Alors qu’on vient de célébrer la Journée mondiale du Refus de la misère hier, de nombreux compatriotes vivent encore sous le seuil de pauvreté. À un moment où les promesses électorales les plus « alléchantes » sont relevées de part et d’autre, les habitants de Résidence Saint-Malo, à Baie-du-Tombeau, font entendre leur voix. Plusieurs d’entre eux vivent sous la menace d’une expulsion de leurs maisonnettes, faute de moyens pour régler les mensualités. D’autres encore ont dû se réfugier chez des voisins après avoir été mis à la porte. À ceux qui s’aventureraient à faire du porte-à-porte dans cette région, ils mettent en garde : « Si pou fer kiksoz pou nou, nou pou vote, sinon person pa pou fer li. »
Depuis quelques semaines, Kathleen Jolicoeur a accueilli chez elle sa voisine Josette et ses quatre enfants. Elle-même mère de quatre enfants, qu’elle élève seule, elle n’a pu rester insensible à la souffrance de sa voisine. « Sa maison a été saisie. Les gens sont venus et ont mis toutes ses affaires dehors. Elle avait dressé une tente de fortune pour abriter ses enfants. Comment vouliez-vous qu’on les laisse vivre dans cette situation ? Ils n’ont d’autres endroits où aller. J’ai dû les accueillir ici, alors que je suis moi-même dans le besoin. »
Kathleen fait partie de la dizaine de familles de Résidence St-Malo qui ne parviennent plus à payer leurs mensualités à la National Housing Development Company (NHDC). Lorsqu’ils avaient pris possession de la maison, il y a quelques années, il était question de payer un loyer mensuel de Rs 500. Puis ils ont rencontré des difficultés et les arrérages se sont accumulés. Aujourd’hui, certains ont des dettes de Rs 25 000 à Rs 40 000 envers la NHDC. « Avec ces arrérages, on nous demande de payer entre Rs 2 500 à Rs 3 000 par mois, mais nos moyens ne nous le permettent pas. »
Kathleen touche une pension de Rs 4 000 de l’État pour ses enfants. Avec cet argent, elle paye Rs 2 500 à la NHDC et règle ses factures d’eau et d’électricité. Pour manger, elle va chercher du côté du dépotoir de Roche-Bois. « Cela ne me plaît pas de faire les poubelles, mais je n’ai pas d’autres choix. Cela prend des heures. J’y trouve des vêtements, de la nourriture… Au moins, mes enfants ont quelque chose à manger. » Parfois, ajoute-t-elle, il lui est impossible d’envoyer les enfants à l’école car ils n’ont rien manger. « Le dernier, qui est au primaire, a droit à un déjeuner, mais les autres, qui sont au prevocationnel, n’ont rien à manger de la journée. Comment pourrais-je les envoyer à l’école dans ces conditions ? »
Il y a quelque temps, Kathleen travaillait comme « manev mason ». Elle n’a pu continuer ce métier, qu’elle trouve « trop dur ». Une fois, raconte-t-elle, elle s’est même cassé le pied. Mais autre chose la fatigue aussi : « Les autorités disent que si j’ai un salaire de Rs 6 000 par mois, on va me couper ma pension. Elles ne comprennent pas que ce travail n’est pas régulier. On peut en trouver un jour et, le lendemain, se retrouver au chômage. Comment vais-je faire si on me coupe ma pension ? »
Ravi Mungur, Ismet Raphael et Madeleine Edouard se retrouvent dans la même situation. Tous disent être disposés à payer leurs mensualités, mais aimeraient « qu’une solution soit trouvée concernant les arrérages ». Ce qui les révolte le plus, c’est que les maisons saisies sont vendues à des personnes ayant les moyens et qui, par la suite, la louent à d’autres personnes. « Pourquoi ne donne-t-on pas ces maisons à des personnes dans le besoin ? On préfère permettre à certains de se faire de l’argent alors que les pauvres sont jetés à la rue. »
Le cas de Cynthia Cornet, qui habite dans une maison qui appartenait à sa grand-mère, préoccupe également ses voisins. Aujourd’hui, elle se retrouve seule avec ses jumeaux de quelques mois. « Ils m’ont dit que ce n’était pas leur problème si ma grand-mère ou ma mère n’avaient pas les moyens, et que si je voulais continuer à habiter cette maison, il fallait payer les Rs 25 000 d’arrérages. »
Dans cet arrondissement qui fait partie de la circonscription du Premier ministre, les plus vulnérables comptent bien faire entendre leur voix. « Là, en période d’élection, on va les voir venir nous promettre toutes sortes de choses. Une fois élus, lorsqu’on va les voir, ils ne nous reconnaissent plus. » Ce qui les mène à dire que, cette fois, « si zot pou fer kitsoz pou nou, nou pou vote, sinon nou pa pou fer li ».
Ces familles se disent toutefois disposées à continuer à payer leurs mensualités. « On veut qu’une solution soit trouvée pour les arrérages, car cela alourdit la somme à payer chaque mois et nous avons encore plus de difficultés à réunir la somme nécessaire… »