Sega tipik, le dernier album du groupe Abaim, peut faire un excellent cadeau de fin d’année en marge du récent projet de classement du séga au Patrimoine mondial de l’humanité. S’il n’est fait que de morceaux nouveaux, il démontre de bout en bout que l’exploration du patrimoine musical peut être une continuelle source de renouvellement, lorsque comme ici, il se conçoit dans un esprit de transmission et de dissémination des connaissances.
Les chansons dites de terroir sont très souvent associées à nos valeureux anciens, comme si les ségas d’autrefois ne pouvaient se transformer en traversant le temps, comme s’ils devaient systématiquement être le fait de quelques valeurs sûres pittoresques qui attendrissent dans un mélange de compassion et de nostalgie, et aussi parfois de tristesse pour le misérabilisme avec lequel les enregistrements du passé nous parviennent, quand par bonheur ils nous parviennent…
Mais rangeons les mouchoirs ! Poursuivant son travail de recherche et de transmission des traditions orales et musicales mauriciennes, l’association Abaim de cité Barkly propose avec son nouvel album Sega tipik, d’emprunter la machine à remonter le temps en retrouvant le son, l’art et la manière, et toute la richesse d’un séga authentique, mais ils le font avec des interprètes qui ont tous les âges et ils nous proposent des textes de leur propre cru sur une partition qu’ils ont construite avec tout le feeling nécessaire. Après vingt-six ans de pratique musicale, les membres de cette association viennent s’il le fallait encore, démontrer que la tradition n’a de sens et d’intérêt que dans le renouvellement, et que s’il faut parfois retourner aux sources pour se réapproprier un savoir ou faire revivre une pratique qui fait à nouveau sens aujourd’hui, cela ne se conçoit pas sans réinvention.
Treize morceaux dont deux purement instrumentaux illustrent parfaitement cette créativité dont les jeunes et moins jeunes d’Abaim sont capables au bout de ce onzième album. D’écoute agréable, distrayante si ce n’est émouvante, Sega tipik montre à la fois la diversité de rythmes et souligne la façon dont les différents morceaux se structurent. Aussi s’en tient-on ici strictement aux instruments traditionnels de la ravanne, la maravanne, la serpe, du triangle, du bobre et du jerrican… dont le descriptif est donné en fin de livret.