Situé au nord-est de Maurice, Pointe des Lascars est un petit village côtier. Cette localité se trouve entre Poudre d’Or et Roches Noires, juste après Rivière du Rempart. Après des années fastes, dues principalement à l’extraction du sable, le temps semble s’être arrêté. Depuis de nombreuses années, les habitants tentent de refaire surface et de relancer l’économie de ce village de pêcheurs.

L’origine du nom Pointe des Lascars est semble-t-il associée à son emplacement, sur la pointe de la côte nord-est de l’île, et au mot lascars, nom qu’on donnait à l’époque aux matelots. Ce nom daterait de l’époque où l’île était une colonie française. Le village se trouve dans le district de Rivière du Rempart. Ce petit village à vocation agricole vit également beaucoup de la pêche.

Une ancienne tombe restaurée

Très vert, le village se prête aux plantations et aux champs de cannes, et compte quelques parties boisées. À l’entrée de Pointe des Lascars se trouve le parc spirituel. Ce temple hindou, érigé en 1986, est entouré d’un parc arboré, dédié au calme et à la méditation. On y trouve de nombreuses statues de divinités. L’endroit inspire la sérénité. Non loin, la chapelle Saint-Nathanael surplombe la route qui descend vers la plage publique.

Plusieurs habitations, quelques boutiques, un terrain de football avec vue sur l’océan et l’île Ronde… Dans le lagon qui borde la plage publique, de nombreuses pirogues sont amarrées. L’économie de ce village a longtemps été construite autour de l’extraction du sable, jusqu’à son interdiction en 2001, qui a mis au chômage de nombreux habitants.

Extraction du sable.

Ton Clément, 88 ans, le doyen et plus ancien habitant du village, nous confie qu’il est né à Curepipe, mais qu’il vit à Pointe des Lascars depuis plus de 70 ans. “Nous ne sommes pas nombreux à y vivre et tout le monde se connaît. Les enfants, les parents, les grands-parents, je les ai tous vus évoluer dans cet endroit. À mon arrivée, il y avait une trentaine de maisons. La mienne a été la première en béton, mais il n’y avait ni eau courante ni électricité. Je suis charpentier de métier et, en ce temps-là, tous les habitants étaient des pêcheurs. Plusieurs d’entre eux sont venus travailler avec moi sur les chantiers. J’ai ensuite été camionneur, et je partais avec mes voisins pour participer à la coupe dans les champs de cannes. En 1976, nous avons commencé à extraire du sable pour Mahébourg, et le business s’est développé très rapidement. Notre village et ceux des alentours ont très vite évolué grâce à cette activité, jusqu’à son interdiction. Malgré la prime de Rs 200,000 versée comme compensation, certains ont plongé dans le chômage. Ici, dans chaque maison, il y a quelqu’un qui a un jour travaillé dans l’extraction du sable.”

Ton Clément, le doyen de Pointe des Lascars

Au bord de l’eau, le grand cimetière marin et des arbres centenaires mériteraient plus d’attention et d’entretien. Quelques-unes des tombes les plus anciennes du pays seraient dans ce cimetière, dont celles de marins moghols morts durant la traversée d’une délégation envoyée à Maurice. Ils auraient été mis en terre selon les traditions islamiques, en 1789.

Le front de mer à l’abandon.

Entre le cimetière et le parc spirituel se trouve le front de mer. En travaux depuis 2003, ce dernier a fait couler beaucoup d’encre. Depuis la cérémonie organisée pour la pose de la première pierre, presque rien n’a bougé. Depuis seize ans, ce projet qui devait apporter un souffle nouveau au développement économique du village de Pointe des Lascars n’a pas évolué. Laissé à l’abandon, puis nettoyé, il est devenu un repaire mal famé, car c’est un lieu en retrait et à l’abri des regards. Ce front de mer devait donner au village un essor touristique mais est devenu un lieu de désolation. Les travaux de nettoyage et de défrichage ont certes repris, mais les habitants ne se font plus d’illusions.

Yash Ramessum, 23 ans, ouvrier agricole, raconte : “J’ai vécu une belle enfance à Pointe des Lascars. C’est un village tranquille où tout le monde se connaît. Même si on y est bien, nous devons nous déplacer pour aller à l’école, travailler, faire des achats, effectuer des démarches. En ce qui concerne le front de mer, ils sont en train de remettre sur pied le projet, mais cela fait longtemps que nous n’y croyons plus.”

Yash Ramessum, 23 ans, un habitant du village