Patrick Belcourt, un des dirigeants de « Nou Repiblik » qui se présente pour la première fois à des élections générales, ne manque jamais de souligner lors de sa tournée dans la circonscription no 19 qu’il est « enn zanfan landrwa » de Camp-Levieux, Rose-Hill. Dans cet entretien, il fait part de ses motivations de son engagement dans la politique active, affichant la confiance quant à une « bonne performance » de Lalians Lespwar. Patrick Belcourt se prononce, sans détour, contre l’obligation de déclaration ethnique à toute personne souhaitant être candidat à un scrutin. Selon lui, on « divise les gens en les mettant dans des catégories spécifiques ».

Les nouveaux venus en politique disent tous qu’ils veulent faire de la « politique autrement ». Quelle est votre définition de ce terme, « autrement », en politique ?
Nous avons des convictions et nous avons des valeurs à la base. Après plus de vingt ans à la banque, j’ai démissionné pour poser ma candidature. J’aurais été mieux dans ma carrière à la banque ou dans un grand parti traditionnel, mais aujourd’hui on ne se reconnaît pas dans ces partis. Nou Repiblik dont je suis le secrétaire est sur le terrain depuis trois ans et nous avons eu des discussions approfondies avec différentes organisations et des individus sur des problèmes de société et sur les enjeux pour le pays dans différents secteurs. Cela aurait été plus facile et plus simple pour nous de donner les résultats de nos réflexions aux partis traditionnels, mais le système actuel a failli et on ne s’y reconnaît pas. Nous avons donc choisi de nous mettre à l’œuvre. Pour moi, le « autrement » veut dire se mettre à l’écoute du citoyen, le mettre au centre de nos préoccupations et servir le peuple mais non se servir soi-même.

Est-ce que, selon vous, les politiciens n’ont pas été à l’écoute du peuple ?
Je ne dis pas cela. Je constate que le système est devenu complètement obsolète et que les politiciens traditionnels sont complètement dépassés. Hélas, l’engagement politique pour beaucoup est devenu aujourd’hui du business familial et cela est vrai dans tous les partis traditionnels.

Qu’il s’agisse de grands ou de petits partis, ou même de candidats indépendants, la participation à une élection requiert des dépenses, notamment pour l’essence, afin de sillonner la circonscription. Peut-on connaître les sources de financement de Lalians Lespwar ?
Les deux groupes composant Lalians Lespwar ont été sur le terrain depuis longtemps et ce sont les citoyens auprès desquels nous obtenons un bon “response” qui nous aident aujourd’hui. Par exemple, lorsque je fais une réunion chez une famille dans ma circonscription, c’est la personne qui m’invite et qui donne une petite collation aux gens qui ont participé à la rencontre et une autre se chargera de trouver des chaises. Et c’est la même formule pour mes amis qui sont dans d’autres circonscriptions. Nous avons beaucoup d’aide des personnes pour véhiculer nos membres. Il faut aussi savoir que les membres de Lalians Lespwar paient une cotisation et chacun contribue ce qu’il veut. Nous avons un compte à la banque et je peux vous affirmer que tout se fait dans la transparence. Nous sommes sur la bonne voie en ce qui concerne le financement de nos activités car tout est clair. Le parti apporte un soutien quand il y a des dépenses plus importantes comme pour l’impression de tracts ou pour l’achat de T-shirts. Nous avons prévu un budget d’environ Rs 20 000 par circonscription pour cette campagne électorale.

Face aux ténors de la politique, comment mesurez-vous les chances de Lalians Lewpwar dans ce scrutin ?
Nous avons un très bon “response” depuis que nous sommes actifs. On estime les chances des candidats de Lespwar intéressantes et nous avons pour objectif d’entrer au Parlement pour représenter le peuple. Nous ne sommes pas politiciens de métier comme le sont certaines personnes dans des partis traditionnels. À la base, nous sommes tous des professionnels dans un domaine particulier. Ce sont les citoyens qui nous ont encouragés à nous représenter, mais nous avons choisi de placer un seul candidat par circonscription. Nous avons porté notre choix sur des personnes que nous estimons valables, c’est-à-dire des personnes qui maîtrisent leur dossier et qui sont au courant de ce qui se passe dans leur circonscription.

Peut-on connaître vos ambitions personnelles en politique ? Et à une dizaine de jours du scrutin, avez-vous pu convaincre l’électorat du No 19 de vos idées ?
Je suis né et j’ai grandi dans cette circonscription, précisément à Camp-Levieux. Je suis très satisfait de l’accueil que je reçois et je ne m’attendais pas à ce que je sois aussi sollicité par les habitants pour des réunions. Toutes les rencontres dans les différents quartiers de Rose-Hill ont été faites à la demande des citoyens, mais c’est moi qui ai pris l’initiative pour la grande réunion prévue ce jeudi à Camp-Levieux. Je sens qu’il y a beaucoup d’attentes et je voudrais représenter le peuple comme il se doit et redonner à la politique à Maurice ses lettres de noblesse. Les gens sont en colère aujourd’hui contre beaucoup de choses. J’ai constaté que les citoyens, en dehors de grands événements nationaux qui nous rassemblent, veulent se mettre ensemble pour discuter de leur pays et Lalians Lespwar leur a donné cette occasion.

Quelles sont vos observations au sujet du déroulement de la campagne en général ?
Dans l’ensemble, la campagne se déroule de manière civilisée en dehors des insanités que se lancent certains dirigeants des principaux blocs et qui mettent à nu la vie privée de l’adversaire. Dans la continuité des clips, ils donnent dans la surenchère et font des promesses mirobolantes. Mais le Mauricien n’est pas dupe et il aime la démocratie. Il a compris l’importance de son vote et ira s’exprimer le 7 novembre dans le calme. La nouveauté, par rapport aux dernières élections, est que les Mauriciens ont un choix. Malheureusement, 50 ans après l’indépendance, les dirigeants des partis traditionnels sont encore en train de dire aux citoyens de « vot blok ». C’est une arnaque de tenir de tels discours et ce faisant, ces personnes déshumanisent la politique. Le système veut que ce soit un parti qui obtient le plus grand nombre d’élus qui entre au gouvernement, mais il n’est pas nécessaire, selon moi, qu’il obtient 40 ou 50 sièges, car on risque de tomber dans des travers que les Mauriciens ont connus durant les deux derniers mandats.

L’obligation de la déclaration ethnique pour poser sa candidature a exclu des membres d’une formation politique ainsi que des candidats indépendants. Quelle est votre position sur cette question ?
Quand on utilise le terme « général », cela veut dire qu’on réunit un ensemble de personnes ou un ensemble de situations. J’aime mon pays comme un tout et partant du fait que le terme « général » concerne un ensemble, à mon avis, tous les Mauriciens devraient se retrouver sous un seul label unificateur, c’est-à-dire « population générale » qui, pour moi, implique l’ensemble des citoyens de la population mauricienne. Il ne devrait pas y avoir de « catégorie ». Or, dans le système politique actuel, dès le départ, on divise les gens en les mettant dans des catégories spécifiques. Toutefois la catégorie « population générale » regroupe tous ceux qui ne sont pas dans les trois autres catégories mentionnées dans la loi.

C’est ainsi que ce terme « population générale » dans notre système politique a été biaisé et après 50 ans d’indépendance, rien n’a changé. C’est ce qui a conduit à la contestation de Rezistans ek Alternativ. Il n’est pas correct que cette formation politique qui représente une frange de la population du pays ne puisse participer à ces élections et je donne entièrement raison à Rezistans pour sa contestation en Cour. Dans la même mouvance, il y a un problème de démocratie parce que la voix de certains citoyens est ignorée et ceux qui sont à la tête du pays font du business as usual.

Selon Lalians Lespwar, quelles sont les urgences pour le pays auxquelles les futurs gouvernants devraient s’attaquer ?
Il y a beaucoup de priorités auxquelles il faudrait s’attaquer en même temps, tels le chômage des jeunes, le gaspillage des fonds publics, la relance de l’économie pour créer de l’emploi, la dégradation de l’environnement, la sécurité des citoyens, la violence envers les femmes et la drogue qui détruit nos jeunes. Les principaux axes de notre manifeste électoral touchent ces différentes questions. Nous aurons beau élaborer de nouvelles stratégies, mais sans une bonne planification et sans les compétences à la tête du pays, il serait difficile de faire avancer les choses dans la bonne direction. Pour sa part, Lalians Lespwar insiste sur l’importance de mettre le citoyen au cœur de tout projet de développement. Nous ne sommes pas contre le développement, mais faut-il encore que le citoyen puisse prendre avantage de ce qui se fait et veiller à ce que les différents projets correspondent à ses besoins. On saura à l’avenir si l’exécution du projet Metro Express a été planifiée et si cela va réellement décongestionner les routes.