À moins d’une nouvelle incartade des autorités hippiques étatiques, c’est le sport hippique qui reprend ses droits au Champ de Mars et une fois n’est pas coutume, nous allons d’abord parler du Maiden royal que nous propose ce dimanche 1er septembre le Mauritius Turf Club (MTC), qui a eu le privilège de pouvoir offrir à son sponsor de dernière heure, Courts Mammouth, une journée à neuf courses agréée au forceps par la Gambling Regulatory Authority (GRA), après plusieurs refus successifs injustifiés.

Le Maiden, c’est la course mythique du calendrier hippique, celle que tous les Mauriciens attendent, turfistes ou non, car elle est synonyme de fête et de communion de toute la nation. Réservée à l’origine en 1843, comme son nom l’indique, aux chevaux « maiden », c’est-à-dire ceux n’ayant jamais remporté de course à Maurice, cette course s’est muée au fil du temps en une épreuve ouverte à tous, mais a conservé son patronyme de Maiden à cause du prestige qu’elle a acquis au fil des années. Depuis belle lurette s’y affrontent les meilleurs stayers de l’île puisqu’elle s’est disputée sur des distances variant entre 12 et 13 furlongs (entre 2412 à 2624 mètres, et même sur les deux tours de la piste au fil du temps). Depuis 1983, le Maiden s’est fixé sur 2400 mètres, distance dite classique puisqu’elle est celle où les plus grands centres hippiques mondiaux consacrent les meilleurs chevaux du monde.

Le tout premier vainqueur du Maiden fut Creeper 1er et au cours des 176 autres éditions, quelques noms prestigieux ont donné à cette course son aura et sa popularité. Aeroplane, Damoiselle, Pretty Mollie, Sepoy, Elaine, Roseraie, Student Prince, Demdyke et Captain Trial sont des noms dont nos aïeux contaient les exploits. Les maiden winners qui nous ont donné l’amour de l’hippisme sont les Mystic Snow, Verdot, Astronomy, Noble Hero, Strident et King Sweep. Enfin, Monsieur Blanc, Lines Of Power, Mr Brock, Ice Axe et Enaad, à deux reprises, sont parmi les derniers vainqueurs qui nous ont enchantés.

Qui fera monter notre adrénaline cette année ? Aucun des dix chevaux alignés dans cette épreuve ne peut être rayé de la carte, mais nous pensons que Dawn Raid et Solar Star auront une tâche compliquée pour s’imposer sur la base de leur plus récente performance et on peut penser qu’ils joueront plus le jeu de leurs compagnons d’entraînement. Parmi les autres qui semblent un ton légèrement en dessous des favoris logiques, on peut regrouper Our Emperor, Overshadow, deux véritables stayers, Alshibaa et Cool At Heart, qui sont eux les deux dark horses de la course capables de surprendre tout le monde. Pour sa part, Ten Gun Salute n’a jamais montré ses réelles capacités chez nous, même s’il est toujours pas loin des vainqueurs.

La Courts Mammouth Maiden Cup 2019 peut se résumer à une course à trois appartenant tous à la grande famille Gujadhur. Sur ce qu’il a montré jusqu’ici, White River sera le favori des spécialistes au vu de son écrasante domination depuis qu’il court chez nous. Il bénéficiera de plus de la monte de Manoel Nunes, qui le connaît très bien. Seul bémol pour lui, c’est sa contre-performance sur les 2200 mètres du July Handicap qui laisse planer des doutes sur sa tenue, mais plus encore sur son tempérament lorsqu’une foule bruyante et nombreuse est présente sur l’hippodrome. En cas de défaillance, il peut compter sur son compagnon d’écurie Nebula qui, sur la base de sa course dans le Golden Trophy, très mal monté par Piere Strydom, a montré une forme et des capacités impressionnantes. Il sera notre favori.

Mais tous deux ne peuvent ignorer le double vainqueur de cette épreuve ces deux dernières années, Enaad, le cheval de Ramapatee Gujadhur, qui respire la forme après une préparation en tous points remarquable. Il mérite largement d’écrire l’histoire une nouvelle fois en étant le tout premier cheval champion à remporter cette épreuve pour la troisième fois et de plus consécutivement. Le seul handicap, a priori, qu’il aura à redouter, c’est un manque de rythme dans cette épreuve, où la plupart des autres favoris s’accommoderaient bien d’un train de sénateur pour faire valoir leur manque de tenue pour faire un hold-up sur la course et faire perdurer la légende et la magie de cette épreuve reine.

En tout cas, que le meilleur gagne en toute sportivité et que la fête soit pour que les Mauriciens qui se déplaceront au Champ de Mars en nombre puissent partager la même ferveur dans l’esprit des récents Jeux des îles. Tous Mauriciens, tous derrière le meilleur !

On ne peut malheureusement taire la tentative d’un esprit machiavélique d’interférer négativement dans cette course en ayant tenté de priver l’un des favoris de la course, White River, de la monte experte de Manoel Nunes, le crowd-puller jockey de l’établissement Hurchund qui connaît par ailleurs une réussite insolente depuis sa venue à Maurice. Le complot consistait à faire croire que le jockey avait enfreint les conditions de son emploi puisqu’il avait entraîné des chevaux d’un autre établissement.

Turf Magazine est en mesure de confirmer qu’aucun entraîneur n’a protesté auprès de la GRA dans cette affaire. Cet acte porte la signature et les motivations égoïstes connues d’un propriétaire, un agité du bocal, qui a tenté, comme toujours depuis plusieurs années, à faire jouer sa proximité avec un membre très actif du board de la GRA pour faire de ses désirs une réalité, au point de prendre le risque de mettre à mal des relations de proximité chèrement remises sur les rails. Mais cette fois, ni l’appui du PMO ni celui du ministère de l’Emploi, et même de la partie réaliste de la GRA, n’a pu être obtenu pour cette tentative antisportive qui ne fait pas honneur à des personnes qui se disent turfistes et amoureuses des courses et des chevaux. Il est plus que temps que le bon sens reprenne le dessus et que les scandales à la semaine connaissent un terme si ce n’est une pause.

Cela est aussi valable pour la GRA et le MTC, puisque l’industrie hippique, qui mérite mieux que cette impasse dans laquelle on continue à l’enfoncer, pourrait ne pas se relever. C’est un secret de Polichinelle que la situation financière du MTC n’est plus au beau fixe et que toute incapacité du club de continuer à organiser des journées de courses — envisageable avant la fin de cette année — aura de graves répercussions sur l’image de gouvernement vu la pression exercée sur l’organisateur des courses ces derniers temps par la GRA pour favoriser l’entrée en opération d’un financier du pouvoir qui attend derrière la porte pour investir les lieux.

Comment pourra-t-on expliquer qu’on étrangle une industrie qui brasse Rs 2,7 milliards par an en termes de gambling, selon un rapport rendu public hier, et que le MTC, qui en est l’initiateur et l’organisateur de l’activité qui y est liée, en soit le parent pauvre en ne recevant que des miettes, sinon rien de l’État. Au moins pour les services rendus à l’harmonie sociale et offrir une activité de loisir aux Mauriciens qui en manquent cruellement. Soyons sport et donnons-lui juste ce qui lui est dû !