L’appellation Maurice dans le secteur rhumier fait vivre producteurs et négociants. Quels sont ces producteurs, les profiles de rhum? Quels sont les enjeux derrière le rhum, comment aborde-t-on la fin des quotas sucriers pour 2017? Et pourquoi faut-il élaborer une charte de qualite commune dans ce secteur? Cyrille Hugon, fondateur du Rhumfest Paris et cofondateur du magazine Rumporter, a fait le voyage à Maurice pour promouvoir la destination rhum de l’océan Indien. Un focus qui devrait booster l’exportation à travers les thématiques du rhum et un voyage à travers l’imaginaire dans un pays appelé île à sucre depuis la période hollandaise et qui a connu depuis une dynamique sucrière toute particulière.
Entre Labourdonnais et Saint-Aubin, prêt à exporter un nouveau rhum agricole léger, en passant par la distillerie de Grays, les gens du secteur rhumier à Maurice transforment le jus de canne en rhum suivant les évolutions dans ce secteur mais en interprétant les spécificités du terroir et soulignant l’originalité des arômes. La fabrication du rhum peut se résumer en trois grandes étapes : la fermentation qui permet de transformer du sucre en alcool, la distillation qui concentre cet alcool et l’élevage qui permet d’affiner le rhum selon le type recherché. Une véritable alchimie et « une très belle richesse et une grande variété tant au niveau humain que des choix stratégiques, des outils, et donc des profiles de rhums qui rendent l’appellation passionnante à découvrir… », nous dit Cyrille Hugon après un récent voyage qui lui a permis de visiter les opérateurs, rencontrer le rhum mauricien et faire découvrir bientôt l’appellation Maurice à travers son magazine Rumporter. Les lecteurs y trouveront des reportages photos numeriques, photos et textes, dans une nouvelle rubrique (Route du Rhum) prévue dans l’édition de septembre. Un portrait de chaque producteur mauricien paraîtra sur le site blog www.rumporter.com. Le produit mauricien est nouveau dans l’univers du rhum, poursuit-il, et son image reste un peu floue à l’étranger malgré le travail et les diverses initiatives des opérateurs. La dernière initiative en date a été prise par la jeune association des rhumiers de l’île Maurice suite à une première opération menée avec ce collectif mauricien lors du Rhum Fest Paris 2014 où Maurice a eu une visibilité internationale en partenariat avec Enterprise Mauritius. Le rhum mauricien est passé au stade de l’adolescence, selon Cyrille Hugon, qui rappelle que la loi autorisant les Mauriciens à faire du « vrai rhum » ne date que de 2006. Mais le secteur rhumier est en effervescence si l’on se réfère aux festivités qui ont émaillé le Rhum Fest. Hugon fait ressortir les efforts derrière chaque projet rhumier et précise que « chaque maison a ses particularités et en est à des stades d’évolution différents. Il est, par exemple, indéniable que Grays est en avance sur les autres grâce à ses dix/douze ans de travail sur le développement du rhum de qualité. Mais les autres progressent très vite (Chamarel en est un très bel exemple) et surtout tous semblent tirer très rapidement les leçons de leurs premières erreurs (Labourdonnais, par exemple, qui entame une refonte intégrale de projet sur des bases très prometteuses). On a en effet affaire à des gens qui sont très au fait de leur marché… »  Des producteurs en phase avec la demande sur le marché international et qui ont une volonté commune malgré des divergences de vues. D’où l’importance de cette charte de qualité qu’ils estiment indispensable dans le secteur. Cyrille Hugon, accompagné de son associée Anne Gisselbrecht, a édité lors de son passage à Maurice une carte des distilleries de l’île, inexistante auparavant. Sur cette carte, figurent, entre autres l’installation ‘Rhum de garage’ de Oxenham, le site de chamarel, Saint-Aubin, impliqué dans la préservation patrimoniale, Médine et Grays qui se signalent par leur outil plus industriel mais « ultra maîtrisé » selon les termes de Hugon.
Si Maurice est perçue comme une appellation jeune pour ce qui est de l’histoire du rhum, on ne saurait rendre honneur à la canne, à la dynamique sucrière, et de l’unité économique connue comme plantation. Il faut aussi rappeler que le rhum a longtemps été associé aux esclaves, aux agriculteurs, aux commerçants, aux marins, aux gens pauvres. Sur plus de 15 millions de litres produits, une infime partie a été exportée. Les producteurs n’étant pas intéressés à améliorer la qualité du produit. Pendant des siècles, Maurice a produit du rhum, légalement ou illégalement. Certains se souviennent de ces techniques anciennes qui respectant la tradition ont produit le rhum « illicite » ou « tilanbic » sans réel souci de qualité.