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Plus accessible en prix et disponibilité, le poulet est privilégié

Dans des familles, le chocolat sera absent. Pas de chasse aux œufs pour des enfants confinés

Au-delà de sa portée religieuse, Pâques est aussi un moment festif dans les familles de foi chrétienne. Qu’importe le milieu social, le repas pascal se doit d’être spécial. Mais confinement oblige, ce dimanche de Pâques à la maison sera bien différent cette année. À table, l’absence des proches se fera sentir. Et que ce soit dans des foyers en précarité, modestes ou plus aisés, la communication avec les absents se fera par appel vidéo. Les pratiquants, eux, assisteront à la messe en ligne ou sur une chaîne câblée. Au menu, pas de superflu, les conséquences économiques de la crise sanitaire dictant les achats des foyers, le poulet sera privilégié. Et si certaines familles ont été prévoyantes ou d’autres qui ont les moyens pour commander en ligne, le chocolat et les œufs de Pâques seront de la fête. Pour beaucoup, elles se passeront de cette incontournable douceur.

« J’aime bien courir dans le jardin de tatie pour aller chercher les œufs de Pâques », dit Caitlin, six ans bientôt et surtout, une véritable pile électrique. Mais cette année, la fillette, qui comme tous les enfants pour lesquels la Pâques rime avec l’incontournable chasse aux œufs, n’aura pas la chance de gambader dans un jardin à la recherche de chocolat. Quand on lui demande pourquoi, elle répond avec assurance : « Ben, parce qu’il y a un virus ! » Depuis le confinement, les parents de la petite fille lui ont expliqué pourquoi elle ne pouvait sortir, même pas pour jouer. Demain, elle sait qu’elle ne pourra pas quitter Curepipe, où elle habite, pour aller chez sa tante à Vacoas. Un rituel auquel tient sa famille à chaque fête chrétienne.

Le jardin sera vide, confie pour sa part la tante de la fillette. « Ses éclats de rire me manqueront. » Chez cette dernière,  Pâques sera célébré, dit-elle, « en toute simplicité. » Ce soir, confinement oblige, elle assistera à la veillée pascale sur un écran. Et demain, à table, des pommes de terre accompagneront une viande rôtie, au dessert un gâteau. S’estimant néanmoins chanceuse, « comparé à d’autres », de pouvoir entendre ses proches au téléphone et de partager un repas avec ses enfants, sa mère et son compagnon, notre interlocutrice se refuse de s’apitoyer sur sa situation.

« Le coeur n’y sera pas »

Moins entourée, une jeune mère célibataire — catholique pratiquante — des logements temporaires à Baie-du-Tombeau, ne cache pas son état d’âme. La tristesse, l’angoisse et la solitude, dit-elle, semblent s’être liguées pour rendre le contexte encore plus anxiogène malgré ce jour de fête. « Je suis triste, parce que mon vieux père ne pourra pas sortir de chez lui pour célébrer Pâques à mes côtés. Il sera seul chez lui. Je me connecterai pour assister à la messe en ligne et discuter avec mes sœurs, mais j’aurai le coeur lourd. Mwa ousi mo pou tousel kot mwa avek mo garson », confie la jeune maman.

« Je suis inquiète quand je pense aux jours à venir. J’ai peur des retombées sociales de la crise sanitaire. Même si demain sera un jour de fête importante dans la communauté chrétienne, je ne peux pas m’empêcher de réfléchir. Je m’efforcerai à préparer un repas ou bien je demanderai à ma voisine qui est musulmane de me faire un briani au poulet. Mais le coeur n’y sera pas », assure-t-elle. Il n’y aura pas davantage à table. Lorsque les supermarchés ont rouvert, elle a acheté des produits de base, pas de quoi pour un repas de fête. De plus, avec un contrat d’emploi qui n’a pas été renouvelé et une situation financière aléatoire, la jeune femme qui, après le confinement ne comptera principalement que sur les aides sociales, ne pourra offrir de superflus à son fils, adolescent.

Comme rien n’est pareil qu’avant, que le confinement a bouleversé les habitudes et même la notion du temps, Mary-Ann concède qu’elle n’a pas fait de Pâques une priorité. Pour cette chrétienne à la foi pourtant inébranlable, même le temps du carême n’a pas été vécu comme à l’accoutumée. Pour cause, l’urgence pour cette mère de famille nombreuse était de trouver un emploi dans le service à la personne pour faire bouillir la marmite. Entre-temps, son époux à la santé fragile, est tombé malade, a été hospitalisé à deux reprises pendant le confinement. Dimanche, le chocolat ne sera pas de la partie. Dans cette famille modeste de Beau-Bassin, c’est le père qui a l’habitude de suggérer le menu en temps de fête. « C’est notre tête pensante », dit Mary-Ann, s’efforçant de sourire. Mais après les épreuves passées par la famille, il a été décidé que celle-ci se réunira autour d’un briani au poulet.

« Le poulet fera l’affaire »

Qu’importe la bourse, le poulet, plus accessible en termes de disponibilité et de prix, a été privilégié pour le repas familial. « Faute de dinde ou de pintade, le poulet fera l’affaire », dit Marjorie, maîtresse d’école. Cette dernière, qui ne pourra  avec sa famille déjeuner avec ses parents âgés, lesquels habitent plus loin, regrette de n’avoir pas acheté des œufs de Pâques à l’avance. « Avant le confinement, j’en avais vu au supermarché. Mais je me disais qu’il était encore trop tôt », explique-t-elle. Comme il y a toujours du chocolat dans son placard, cette passionnée de cuisine préparera un gâteau ou des madeleines saveurs cacao. Autre regret, la maîtresse d’école n’a pas eu le flair, dit-elle, d’acheter des décorations thématiques.

Plus loin, Nadine, de condition modeste et employée dans une organisation caritative, a fait une exception. Malgré le revenu moyen du couple, elle confie avoir « dépensé un peu » pour faire plaisir à ses enfants. « On a acheté de l’agneau, des saucisses et du poulet pour une petite grillade. J’ai payé quatre tranches d’agneau à Rs 300 », raconte Nadine. Et quid du chocolat ? « Non, pas question de faire la queue pour en acheter au supermarché », rétorque la mère de famille. De son côté, Graziella avait envisagé de faire appel à un service traiteur. La jeune femme, confinée en famille à Rivière-Noire, s’est ravisée. Certes, plusieurs restaurants proposent actuellement un service home delivery et un menu spécial Pâques. Cependant, le tarif de cette option n’est pas à la portée de tous.  Au final, Graziella confie qu’après réflexion elle a décidé d’enfiler le tablier pour enfourner un poulet et concocter une salade. Au dessert, un flan. Mais pas question de célébrer Pâques sans les œufs au chocolat. Pour faire plaisir à la famille, la jeune femme a passé une commande auprès d’un représentant d’une marque suisse. Ce qui lui a coûté un peu plus de Rs 2 000. « Une étagère du réfrigérateur a été réquisitionnée rien que pour le chocolat », dit-elle.

Quant à Pascale, qui vit seule avec son mari depuis le départ de ses enfants sur une ancienne propriété sucrière, confie qu’elle a fait le choix de ne pas céder à la course de repas gastronomique. Mais a choisi de célébrer la résurrection du Christ « dans la simplicité comme un jour normal. » Elle explique : « Avec mon mari, nous allons prier pendant la diffusion de la messe sur une chaîne catholique, et ce, en union avec tous les chrétiens. » Plus tard, comme la plupart des familles qui seront privées de leurs proches ce jour-là, elle communiquera avec ses enfants en appel vidéo.