Depuis que l’Université de Maurice s’est engagée à devenir une Research-Engaged and Entrepreneurial University, tout un changement a été nécessaire étant donné que l’institution était souvent sous les feux des projecteurs. Face à ce changement pour que ce fleuron du secteur éducatif du pays préserve ses lettres de noblesses, une certaine résistante a été notée. Mais malgré les embûches, l’UoM a réalisé un “accounting surplus” pour l’année financière passée. Le Pro VC, Mohammad Issack Santally, explique le travail accompli par la direction pour réaliser les objectifs fixés.

Depuis que l’UoM s’est engagée à devenir une Research-Engaged and Entrepreneurial University, quels sont les accomplissements en ce sens ?
Devenir une Research-Engaged and Entrepreneurial University est un long processus. C’est toute une stratégie qu’on met en place pour promouvoir les activités qui sont étroitement liées à cette vision. En termes de recherche, on a déjà entrepris le “Research Evaluation Exercice” avec la collaboration d’une équipe de consultants étrangers. Le budget interne de la recherche est passé de Rs 4 M à presque Rs 16 M alors que les projets avec des financements externes ont beaucoup augmenté ces dernières années. La recherche est maintenant institutionnalisée au niveau de l’UoM avec la mise sur pied par le bureau du vice-chancelier des pôles d’excellence de la recherche. En ce qui concerne l’Entrepreneurial University, on a déjà un plan avec le Knowledge Transfer Office (KTO), la Consultancy Unit, et la collaboration accentuée avec les secteurs publics et privés. Notre engagement dans cette direction a pour but de donner un sens beaucoup plus pertinent et concret dans la mise en pratique de cette vision, en focalisant nos activités dans le contexte du développement durable (notamment les SDGs).

L’UoM semble avoir redoré son blason depuis un certain temps. Quels sont les défis que vous avez rencontrés ?
Je pense que la raison principale de notre succès est basée sur un système de valeurs tel que la confiance mutuelle, une équipe soudée surtout au niveau du “senior management” et notre sens de loyauté envers l’institution. Mais l’ingrédient le plus important, c’est qu’on a réussi à rallier la plupart de notre personnel académique et non-académique autour de cette vision commune. On a mis l’accent sur la formation dans différents domaines pour notre personnel, et surtout en leadership à tous les niveaux. Il y a eu aussi les activités de sports et de loisirs tels que l’UoM Omnisports Day. Certes, il y a toujours de la résistance surtout face au changement, mais on s’engage davantage dans la consultation, la communication à travers des séances d’explications et d’échanges. On met en place une politique d’inclusion de tous dans les activités qu’on organise malgré les différences qu’on peut avoir des fois, d’un point de vue professionnel ou même personnel. Sans l’effort et la collaboration de l’ensemble de notre personnel, les membres de différentes instances de prises de décision et surtout nos étudiants, on n’aurait pas réussi.

Les finances de l’UoM étaient dans le rouge depuis plusieurs années. La tendance s’est-elle renversée ?
Les finances sont étroitement liées à la façon dont on travaille notre budget. Depuis que notre équipe est en place, le vice-chancelier a mis en place des mesures novatrices et courageuses dans la façon dont on travaille le budget de l’université. Nous avons aussi travaillé sur un “turnaround plan” au tout début de notre mandat. Aujourd’hui, on voit les fruits de nos efforts, et l’UoM a réussi à présenter après tant d’années un “accounting surplus” dans nos comptes officiels. Cependant, ça ne veut pas dire qu’on a plein de moyens, mais c’est quand même très positif. Certes, il y a toujours des défis, car on doit déjà préparer l’avenir avec, par exemple, le prochain rapport du Pay Research Bureau et les chantiers qu’on a déjà mis en place tels que l’Agritech Park, la rénovation de nos laboratoires, et la mise en place de salle de classe version 2.0, entre autres.

La gratuité de l’enseignement supérieur n’a-t-elle pas affecté les finances ?
Non, parce qu’avec la gratuité, c’est le gouvernement qui, techniquement, prend en charge les frais d’inscription de nos étudiants. Mais il y a certainement des implications, surtout quand ce sont des fonds publics. Par exemple, nous sommes en train de rationaliser les cours pour qu’il y ait moins de duplication, ce qui signifie pour nous plus d’efficience et une réduction de nos coûts. Toute notre politique et nos actions sont en toile de fond liées à des principes de bonne gouvernance. Nous réfléchissons sur d’autres moyens de générer des revenus supplémentaires étant donné que nos cours “undergraduate” qui étaient payants ne seront plus offerts. On met l’accent sur les “commissioned programmes” et des cours niveau Masters qui sont payants, ainsi que le développement et la consolidation de notre campus virtuel. Nous misons également sur les cours dans des filières très pointues telles que la Data Science et le Cyber Operations avec les Universités Paris-Seine et Arizona. Cependant, il faut se rendre à l’évidence que ce processus c’est pour les moyen et long termes.

Depuis quelque temps, l’UoM s’oriente vers l’international. Êtes-vous satisfait du nombre d’étudiants étrangers à l’UoM ?
En toute franchise, non. Étant donné nos efforts et notre engagement dans cette voie surtout au niveau du marketing. Sauf que, nous nous sommes rendu compte au fil du temps que c’est encore un de ces objectifs qu’on s’est fixé mais qui nécessite tout un écosystème comprenant des politiques appropriées et les structures nécessaires pour avoir le succès escompté. Cependant, nous sommes convaincus d’être sur la bonne voie pour quelques raisons. D’abord, on a mis en place un International Affairs Office pour offrir un service de proximité avec les demandeurs étrangers et les agents de recrutement. Nous avons revu à la baisse nos frais d’inscription pour les étudiants étrangers avec un “partial scholarship scheme” pour ceux venant d’Afrique, et d’autres pays en voie de développement.

Récemment, nous avons revu nos critères d’admission pour les étudiants étrangers, car nous nous sommes rendu compte que beaucoup d’entre eux n’étaient même pas éligibles pour une place, car il y a différents systèmes d’éducation secondaires dans différents pays. Nous attendons aussi notre “hall of residence”, un élément important dans cet écosystème qu’on est en train de mettre en place. Avec tout ce dispositif, on est confiant que le nombre d’étudiants va augmenter.

Nous avons plusieurs universités de renom sur le sol mauricien. Comment arrivez-vous à faire face à la concurrence et vous démarquer ?
Il faut se rendre à l’évidence qu’il y a deux choses. D’abord, l’Université de Maurice est une institution qui a quand même un statut d’université nationale avec un peu plus de 50 années d’existence. Et puis, nous sommes quand même financés par l’Etat mauricien et nos étudiants ne paient pas de frais de scolarité. Cela nous met logiquement dans une position privilégiée par rapport aux autres institutions, surtout ceux du privé. Donc, dans cette perspective je ne pense pas qu’on doive les percevoir comme des concurrents. Au contraire, leur présence nous rappelle qu’on ne peut être complaisant à aucun moment, et qu’il faut toujours chercher l’excellence pour préserver notre réputation. Au niveau de l’Université, nous voyons cela comme une aubaine pour renforcer la coopération académique interuniversitaire dans la recherche et l’innovation, pour mieux relever les défis. Et ce faisant, on remplace le terme compétition par le concept « co-opetition » qui nous permet de rester compétitifs en nous focalisant sur nos forces, mais n’excluant pas la possibilité de coopération et de collaboration, pour s’améliorer là il faut.

Nous sommes cependant conscients qu’avec tous ces acteurs dans le domaine de l’enseignement supérieur, l’Université doit être au point dans notre “value proposition” à nos “stakeholders”. Nous avons revu notre modèle d’enseignement, misant sur la pédagogie centrée sur l’apprenant, et l’acquisition des compétences sur les principes du ECTS. Les “soft skills” ont aussi une place très importante dans notre cursus. Nous avons mis en place le Digital Language Lab qui permet à nos étudiants d’améliorer leurs compétences en communication et langues étrangères. Nous faisons beaucoup d’efforts pour améliorer la “campus experience” de nos étudiants. Notre réseau WI-FI, la plateforme d’enseignement en ligne, et notre e-Library facilitent l’accès de nos étudiants aux ressources éducatives. L’employabilité de nos étudiants est aussi devenue, au fil des années, une priorité pour nous à travers des stages en entreprise, par exemple, pendant leurs études. Comme je l’ai aussi mentionné, on accorde aussi une très grande importance à la formation continue et au bien-être de notre personnel pour qu’il soit plus productif et compétent face aux défis à venir.

L’UoM, depuis quelques années, signe des accords avec des entreprises du privé dans plusieurs domaines. Quels sont les objectifs de tels accords ?
Les accords avec les entreprises du privé ont différents objectifs. Ce qui est important, c’est que chaque accord qu’on signe s’inscrive dans notre démarche d’une Research-Engaged and Entrepreneurial University. On signe, par exemple, des accords avec le privé pour former leur personnel d’après leurs besoins dans des filières très pointues. Ces formations sont conçues et délivrées par des experts venant de l’industrie. On répond donc à un besoin précis. Ce même type d’accord peut se faire dans le contexte de la recherche et l’innovation, où l’université apporte son savoir-faire pour aider l’industrie à résoudre des problématiques propres à son contexte. Par exemple, on travaille aussi avec l’industrie sous le Collaborative Research and Innovation Grant Scheme du MRIC pour les aider à développer de nouveaux produits, services ou améliorer la performance de l’entreprise. On propose aussi des services de conseil payants à l’industrie sous notre Consultancy Scheme et nous sommes assez compétitifs dans ce domaine au vu du nombre de projets et de prestations qu’on a exécutés pendant ces dernières années.