Quelque dix-sept mois après l’acquittement du tandem Sandip Moneea et Avinash Treebhowon devant les Assises pour le meurtre de la jeune Irlandaise, Michaela Harte, des développements sont intervenus en cette fin d’année. D’abord, ce matin, une escouade de limiers de la CID de Port-Louis Sud a procédé à l’arrestation de Me Ravi Rutnah par rapport à la cassette vidéo truquée, qui avait surgi en marge du procès aux Assises. Cet homme de loi pourrait faire face à deux accusations, soit de complot pour pervertir le cours de la justice et de « false and malicious denunciations against John McAreavey », l’époux de la victime. D’autre part, des recoupements d’informations effectués auprès des sources concordantes indiquent que les conclusions du nouveau rapport d’ADN sont concluantes au sujet de l’identité de l’un des meurtriers présumés du meurtre de la chambre 1025 de l’ex-Legends Hotel le 10 janvier 2011.
Très tôt ce matin, Me Rutnah, un des avocats étroitement liés à l’enquête sur le meurtre de Michaela Harte, a été placé en état d’arrestation et conduit dans les locaux de la CID de Port-Louis Sud en vue de son interrogatoire. Cette enquête est axée exclusivement sur cette bande vidéo, qui avait surgi de nulle part lors des délibérations du procès aux Assises de mai à juillet de l’année dernière. Dans un premier temps, la thèse colportée autour de cet enregistrement était que le couple McAreavey se trouverait à la réception de l’hôtel « at the material time of the commissioning of the crime ».
En parallèle, des soupçons étaient alimentés quant au rôle de John McAreavey dans le meurtre de sa jeune épouse lors de leur lune de miel à Maurice. Toutefois, des analyses plus approfondies des images devaient confirmer que c’était un couple de clients allemands qui passaient des vacances à l’hotel.
Avec son arrestation de ce matin, Me Rutnah fait face à deux accusations provisoires, soit de complot pour pervertir le cours de la justice et de « false and malicious denunciations against John McAreavey ».  Des indications sont que l’homme de loi pourrait comparaître devant le tribunal de troisième instance de Port-Louis en cours d’après-midi avec la police logeant des objections à la remise en liberté provisoire de l’homme de loi vu que l’enquête n’a pas encore été bouclée.
Dans la matinée, Me Steve Obeegadoo s’est rendu dans les locaux de la CID de Port-Louis Sud pour s’enquérir de la situation. « Je suis venu rendre une visite de solidarité à un de mes collègues du barreau que je connais depuis de longues dates. Je me suis entretenu de la situation avec lui et il m’a demandé de faire partie du panel d’homme de loi assurant sa défense. C’est ce que j’ai accepté volontiers », a-t-il déclaré.
Tout en évitant de faire des commentaires sur le fond de l’affaire, Me Obeegadoo s’est permis quelques observations préliminaires. « Je crois comprendre que la police reproche à mon confrère relève des démarches initiées dans le cadre de l’exercice de sa profession. D’ailleurs, ces mêmes délits retenus par la police font déjà l’objet de procédures instituées contre Me Rutnah devant les instances appropriées en Cour suprême. Il a retenu les services de Me Collendavelloo », a ajouté Me Obeegadoo.
Des échanges houleux ont eu lieu entre des limiers de la CID de Port-Louis Sud et Me Anoop Goodary, Leading Counsel, venu rendre visite à Ravi Rutnah pour des raisons professionnelles. Le ton était monté d’un cran entre les deux parties au point où Mes Rama Valayden et Sanjeev Teeluckdharry, qui se trouvaient dans les parages, ont dû intervenir en vue de calmer les esprits et éviter tout dérapage.
Vers les 11 h 30, Ravi Rutnah a été transféré sous escorte policière des locaux de la CID de Port-Louis Sud à ceux de la Major Crime Investigation Team (MCIT) pour les besoins d’interrogatoire Under Camera. Cet exercice s’est déroulé en présence des hommes de loi de Ravi Rutnah, en l’occurrence Mes Goodaru, Teeluckdharry et Kallee.
Ravi Rutnah compte s’appuyer sur les détails d’un affidavit juré le 19 novembre dernier pour assurer sa défense dans cette affaire de cassette vidéo. La principale contention de Me Rutnah est que pendant la durée de l’enquête policière et préliminaire, la police a soutenu que « they were not in possession of any CCTV footage at the material date from Legends hotel ». Cette confirmation fut répétée lors de la Pre-Trial Conference présidée par le juge Prithviraj Feckna.
« In fact, it transpired that they were in possession of the police and prosecution CCTV that were secured from Legends hotels by officers of the MCIT and this was not disclosed to the defence team despite repeated request including two applications for disclosure before the Honourable Judge in Chambers », affirme Me Rutnah, qui conteste la légitimité de la police d’instruire une enquête sur cette bande video. Il se dit prêt à coopérer avec une commission d’enquête, présidée par un juge de la Cour suprême pour faire la lumière sur cette affaire.
En conclusion, Me Rutnah ajoute que « the purpose of calling me has all the hallmarks of victimisation, intimidation, persecution and harassment ». Il dit également craindre pour ses confrères du Barreau, engagés dans la défense des suspects dans le meurtre de Michaela Harte.
Dépendant de l’évolution de l’interrogatoire de Me Rutnah, la CID de Port-Louis pourrait prendre la décision de convoquer Me Valayden pour interrogatoire à ce même sujet. Dans une correspondance officielle, Me Valayden avait laissé entendre qu’il avait visionné la bande vidéo conjointement avec Me Rutnah et qu’à la lumière de ces développements, la police devait revoir sa copie en procédant à d’autres arrestations.
L’épouse de la victime, John McAreavey, a déjà engagé des procédures de réclamations contre les auteurs de d’insinuations à son encontre.
Par ailleurs, des informations recueillies de sources concordantes avancent que le rapport officiel des analyses des 350 prélèvements d’ADN effectuées sous la supervision de l’Université de Bordeaux, a été soumis à la Special Cell du Central CID, comprenant le surintendant Callee et des chefs inspecteurs Seebaluck et Dabeesing. La réouverture de l’enquête sur le meurtre de Michaela Harte a été confiée à ces officiers de police.
L’une des conclusions est que des analyses sont positives au sujet de l’identité d’un des meurtriers présumés. À ce stade, aucune des sources n’a voulu s’aventurer pour des indications au sujet de ce suspect. « The report has been received. The details are classified », confirme une source haut placée alors que dans d’autres milieux, l’on ajoute que « c’est quelque peu prématuré de vouloir faire des commentaires sur ce rapport ».
Ces détails tomberont dans le domaine public dès que la décision d’instruire un nouveau procès « on the basis of new evidence » est entérinée par les autorités compétentes, dont le Directeur des Poursuites Publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel. Entre-temps, le nouveau texte de loi autorisant la réouverture de procès au criminel, voté par l’Assemblée nationale en urgence en juillet dernier, n’a pas encore été promulgué par le président de la République, Kailash Purryag…