Le concert qui a été offert au MGI le 10 mai dernier préfigure ce que pourrait donner une collaboration régulière entre les conservatoires de Maurice et de La Réunion, et aussi des autres îles de la région. Sans l’action d’un mécène anonyme, qui a soutenu cet événement, ce projet, parrainé par le ministère de la Culture, n’aurait pas pu voir le jour. Des acteurs du monde musical nous confient qu’il est tout à fait possible de trouver des entreprises intéressées à poursuivre cette forme de soutien à l’avenir, si les conservatoires concernés continuent de collaborer ainsi, comme ils viennent de le faire pour la première fois.
Comme souvent, en musicien pointilleux, Martin Wettges nous confiait, au soir du concert qu’il a dirigé avec les jeunes musiciens des conservatoires mauricien et réunionnais… qu’ils n’avaient pas assez répété tous ensemble. Pourtant, ce travail de partage musical de quelques jours a permis aux participants d’ajouter une jolie corde à leur arc : jouer à l’unisson parmi quelque 60 musiciens des oeuvres à caractère symphonique apporte indéniablement un vécu tout à fait irremplaçable quand on a passé des années à travailler l’instrument seul ou dans de petites formations d’élèves.
Cette expérience exaltante, assortie d’un voyage pour les jeunes Réunionnais, suscite bien sûr l’enthousiasme de la directrice du conservatoire François Mitterrand, qui espère vivement que ces échanges pourront se poursuivre le plus souvent possible, dans les deux sens et avec une véritable reconnaissance mutuelle des qualités… des deux côtés des rives mauriciennes et réunionnaises. « Après cet échange si fructueux, nous confie Claudie Ricaud, les deux conservatoires souhaitent vivement un partenariat sur le long terme avec un calendrier d’activités bien pensé. Je pense que pour que cela se réalise, il faut qu’il y ait une réelle volonté d’échange, dans la mesure où ces échanges s’établiront dans une approche bilatérale, où chacun accepte qu’il a des choses à apprendre, mais aussi à offrir. En tout cas, nous nous sommes déjà mis au travail en vue de dégager quelques secteurs où ce genre de collaboration a le plus de chance de réussir. »
Le concert, qui était pour la plus grande partie des morceaux dirigé par le chef allemand Martin Wettges (Traviata 2012 à Maurice), a été en quelque sorte l’événement de tous les possibles puisqu’au-delà des 60 musiciens mentionnés plus haut, les Select Singer et la chorale du conservatoire ont été sollicités, de même que, pour un petit intermède, les jeunes filles de Cité Mangalkan, que Leslie Merven a entraînées sur les voies de la musique dans l’ensemble à flûtes Les vents d’un rêve. Ce concert a apporté de belles surprises, comme par exemple l’aisance tout à fait remarquable au hautbois d’Arthur Viramoutou, un jeune homme de 12 ans, qui nous vient de l’île soeur et qui s’est avancé d’un pas un peu hésitant au-devant de la scène pour interpréter, accompagné par ce grand ensemble, un extrait du concerto pour hautbois en ré mineur d’Alessandro Marcello. Le son absolument irremplaçable de cet instrument s’entend suffisamment rarement à Maurice pour que l’on souligne l’importance de ces instants de pure grâce joués de manière impeccable.
Grâce et diversité
Autre moment notable, la valse triste d’un des grands maîtres de la musique symphonique du XXe siècle, le finlandais Jean Sibelius, était d’une exquise douceur, les instruments à cordes y étant fortement mis à contribution pour un jeu tout en lenteur et fluidité. On a pu remarquer un certain nombre d’adultes aux instruments sur la scène du MGI, pour la simple raison que certains professeurs étaient là, à la fois pour seconder leurs élèves et donner du corps au jeu d’orchestre. Les musiciens n’ont pas laissé un mètre carré d’espace sur la scène, d’autant qu’ils ont été rejoints pour certains morceaux par les Choral Singers en final lorsqu’ils ont offert le medley d’Andrew Lloyd Webber, A concert celebration, ou encore en ouverture avec le choeur des esclaves de Verdi (Nabucco) avec les choeurs d’adultes du conservatoire. Un Américain à Paris, le Rondo du concerto pour cor de Mozart, un extrait tout à fait tonitruant du Star Wars, de John Williams… Le programme était éclectique et divertissant, bravant les époques comme pour dire que la musique, quand elle est bonne, appartient à toutes les générations. Outre le morceau de Georges Gerschwin, un autre moment de jazz a mis en avant les qualités et la diversité des percussionnistes ainsi réunis pour l’occasion. Pour une fois, le xylophone du conservatoire a pu donner de lui-même sur un morceau tout en swing, Xyloboogie.
« Comme dans toutes les grandes rencontres entre adolescents, dit Claudie Ricaud, il y a aussi bien les liens d’amitié qui se tissent que des échanges de technique instrumentale. Nos jeunes musiciens sont très talentueux, ils sont aussi de bons lecteurs, en raison de leur pratique hebdomadaire d’orchestre ici au Conservatoire, qualité essentielle pour le travail d’orchestre. En l’espace de quelques répétitions, ils ont été capables de progresser et de répondre aux demandes du chef. Je pense qu’il serait important qui nous puissions inviter de manière régulière des chefs à venir ainsi travailler avec l’orchestre. » Les suites espérées permettront bientôt d’affirmer que notre région a su se doter, au-delà de ses frontières visibles et invisibles, d’un Orchestre des jeunes de l’océan Indien.