(FILES) This file photograph taken on January 19, 2011, shows a blister pack of Mediator, a drug for diabetics, in Brest, western France, which is alleged to have killed 500 people over three decades in France before it was banned in 2009. - The Mediator trial, which was held responsible for hundreds of deaths and withdrawn from the market at the end of 2009, opens on September 23, 2019. The French pharmaceutical group continues to be a major player in the sector. The Mediator affair has fuelled French public mistrust of the drug industry, but it has had a moderate economic impact on the Servier group, according to economists. (Photo by Fred TANNEAU / AFP)

Neuf ans après le scandale du Mediator, un antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts, le procès des laboratoires Servier et de l’Agence du médicament s’ouvre lundi à Paris, pour plus de six mois.

Sur le banc des prévenus dans cette affaire-fleuve qui a choqué la France: le groupe pharmaceutique et neuf filiales, ainsi que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et plusieurs de ses membres mis en cause pour leurs liens avec Servier. En face, les avocats des parties civiles représentant les milliers de plaignants.

Jusqu’au 30 avril 2020, date à laquelle doit prendre fin ce « procès XXL », comme l’a qualifié lundi le quotidien Le Parisien, une question animera les débats: comment ce médicament, destiné aux diabétiques mais largement détourné comme coupe-faim, a-t-il pu être prescrit pendant 33 ans malgré les alertes répétées sur sa dangerosité?

Pour l’un des avocats des victimes, Charles Joseph-Oudin, « le laboratoire a délibérément menti et caché les propriétés dangereuses du médicament », par « profit ». Le groupe Servier s’en défend. « Il n’est pas apparu de signal de risque identifié avant 2009 » et son retrait du marché, assure l’un des conseils de la firme, Me François de Castro.

Jusqu’à son retrait du marché le 30 novembre 2009, le Mediator a été utilisé par cinq millions de personnes en France. Il est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies) et d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP), une pathologie rare et mortelle, et pourrait être responsable à long terme de 2.100 décès, selon une expertise judiciaire.

« Malades, loin, désabusées, désargentées », de nombreuses victimes ne feront pas le déplacement, pointe Me Joseph-Oudin, qui veut « éviter que ce ne soit qu’un procès d’experts ». « Il faut rappeler au tribunal la réalité terrifiante des désastres et méfaits du Mediator », insiste-t-il.

Le principal protagoniste, le fondateur des laboratoires Jacques Servier, est mort en 2014 à 92 ans, au grand dam des victimes qui auraient « souhaité qu’il s’explique à la barre », note Jean-Christophe Coubris, avocat de 1.650 parties civiles.

Le groupe Servier, qui est toujours un acteur de poids du secteur, gouverné par une fondation de droit néerlandais, devra répondre de sept infractions, dont « escroquerie » au préjudice de la Sécurité sociale et des mutuelles.

A son côté, l’ANSM sera jugée pour « homicides et blessures involontaires » par « négligences », pour avoir tardé à suspendre le médicament, malgré une accumulation d’alertes sur les risques depuis le milieu des années 1990.

Le Mediator avait été retiré de la vente en Espagne et en Italie dès 2003.

asl/blb/thm/lch