mais l’heure du déjeuner des vieux arrivait et il fallait qu’elle aille servir le repas.

« Alors la Sœur invite la dame à venir lui donner un coup de main pour servir le repas aux vieilles personnes. La dame hésite un moment puis accepte. La Sœur voit qu’elle se débrouille bien, et que même si elle est un peu intimidée elle arrive même à donner à manger à certaines d’entre elles. Après le repas, la dame rentre chez elle. Trois jours après elle téléphone à la Sœur et lui demande si elle peut venir encore lui donner un coup de main. De fil en aiguille, elle vient régulièrement 2 fois la semaine et n’a plus besoin de partager sa déprime avec la Sœur. Quelques semaines plus tard, c’est le mari qui vient remercier la Sœur, et lui demande « qu’est-ce que vous avez dit à ma femme pour qu’elle soit ainsi transformée ? ». C’était simplement le service des autres qui avait guéri la femme.

« La joie de Noël entre aussi dans le cœur de ceux qui donnent de leur temps pour les autres car le service auquel Jésus nous appelle est une source de grande joie. Il faut seulement lui faire confiance et se jeter à l’eau pour servir avec Lui et comme Lui.

« Le miracle de Noël, c’est quand la joie rentre dans une famille, dans le cœur d’un jeune, d’un clochard, d’un malade grâce à une amitié attentive, une oreille écoutante, une manière d’être présent simplement, comme Jésus à Noël.

« Que la joie de Noël vous rejoigne tous et qu’elle soit une lumière sur votre route. »

Cardinal Maurice E. Piat

Evêque de Port-Louis