Avec les délibérations des instances dirigeantes du FMI sur le dossier de Maurice, annoncées pour le lundi de Pâques à Washington, les autorités disposeront d’une Roadmapen vue de renouer avec un taux de croissance plus robuste que ce que le pays a connu au cours de ces dernières années. Les quatre objectifs définis par la mission dirigée par Martin Petri devront être confirmés, à savoir le redressement au niveau de la dette publique par le truchement d’un«smoothmedium-term fiscal consolidation path»pour atteindre le seuil de 50 du PIB d’ici 2018 au terme des engagements pris. Les dernières statistiques officielles publiées par le ministère des Finances confirment un endettement public de Rs 219,9 milliards, soit 60% du PIB, à la fin de décembre denier alors que la Banque de Maurice révèle que la dette locale du gouvernement a amplifié de Rs 11 milliards d’une année à l’autre à la fin de mars dernier, passant de RS 142,8 milliards en mars 2013 à RS 153,6 milliards à mars de cette année, une amélioration du Monetary Policy Transmission Mechanism en vue de stériliser de manière optimale les excédents de liquidité dans le circuit monétaire. Depuis le début de cette année, le problème d’Excess Liquiditya connu une nette détérioration en se maintenant au-dessus de la barre des Rs 10 milliards pour atteindre son plus haut niveau à la fin de la première semaine d’avril, soit RS 11,4 milliards, représentant 11,2% d’Average Cash Ratios, alors qu’à pareille époque l’année dernière ce phénomène monétaire était de seulement de Rs 4,9 milliards ; le maintien  de la poursuite de la politique de réforme du secteur public avec la restructuration des State-Owned Enterprises (SOEs) et des mesures en vue d’améliorer la productivité et la compétitivité des secteurs économiques en vue de doper le potentiel de croissance «to raise medium-term economic growth prospects».
La mission Petri n’a pas manqué également de revenir à la charge sur la nécessité d’initier et d’approfondir le processus de réforme au chapitre de l’Etat-providence en affirmant que «pension reforms could promote national savings while better achieving social protection for the poor and the overall workforce».L’évolution du Current Account Deficitau cours de ces dernières années interpelle le FMI, qui met l’accent sur le fait que «the structural deficit of the external current account remains a concern, especially in an environment marked by more moderate growth, low national savings, and declining market shares in some export sectors».
Les commentaires plus élaborés soumis auBoarddu FMI en prévision des discussions de demain devront baliser les axes d’intervention du gouvernement par rapport aux problèmes économiques susmentionnés en vue de mobiliser des «renewed efforts to reach the goal of becoming a high-income economy within a decade».
La priorité des priorités dans le privé
Indépendamment du diagnostic et des remèdes susceptibles d’être préconisés par le FMI, le JEC rappelle l’urgence à l’effet qu’un «major economic agenda s’impose dans la conjoncture pour pouvoir intégrer le groupe de High Income Economy».«But it cannot be business as usual. Les contours de ce nouvel agenda économique demandent à être dégagés. There are some expectations on that issue in the private sector. What should be the contours of the Economic Agenda Revisited?», soutient un porte-parole autorisé du JEC.
La priorité des priorités dans le privé se situe au niveau de la compétitivité avec un regret à peine dissimulé. «Nous n’avons pas réalisé de gros progrès dans la restructuration des SOE (corps para-étatiques). Cet aspect de la réforme a été caractérisé par des hésitations et de la timidité. Nous pensons que le Timing est idéal pour revoir la Political Economy avec une approche plus déterministe par rapport à la gestion des State Owned Enterprises et également des institutions publiques»,fait-on comprendre au sein de la communauté des opérateurs du privé.
Le secteur de l’eau, de l’électricité et celui des utilités publiques sont présentés comme des contraintes majeures pour permettre à l’économie de changer de registre. Le secteur privé s’attend à voir les autorités prendre prochainement les taureaux par les cornes avec la restructuration de la Cental Water Authority avec l’annonce en début d’année du processus de privatisation dans le sillage des recommandations de la Singapore Cooperation Enterprise. Il y a également un ajustement des tarifs d’eau, qui attend d’être appliqué.
Le Think-Tank du secteur privé s’interroge également sur la génération d’électricité, secteur qui a connu une véritable valse hésitations avec le projet controversable de centrale thermique à charbon de 100 MW à Pointe-aux-Caves, Albion. Le choix de cette centrale thermique à charbon sans recours à un appel d’offres international a coûté au pays un manque à gagner de RS 400 millions (10 millions d’euros) sous forme de soutien au déficit budgétaire de l’Union Européenne pour non-respect des Key Performance Indicators (KPIs).
Des sources officielles avancent que le projet de CT Power (Mauritius) Ltd, dont les principaux actionnaires sont Subramanian & Ors (58M%°), Shapoorji Pallonji (16%) et le Central Electricity Board (26%), a déjà franchi des obstacles sur la voie de la mise à exécution du projet. Le chantier devra démarrer au mois de septembre prochain avec le Commissioningde cette centrale annoncé pour la mi-2017.
Le port et l’industrie sucrière
Toujours dans le domaine de l’énergie électrique, des nuages s’amoncellent à l’horizon du CEB, plus particulièrement avec des délais accumulés lors de l’exercice de Procurementdes turbines de 4 x 15 MW au coût de plus de RS 3 milliards alors que deux des cinq machines de la station thermique de Fort George sont sujettes à des problèmes avec des risques de Load Sheddingà partir de l’année prochaine.
Deux autres secteurs de l’économie suscitent de grosses appréhensions, en l’occurrence le port et l’industrie sucrière. Pour mieux souligner la gravité de la situation dans le port et aussi l’incapacité de la Cargo Handling Corporation Limited à remettre de l’ordre, des opérateurs du secteur privé martèlent que «Mauritius is lagging behind its main competitors, namely Durban and Coega in South Africa, Tamatave, Colombo and Salalah in Oman in terms of working days, productivity rates»tout en évitant de relever des risques de délocalisation des opérations de transbordement si des mesures correctives nécessaires ne sont pas entérinées dans les meilleurs délais.
L’autre inquiétude majeure, malgré les assurances données par le Syndicat des sucres, concerne les retombées d’une éventuelle baisse de 42% du sucre à partir de 2017 avec l’abolition des quotas de sucre en Europe sur la communauté des planteurs et des producteurs de sucre. A cela, il faudra ajouter le bilan négatif du Long Term Partnership Agreement avec Südzucker, dont un manque à gagner de RS 1,4 milliards d’une récolte sucrière à une autre.
«Tous ces facteurs méritent de faire partie du Matrix of the Economic Agenda Revisited. Le plus vite que les jalons sont posés le mieux ce sera pour le pays. Jusqu’à l’heure, ces paramètres ne sont pas mentionnés dans le dialogue but it has to be done one day or the other. Il serait intéressant de prendre connaissance de ce modèle économique en même temps que la réforme constitutionnelle, car ils se complètent dans cette marche vers l’objectif de High Income Economy», conclut-on dans les milieux autorisés du secteur privé.