L'ex-président de la République Kailash Purryag présentant ses sympathies à Me Glover, SC

Le monde du Judiciaire est en deuil. L’ancien chef juge sir Victor Glover est décédé hier à l’âge de 87 ans, après une longue et riche carrière en tant que juriste. Ses funérailles auront lieu ce lundi à 13h. Une messe sera dite à l’église Notre Dame de Lourdes. Plusieurs membres du Barreau se disent « privilégiés d’avoir croisé son chemin » et témoignent de son parcours juridique « remarquable ».

Sir Victor Glover était un brillant étudiant ayant fait ses preuves à tous les niveaux. Il a fait ses études secondaires au Collège Saint-Esprit et y a décroché une bourse pour des études en Angleterre. Il a étudié le droit au Jesus College d’Oxford en tant que boursier avant d’être admis au Barreau d’Angleterre et du Pays de Galles en 1957. Après avoir exercé au Barreau de Maurice, il a rejoint le bureau de l’Attorney General en 1962 et a gravi ensuite les échelons pour devenir Parliamentary Counsel. En 1976, à l’âge de 44 ans, il a été nommé juge à la Cour suprême. Il a ensuite été nommé successivement Senior Puisne Judge en 1982 puis chef juge en 1988, année où il a été nommé Queen’s Counsel.

Le Senior Puisne Judge Asraf Caunhye et la juge Johan Moutou-Leckning à la veillée mortuaire hier

Depuis sa retraite en 1994, il a agi à titre de conseiller juridique en pratique privée et de consultant auprès de l’Attorney General en matière de rédaction législative. Sir Victor Glover était, depuis 2010, président de la Commission de pourvoi en grâce. Entre autres nominations, il est Master of the Bench  de la Society de Middle Temple et patron de la Commonwealth Magistrates’ and Judges’ Association. Il était l’éditeur de Abstract of Decisions of the Supreme Court (1982 et 1993), coéditeur du New Mauritius Digest (1999) et consultant coéditeur de Revised Laws of Maurice (2000). Il a aussi présidé plusieurs commissions d’enquête, notamment sur l’éducation et la vente a la barre.

Sir Victor Glover a aussi été consultant en droit constitutionnel et administratif, les contrats, le droit financier et le droit de la concurrence et le droit international public. Il s’est démarqué en matière d’interprétation des lois à Maurice et a agi à titre d’arbitre à plusieurs reprises, à la fois localement et à l’étranger. Sir Victor Glover est le patron de l’English Speaking Union de Maurice et a été nommé président émérite en 2008. Il a été président de l’ESU de 1993 à 2007.

Au cours de sa longue carrière professionnelle, il a exercé les fonctions de gouverneur général à quatre reprises entre 1988 et 1991, et une fois comme président de la République, en 1992. Il a été président de la Tertiary Education Commission de 1988 à 1997. Pendant plusieurs années, il a été coéditeur des “Mauritius Reports” et professeur honoraire de droit à l’Université de Maurice. En tant qu’ancien chef juge, il est aussi celui qui a prononcé la dernière condamnation à mort à Maurice. Il était cependant contre la réintroduction de la peine de mort à Maurice.

Outre sa famille immédiate, son épouse Lady Ginette ses deux fils, Mes Gavin et Brian Glover, dont il était très fier, et de nombreux amis, sir Victor Glover laisse dans le deuil ses collègues, pour qui il aura été un modèle du fait de sa grande conscience professionnelle, sa rigueur et sa disponibilité hors du commun. À titre de juriste remarquable, il aura contribué au développement du droit à Maurice et à l’avancement de la profession d’avocat.

TÉMOIGNAGES

Le chef juge Eddy Balancy : « Un juriste hors pair »

« C’est avec beaucoup de tristesse que j’ai appris le décès de sir Victor Glover. Fils d’un éminent juge de la Cour suprême, sir Victor s’est lui-même distingué comme juge, puis chef juge, après une brillante carrière au parquet. Il a énormément contribué à la jurisprudence mauricienne. La profession se souviendra de lui entre autres pour son esprit vif et pratique, et pour ses “drafting skills”. Il était un juriste hors pair qui a marqué l’histoire du judiciaire à Maurice. »

Me Yahia Nazroo : « Un bon vivant »

« J’ai eu l’occasion de côtoyer sir Victor Glover pendant mes 15 ans de carrière au Barreau. Je l’ai côtoyé de près aux Glover Chambers alors qu’il était consultant. Comme jeunes avocats, on s’asseyait et on déjeunait avec lui 3 à 4 fois par semaine. L’occasion pour nous de discuter de droit et de partager son expérience, qui était quelque chose d’inestimable. C’était un bon vivant et il ne ratait jamais l’occasion de lancer des blagues. Il ne faut pas oublier qu’il a aussi “drafté” des lois pour Maurice et qu’il était président de la Commission de pourvoi en grâce, où il a accompli un travail de haute facture. C’est une grande perte pour le judiciaire, mais aussi pour le pays. C’était un homme de principe, qui a toujours été respecté. Je suis attristé pour ses fils Gavin et Brian, qui étaient très proches de leur père. »

Shakeek Mohamed : « Sa “gentlemanly attitude” appréciée de tous »

« J’ai connu sir Victor Glover comme chef juge lorsque j’ai prêté serment devant lui en 1992. Depuis, j’ai eu l’occasion de plaider devant lui à plusieurs reprises. Ce qui m’a toujours frappé, c’est sa “gentlemanly attitude”, qui était appréciée de tous. Il était brillant dans son esprit et était simple à la fois. Il a beaucoup aidé les jeunes à intégrer le Barreau. Big Loss pour le Barreau. Je présente mes sympathies à toute sa famille »

Arvin Boolell : « Ses jugements ont fait jurisprudence »

« Sir Victor Glover était d’une grande intelligence et ses jugements étaient “second to non” et ont souvent fait jurisprudence. Je l’ai rencontré lors des “social encounters”. Il était très fier de ses enfants. C’était un grand patriote. Certaines personnes n’avaient pas compris ses décisions en tant que président de la Commission of mercy. Il avait une dimension humaine et, en tant que juriste, il a toujours respecté l’esprit de la Constitution. Cet érudit était un exemple pour les jeunes. Il était un grand chef juge. »

Me Sanjay Bhuckory, SC : « Un riche héritage de notre patrimoine juridique »

« Un géant du judiciaire s’en est allé. C’est avec beaucoup de peine que je viens d’apprendre le décès de sir Victor Glover. J’ai prêté serment devant lui il y a de cela 35 ans, et j’ai depuis entretenu des relations très professionnelles et cordiales avec lui. J’ai paru devant lui dans plusieurs procès, dont certains en appel. Il était très perspicace et pointilleux, tout en étant courtois envers les avocats. C’était un fin intellectuel, tout en étant un pragmatiste qui rendait justice aux parties. Ses jugements constituent un riche héritage de notre patrimoine juridique, dont les générations futures pourront s’inspirer. »

Me Zubeida Salajee, présidente de la Mauritius Law Society : « Un grand gentleman »

« La mort de sir Victor Glover représente une grande perte pour le pays, et en particulier pour le judiciaire. C’était un fin juriste, connu pour son intelligence et la qualité de ses jugements. Mais le souvenir que je garde de lui, c’est son côté affable et sa courtoisie. C’était un grand gentleman. Il n’avait pas besoin de lever la voix pour de faire respecter. Il ne rabaissait jamais les hommes de loi. »

Me Yousouf Mohamed (SC) : « Une perte considérable pour le judiciaire»

« J’ai été peiné d’apprendre la perte d’un homme qui a été chef juge et qui a beaucoup contribué dans la rédaction des textes de loi. Le décès de sir Victor Glover est une perte considérable pour Maurice. Je présente mes condoléances à ses deux fils, Brian et Gavin. Sir Victor Glover a beaucoup contribué au judiciaire et aux lois mauriciennes. Certains au Barreau reconnaissent que, sans lui, il n’y aurait pas de suite dans les précédents qu’il a rédigés. Ce sera aussi un manque à gagner pour le judiciaire. »

Sooroojdev Phokeer, Speaker de l’Assemblée :

« Énorme contribution aux travaux parlementaires »

« Sir Victor Glover a eu une riche carrière dans le judiciaire. Il a également été Parliamentary Councel et sa contribution au niveau parlementaire a été énorme et très appréciée. Il était également un grand défenseur de la langue anglaise. C’est avec beaucoup d’émotions que nous avons appris son décès. Il était un grand patriote. Je présente mes plus vives sympathies à sa famille. »