Le nouveau plan d’assurance-maladie privé que propose sur une base optionnelle le gouvernement aux salariés du privé et de la fonction publique, financé à partir de la contribution de leur employeur au National Savings Fund, commence à susciter des interrogations. Ce fonds, auquel contribuent aussi les employés, permet à ces derniers d’obtenir une lump sum à la retraite. Mais l’employé optant pour cette assurance-maladie n’obtiendra, le moment venu, qu’une compensation très faible. L’Association des Consommateurs de l’Île Maurice prévient ceux contribuant au NSF de bien réfléchir avant d’opter pour un changement.
Alors qu’il y a depuis plusieurs années une demande assez récurrente auprès du gouvernement pour un plan d’assurance-maladie – du fait du coût élevé des traitements pour certaines pathologies –, les Mauriciens ne s’empressent pas pour prendre avantage de celui lancé depuis une quinzaine de jours par le ministre de la Sécurité sociale. « Nous n’avons reçu aucune demande jusqu’ici », confient au Mauricien des officiers de la Sécu. Certains dirigeants des syndicats de la Fonction publique et du secteur privé, qui se sont prononcés contre la formule proposée, craignent surtout un début du démantèlement du Welfare State. « Bann klinik prive e bann dokter prive pou sorti ganian ladan », martèlent les opposants.
En fait, c’est la ponction du National Savings Fund (NSF) pour la cotisation mensuelle à cette assurance qui fait tiquer. Pour rappel, le NSF a été introduit en 1995 après l’adoption au Parlement de la National Savings Fund Act pour remplacer l’Employees Welfare Fund. L’objectif principal de ce fonds, selon le site du ministère de la Sécurité Sociale : « To provide for the payment of a lump sum to every employee at normal retirement age or before normal retirement age in accordance with an enactment. » En cas de décès, ce sont les héritiers de l’employé qui bénéficient de cet argent. L’employé sait-il aussi qu’il peut toucher cette lump sum dans les situations suivantes ? S’il perd son emploi à 45 ans ou après cet âge pour cause de fermeture d’entreprise ou s’il est obligé de prendre sa retraite en raison d’une maladie.
Le ministère précise aussi : « This Fund is compulsory in respect to all employees, except non-citizens, of both public and private sector. » La cotisation mensuelle au fonds s’établit comme suit : 2,5 % des salaires de l’employé payé par l’employeur et 1 % par l’employé.
Au moment de toucher cette lump sum, le bénéficiaire perçoit aussi des intérêts sur la somme accumulée jusque là. « À titre d’exemple, quelqu’un qui a contribué jusqu’ici à hauteur de Rs 100 000 peut en obtenir le double à la retraite. Et ce n’est pas une somme négligeable », indique un officier de la Sécu. « Si une personne choisit d’entrer dans ce plan d’assurance santé, sa lump sum ne va définitivement pas beaucoup progresser puisqu’il ne va plus alimenter son fonds. C’est pour cette raison que les salariés doivent demander toutes les informations nécessaires avant de prendre une décision », poursuit cet officier avant de souligner que Sheila Bappoo, la ministre concernée, s’était appesantie sur le caractère optionnel de ce plan lors de son lancement.
Pour sa part, l’Association des Consommateurs de l’Île Maurice ne pense pas que les travailleurs ont été suffisamment informés de toutes les implications découlant d’un éventuel transfert de cette cotisation de 2,5 % vers ce plan d’assurance-maladie. « On sait que les assureurs sont intéressés d’avoir ce type de plan, car il existe un marché de plusieurs dizaines des milliers de travailleurs. Les maisons d’assurances ne vont pas tarder à envoyer leurs agents dans tous les coins du pays pour dénicher les clients potentiels », estime Jayen Chellum, directeur de l’association des consommateurs. Selon le registre de la Sécu, Maurice compte quelque 318 000 salariés du secteur public et du privé inscrits au NSF.
« Les salariés ont-ils été informés de cet aspect concernant la lump sum ? C’est une question bien sérieuse. Le gouvernement et ceux concernés par le sort et le bien-être des travailleurs ont le devoir primordial de les informer de tous les détails. Qu’ils décident ensuite en toute connaissance de cause », termine Jayen Chellum.