Ce mercredi 25 mars, la communauté télougoue fête Ougadi. Cette fête marque le début de la nouvelle année selon le calendrier lunaire télougou. Scope a rencontré Seemadree Latchayya, vice-président du Mauritius Telegu Maha Sabha à Grande-Rivière-Nord-Ouest, qui fait découvrir cette religion basée sur l’hindouisme et ses spécificités.

Célébrations de l’Ougadi

“Subha kaankshalu !” (bonne fête), se diront les membres de la communauté télougou le 25 mars à l’occasion des célébrations d’Ougadi. Cette fête marquera le premier jour de l’année mais aussi la célébration de la création du monde par Brahma explique Seemadree Latchayya. Il précise que c’est un jour très favorable pour de nouveaux projets. Il faut savoir que l’Ougadi a un cycle de 60 ans. Cette année marque les célébrations de la 34e année de ce cycle. “La religion télougoue est très scientifique, tout est calculé avec précision.”

Le jour de la fête, les personnes de la communauté se réveilleront avant le levé du soleil et prendront un bain “pour purifier le corps physique.” L’entrée de la maison sera décorée d’une rangée de feuilles de mangues et de fleurs. Par terre, le mugu sera installé. Il s’agit d’une décoration faite de riz coloré. “C’est fait pour recevoir Dieu et les invités.” Ces deux installations doivent êtres faites tôt le matin.

Parés de vêtements neufs, ils les fidèles iront devant les autels dans leurs maisons pour des prières avant de demander la bénédiction des parents. Ensuite, ils convergeront vers les temples. Pendant la cérémonie, outre les prières, le pandit lira les prédictions en provenance du temple de Tirupati en Inde. “Il parlera des précautions à prendre et des comportements à adopter dans la vie de tous les jours.” Dans le temple, des noix de coco seront ouvertes pour symboliser d’ouverture du 3e œil ; celui de la connaissance.

Certains temples prévoiront des fêtes culturelles, mais la plus grande sera organisée au Indhira Ghandi Centre for Indian Culture à Phoenix. Par ailleurs, une troupe musicale sillone le pays pour présenter de la musique folklorique.

Outre l’Ougadi, la communauté télougou fête également Nursuma puja ainsi que le Govinda puja et le Durga puja.

Raamabhajanam

Le Raamabhajanam est un peu l’identité de communauté télougou en matière spirituelle selon Seemadree Latchayya. Cette tradition est célébrée pendant toute l’année avec un accent particulier pendant les 9 jours qui débutent avec les célébrations d’Ougadi. Elle débuteront ainsi le 25 mars cette année et prendront fin le 2 avril. Le 28 mars, des prières sont prévues à partir de 18h et elles prendront fin le lendemain à 6h du matin.

Origines

La communauté télougou est originaire de l’Andhra Pradesh, dans le sud de l’Inde. “Nos ancêtres sont arrivés à Maurice il y a environ 180 ans comme travailleurs engagés et ils ont travaillé dans les champs de cannes à sucre”, relate Seemadree Latchayya. Aujourd’hui, ils sont environ 70 000 à Maurice avance-t-il. Une soixantaine de temples est dispersée un peu partout dans l’île : “Les télougous suivent principalement Sri Raama et Narasimha, deux incarnations de Maha Vishnu.”

Selon la légende, Sri Raama est venu dans le rêve d’un de ses dévots, Kanchana Gopanna, et lui a demandé de construire le temple de Bhadrachala Rama. Il sacrifia ses biens et collecta des contributions du peuple mais fut emprisonné par les Nawabs qui pensaient qu’il allait utiliser l’argent du gouvernement pour construire le dit temple.

Sri Raama apparu plus tard dans le rêve du roi lui demandant de relâcher le prisonnier tout en promettant de retourner l’argent utilisé pour la construction. Le lendemain la promesse fut respectée, les coffres étant remplis. Le roi tenu alors sa parole faisant libérer Kanchana Gopanna tout en le nommant Bhakta Raamadaasu, voulant dire ‘serviteur de dieu’.

La langue télougoue

Selon notre interlocuteur, le télougou est la langue la plus rapprochée su sanskrit. Ainsi explique-t-il : “La langue est proche à 90 % du sanskrit. Les deux langues sont très reliées. Quelqu’un qui apprend le sanskrit peut vite apprendre le télougou et inversement.” Il explique aussi que dans le télougou la prononciation est très importante. “Pour éviter des distorsions.”

Nourriture

En ce qu’il s’agit de la nourriture, les télougous sont assez proches des tamouls. Les 7 cari sont préparés de la même manière. Par contre, certains gâteaux sont quelque peu différents. La communauté télougoue prépare ainsi l’aresilu faite à base de riz et le paikalu qui a comme ingrédients la farine et le sucre. Par contre, lors des célébrations de l’Ougadi, la communauté prépare une offrande appelée l’Ugadi pachadi. Il s’agit d’une recette qui englobe 6 goûts qui sont le sucré, le salé, l’amer, l’aigre, l’âcre et le pimenté. “Ce sont 6 goûts qui nous rappellent les étapes que nous traverseront dans la vie.” Elle est en général constituée de mangue ou de fruit-citère tendre, de piment, de sel, de lilas de perse, d’un fruit aigre et bellam (produite entre l’étape du sirop et du sucre dans les moulins).

Rituels

Les rituels autour du mariage sont également proches de la communauté tamoule. Les mariages ont généralement lieu le dimanche et sont précédés du ‘safran’ le vendredi et de la samavartan samskaram (la veille) le samedi. “La mangalsutra (la corde jaune) est également utilisée.”

Pour ce qui est des nouveaux nés, ils sont baptisés 9 jours après la naissance. La cérémonie est organisée à la maison en général. “La maman prend un bain spirituel, des chants religieux sont au menu de même qu’un repas en famille.”

Musique

La musique traditionnelle télouhou est la Kuchipudi qui provient du village dont elle porte le nom. On la classifie de performance dance-drama et tient ses racines des textes en sankrit de Natya Shastra. Côté chant, c’est le carnatique qui prédomine.