Robis, un des rares romans policiers mauriciens existants, vient d’être réédité par son auteur. Sedley Richard Assonne nous propose en fait trois romans en un seul livre : la version originale de Robis en créole, sa traduction révisée en français sous le titre humoristique « La cerise sur le ghetto » dans laquelle il a introduit le personnage de Zan Balak, et enfin le roman Zan Balak qu’il avait lui-même édité en 2003. Cet ouvrage qui reprend la couverture très suggestive d’Alain Ah Vee sort aux éditions de la Tour, la maison que l’auteur a lui-même créée, pour préserver cette précieuse liberté de choisir ce que l’on publie et de toucher les lecteurs du pays où cette littérature est ancrée…
En 2016, Robis a remporté le Premie pri roman décerné par Ledikasyon pu travayer, ce qui lui a permis de sortir des presses en 1998, pour être lu par le plus grand nombre. En quelques années, ce roman salué par la critique a été épuisé. Rien que pour cette raison et parce qu’elle comble un vide dans le domaine du polar, cette première réédition doit être saluée comme un événement. Aussi, élargit-elle son lectorat grâce à une nouvelle version en français, qui y ajoute le personnage de Zan Balak, un détective privé façonné dans la culture mauricienne. Si traduire, c’est trahir comme l’auteur le rappelle en préface, cette nouvelle version, au titre à jeu de mots « La cerise sur le ghetto », serait en quelque sorte une adaptation, qui donne une nouvelle tonalité au texte original.
Après le succès de Robis, Sedley Assonne explique dans sa préface la genèse du roman suivant : « je sentais qu’il me fallait aller encore plus loin que la simple création de cet univers assez glauque que renfermaient les pages de Robis. Et c’est ainsi qu’est né, en 2005, Zan Balak, le préquel de Robis. » L’idée du dépotoir que l’on retrouve au coeur de l’action dans Robis (terme qui vient probablement de l’anglais rubbish) est présente dans ce roman censé le précéder. Le succès a également été au rendez-vous avec Zan Balak.
Les trois textes présents ici ont en commun le quartier des Salines, où Sedley Assonne a grandi et vécu jusqu’à l’âge de trente-deux ans. Ce quartier natal de Port-Louis qui lui a inspiré dans un autre registre, de nombreux poèmes tout à fait poignants, devient pour ainsi dire un personnage à part entière de ces ouvrages, créant un lien indéfectible entre eux. L’auteur l’a connu lorsqu’il était encore un quartier vivant et populaire, et non plus ces rues désertées par leurs habitants. L’intérêt de ce livre réside aussi dans le fait qu’il permet grâce à son texte introductif de retracer la genèse de ces ouvrages, de connaître le point de vue de l’auteur sur la littérature et de le voir aussi régler des comptes, avec ses confrères et consoeurs de la presse ou du monde littéraire.
Outre sa préface, le lecteur découvrira aussi une analyse de Catherine Servan-Schreiber, cette indianiste et spécialiste de la culture bhojpuri de l’Institut national des langues orientales (INALCO), une critique du regretté professeur de l’Université de Maurice, Gérard Fanchin, ainsi qu’une critique de Shenaz Patel à propos de Zan Balak parue en 2005 dans Week-End. Ces différents textes introductifs ont le mérite de délivrer de nombreuses clés qui ne peuvent que faire apprécier davantage la lecture de ces fictions et stimuler l’esprit critique de chacun.