Toute première lauréate de la SS France Boyer de la Giroday, sise à Plaine-Magnien et qui marque ses 20 ans d’existence, cette année, Keren Poliah, 19 ans, a fait la fierté de non seulement ses parents, mais surtout de toutes les étudiantes et du personnel de ce collège. Hier, à l’annonce des résultats et jusqu’à assez tard en début d’après-midi, le SS de Plaine-Magnien a vibré au son des pétards et des chants de victoire des étudiantes à la gloire de leur nouvelle « idole », Keren. La lauréate, pour sa part, émue mais très lucide, a émis le souhait de se mettre au service de sa patrie… un peu pour suivre le message du premier ministre, sir Anerood Jugnauth.
« J’ai servi mon collège. Je me suis donnée à fond dans mes études. J’ai entretenu et cultivé une relation saine et exclusive avec mes profs, que j’ai toujours considérés comme mes meilleurs amis. J’ai beaucoup bossé, bien entendu. J’ai sacrifié beaucoup mon sommeil, mes émissions favorites à la télé, mais sans jamais me tuer au travail. Je voulais faire quelque chose de bon pour ce collège, mes enseignants, les étudiantes, la rectrice et le personnel, tous ceux qui m’ont beaucoup soutenu… Cette distinction vient consolider mon désir de faire quelque chose de bien pour mon collège. Maintenant, je souhaite servir mon pays. » Keren Poliah, fille unique de Ketsia et Balraz, soufflera ses 19 bougies le 19 octobre de cette année. Elle est étudiante depuis la Form 1 dans cet établissement inauguré en 1996 par le ministre de l’Éducation d’alors, Vasant Bunwaree. D’ailleurs, dans son intervention, lors de l’assemblée spéciale, hier après-midi, la rectrice, Preeti Mohadeb, a eu un mot pour celui-ci : « M. Bunwaree stated, at some point, that there would be a laureate here… This day has come ! »
Cette férue de lecture — « la littérature est ma vie… les livres ont tout changé pour moi ; ils m’ont donné un nouvel univers, un exutoire à mes craintes et mes inquiétudes » — a étudié comme matières principales pour sa toute première tentative au HSC, la langue anglaise, la langue française et la sociologie. Elle a aussi suivi des cours en Hinduism comme matière subsidiaire, outre le General Paper (GP). Passionnée de William Shakespeare, de Kathryn Mansfield et de Romain Gary, la jeune fille avoue que « je demeure une « classique »… Je trouve que les écrivains contemporains, pas tous, évidemment, mais certains qui écrivent pour les jeunes, sont par moments superficiels ; ils manquent de hauteur. C’est pour cela que je n’adhère pas. Et puis, les sujets sont assez redondants… vampires, etc. Tandis que chez les classiques, on retrouve des thèmes qui sont universels et éternels. Ce sont des lectures « enlightening » ; qui m’inspirent et me ressourcent pour attaquer la vie. » Comment une jeune fille de 19 ans reste le plus longtemps le nez plongé dans ses bouquins tandis que 99 % de ses semblables sont scotchés à leurs cellulaires dernier cri, ordis et autres tablettes ? « La lecture m’a sauvée, concède Keren Poliah. Ce que je pouvais nourrir comme frustrations, en grandissant, les livres m’ont aidée à comprendre et surmonter tout ça ! »
« Le goût pour la lecture lui vient de sa maman… » admet Ketsia Poliah. La mère de la lauréate explique qu’elle « dévore tout ce qui lui tombe sous la main et qui l’aide à se documenter : que ce soit sur l’éducation, la spiritualité, la psychologie, la vie… » Autodidacte, cette mère au foyer explique que « quand Keren était bébé, j’ai abandonné mon job pour m’occuper d’elle. Elle avait à peine deux mois et demi quand j’avais pris cette décision radicale. » Il y a environ deux mois et demi encore, Ketsia Poliah a repris de l’emploi… « C’est comme une coïncidence… Mais mieux encore, une bénédiction, une main divine… Nous sommes très croyants et spirituels dans la famille. » Elle continue : « Comme Keren avait terminé ses études, elle n’a plus autant besoin que je sois régulièrement présente à ses côtés. Durant cette année qui s’est écoulée, je me suis fait un devoir de la déposer à l’école et de l’emmener partout… pour qu’elle ne se fatigue pas physiquement, surtout. » Ketsia Poliah, la voix pleine de larmes, explique comment « quand Keren a grandi, elle m’a dit « tu ne regretteras pas d’avoir sacrifié ta carrière professionnelle. Je te compenserais pour cela… Aujourd’hui (NDLR : hier, à la proclamation des résultats), j’ai reçu cette récompense ! »
Au collège SS France Boyer de la Giroday, « nous connaissons le potentiel de Keren », confie Yogita Gobin, enseignante de langue française, les yeux remplis de larmes de joie. Elle encadre la lauréate depuis qu’elle est en form IV. « On priait de tout coeur qu’elle ait une bourse… Et c’est chose faite ! » Pour sa part, M. Valère, membre du personnel non-enseignant, est catégorique : « J’étais quasiment sûr qu’elle allait être lauréate ! » Yogita Gobin, soutenue de Sujata Lolljee, prof de sociologie de Keren Poliah confirment : « C’est une étudiante exemplaire ! L’élève modèle que tout collège rêve d’avoir… Simple et humble, appliquée, calme surtout alors que la majorité des filles sont très chahuteuses, Keren s’est distinguée en restant toujours très lucide et terre à terre. »
Ses amies, les étudiantes Hansini Lallbeehary, Girisha Nemchand et Ishani Neermul, qui étudient les sciences et prennent part aux examens du HSC cette année, approuvent : « Il n’y a pas plus généreuse et affectueuse que Keren ! Il y a une fille, au collège, qui ne peut marcher ou prendre le bus pour venir suivre les cours. Keren et ses parents lui ont donné un « lift » tous les matins… » De plus, soutiennent-elles, « Keren a toujours un mot gentil, un coup de main pour chacune d’entre nous. C’est une jeune fille formidable et qui mérite pleinement cette extraordinaire récompense ! »
Modeste, la principale concernée balaie d’un sourire innocent ces compliments et soutient qu’elle aime « simplement être présente pour chacun… » Pour ses amies étudiantes, « Keren sera désormais notre modèle ! On veut nous aussi bosser et tenter notre chance. Peut-être que l’an prochain, on entendra notre nom… » Yogita Gobin rappelle, pour sa part, que « depuis plusieurs années, nous comptons presque régulièrement des étudiantes qui sont classées après les boursières. Peut-être que maintenant nous allons commencer une tradition de lauréates régulièrement… »