Issop Soobadar ne souhaite pas être reconduit à la présidence de la Market Traders Association. Après avoir passé une quinzaine d’années à défendre la cause des maraîchers, celui qui, depuis ces dernières années, mène une lutte acharnée contre les marchands ambulants passe le flambeau à « la jeunesse ». Mais avant de partir, il compte bien gagner son dernier combat… contre la vente à l’encan.
« Je ne compte pas me retirer de la Market Traders Association (MTA). Je serai toujours membre car je serai toujours maraîcher. Je guiderai le prochain président dans les coulisses », dit-il. Après plus d’une quinzaine d’années passées à la présidence de l’association, le vendeur de légumes du marché central s’est forgé une solide réputation. À son palmarès, on retient non seulement son engagement auprès des maraîchers après l’incendie ayant ravagé le marché central, mais également des initiatives visant à permettre à ces derniers de travailler dignement. « Afin de faire entendre notre voix, je n’ai jamais hésité à contacter les ministres, y compris le Premier ministre », précise-t-il. Car, soutient-il, la vente de légumes permet à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins. « Il était de mon devoir de m’assurer que les maraîchers puissent opérer dans les meilleures conditions », laisse entendre notre interlocuteur.
Toutefois, concède-t-il, le travail de président « n’est pas de tout repos ». Neveu d’Ahmad Soobadar (fondateur de la MTA, en 1951), Issop Soobadar a le leadership « dans le sang ». Sa plus grande fierté demeure la contribution des maraîchers au nettoyage et à la construction du marché central    d’aujourd’hui. Cependant, au fil des années, de nouvelles problématiques ont fait surface. Ainsi, ce qu’il combat depuis bientôt une dizaine d’années, est sans aucun doute « l’invasion des marchands ambulants » dans la capitale, et ce principalement autour du marché central. N’hésitant pas à qualifier ces derniers de « concurrents déloyaux », M. Soobadar soutient que ses nombreux « SOS » lancés aux autorités, afin de les alerter de la situation, ont souvent été ponctués de « menaces de mort ». Il explique : « À un moment donné, ma famille et moi-même avions bénéficié d’une protection policière », dit-il, avant de raconter « les années de braise », qui, pour lui, lui auront laissé un souvenir « traumatisant ». Aujourd’hui, alors qu’il est sur le point de rendre son tablier de président, il espère gagner un dernier combat : celui qu’il mène contre la vente à l’encan. Une pratique qui, soutient-il, désavantage les maraîchers en raison des heures à laquelle cette activité est pratiquée. Selon notre interlocuteur, des « regulations » existent pour ce type d’opérations, qui doivent débuter à 5 h du matin sous la supervision d’un inspecteur. Or, note-t-il, dans la pratique, « c’est une autre réalité ». Et d’expliquer : « A Maurice, la vente à l’encan débute à partir d’une heure du matin. Et ce sont des particuliers et des marchands ambulants qui profitent de l’aubaine », dit-il, avant de poursuivre : « Lorsqu’ils arrivent à la vente, les maraîchers ne peuvent se fournir qu’en légumes de qualité médiocre (…) Nous avons informé la municipalité et les autorités de ces pratiques illégales mais, à ce jour, nous ne voyons aucun résultat. Ce sera mon dernier combat avant de partir », concède-t-il.
En attendant, il attend le jugement de la Cour suprême concernant le Contempt of Court, logé par la MTA contre la municipalité de Port-Louis et la police pour « non-respect d’un ordre de la cour » (Ndlr : interdire aux marchands ambulants de travailler dans un rayon de 500 mètres entourant le marché central). « Si nou gagn sa, sa mem pou mo kado depar », dit-il.