L’ancien ministre Siddick Chady, ex-président du Board de la Mauritius Ports Authority (MPA) et le MSM Prakash Maunthrooa, ex-directeur général de la MPA, arrêtés hier matin par le Central CID avant d’être libérés sur parole, subissent depuis ce matin de nouvelles séances d’interrogatoire sur le scandale Boskalis avec des pots-de-vin variant de Rs 20 M à Rs 30 M versés depuis au moins l’an 2008 et sur une période d’au moins huit ans. Le Questioning, qui a duré plus de cinq heures hier, n’a pas été suffisant pour permettre aux limiers de faire le tour de cette affaire, qui risque de faire encore tomber des têtes dans le giron portuaire.
Le calendrier de travail établi par le N°1 du Central CID est de boucler l’étape des interrogatoires avant de loger les inculpations provisoires devant le tribunal de Port-Louis sous les dispositions de la Prevention of Corruption Act et de la Financial Intelligence and Anti Money Laundering Act, d’habitude sous la tutelle de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC).
Les premières informations recueillies de sources fiables en marge de l’enquête du Central CID confirment que l’ancien bras droit de Pravind Jugnauth au sein du Board of Investment (BOI) serait le cerveau derrière ce système de racket et pots-de-vin exigés de la firme Boskalis des Pays-Bas avec en contrepartie des contrats pour d’importants travaux portuaires au cours de cette même période. Au cours de la journée d’hier et depuis ce matin, Prakash Maunthrooa, qui a retenu les services de Me Roshi Bhadain, a été confronté à la Documentary Evidence de ce scandale de pots-de-vin, dont la première dénonciation remonte à juillet 2008.
L’ancien directeur général de la MPA et consultant de Boskalis a été appelé à s’expliquer sur une série de versements « tikou tikou » d’au moins Rs 1 million en devises étrangères à chaque fois sur différents comptes bancaires sous son contrôle en vue de ne pas éveiller des soupçons. Le dossier à charge de la police comprend des preuves pour au moins une quinzaine de transferts pour un montant global de Rs 20 M.
À ce stade, les enquêteurs du Central CID préfèrent s’en tenir à cette quinzaine de transactions financières illicites entre Boskalis et Prakash Maunthrooa pour les besoins de l’enquête. La police est en présence d’autres cas de transferts, susceptibles de porter le montant de la fraude à plus de Rs 30 millions. Mais les preuves documentées et irréfutables dans ces derniers cas pour approfondir cette piste feraient défaut.
Les documents officiels fournis par Boskalis aux autorités mauriciennes indiquent que tous les paiements en guise de pots-de-vin contre des contrats alloués par la Mauritius Ports Authority ont été dirigés sur Prakash Maunthrooa. Celui-ci se chargeait par la suite d’assurer la répartition des sommes à ceux qui faisaient partie du réseau Boskalis. À ce titre, les noms des bénéficiaires au fil des années de cette « opération d’arrosage financier » dans le port sont les uns plus intéressants que les autres. Tout semble indiquer qu’à une étape ultérieure de l’enquête, ces bénéficiaires seront appelés à fournir des explications au Central CID.
En fin de journée hier, après la première séance d’interrogatoire, Me Bhadain a fait comprendre à la presse à sa sortie des locaux du Central CID que « mon client est serein. Prakash Maunthrooa collabore entièrement avec les enquêteurs de la police. Nous attendons la suite des événements ».
De son côté, l’ancien ministre Siddick Chady devait être entendu sur le versement de 25 000 dollars (Rs 675 000) d’octobre 2006 avec un fac-similé venant de la firme Boskalis, qui allait déclencher toute l’affaire en juillet 2008. Les comptes personnels de l’ancien ministre travailliste aujourd’hui membre du FSM et de Blockbuster Video Network sont épluchés par la police et des explications recherchées pour chaque dépôt enregistré.
Siddick Chady a été appelé à fournir la liste des versements reçus sous forme de bribe venant de Boskalis au cours de la période où il était le président du conseil d’administration de la MPA avant 2008.
Trois nouvelles arrestations prévues
Interrogé après sa remise en liberté sur parole hier après-midi, Siddick Chady affirme être serein, tout en refusant de répondre sur les raisons de sa nouvelle arrestation dans le scandale Boskalis. « Mon client a répondu aux questions de la police. Cette enquête n’est qu’une réplique de celle menée précédemment par l’ICAC. Tout ce qu’on peut dire est que cette affaire ne constitue qu’un brevet d’incompétence infligé à l’ICAC », a soutenu Me Toorbuth en recommandant à Siddick Chady un « No Comment » pour les questions de la presse.
Les interrogatoires de Siddick Chady et de Prakash Maunthrooa ont repris ce matin. Les responsables du Central CID, qui avaient prévu de procéder à l’inculpation provisoire des deux suspects devant le tribunal de Port-Louis tôt ce matin, ont changé de stratégie. Ils ont préféré poursuivre les séances de Questioning Under Caution dans la matinée.
La comparution de ces deux prévenus en Cour est annoncée pour cet après-midi. Les charges provisoires qui pourraient être retenues contre eux ont fait l’objet de consultations avec les services du Director of Public Prosecutions’ Office. La police ne comptera pas objecter à leur remise en liberté provisoire car ils ont été remis en liberté sur parole hier après-midi.
Siddick Chady pourrait être inculpé sous trois accusations, en l’occurrence Bribery by Public Official sous l’article 4 de la Prevention of Corruption Act, Money Laundering sous l’article 3 de la Financial Intelligence and Anti Money Laundering Act et Conspiracy to Commit offence of money laundering sous l’article 4 de la Financial Intelligence and Anti Money Laundering Act.
Un nombre similaire d’inculpations provisoires a été retenu contre Prakash Maunthrooa, soit Aiding and Abetting to obtain Gratification sous l’article 38 de la Prevention of Corruption Act, Money Laundering sous l’article 3 de la Financial Intelligence and Anti Money Laundering Act et Conspiracy to Commit offence of money laundering sous l’article 4 de la Financial Intelligence and Anti Money Laundering Act.
D’autres développements sont à prévoir pour demain matin dans la réouverture de l’enquête sur le scandale Boskalis. Le Central CID compte procéder à trois nouvelles arrestations en vue d’élucider toute cette affaire de pots-de-vin. En ce début d’enquête, aucune immunité ne sera accordée à ceux impliqués contre leur témoignage à charge. Des noms de ceux qui sont sur la liste du Central CID circulent mais sans aucune confirmation officielle de la police.