Faute d’avoir pu obtenir un ticket d’un parti politique, Ramlo Appadoo, aveugle de naissance, se portera comme candidat indépendant aux prochaines élections générales à la circonscription No 14 (Savanne/Rivière-Noire). Ce père de famille de 44 ans mène sa campagne en prenant la parole chaque semaine sur les ondes des radios et en revendiquant les droits des personnes handicapées dans la politique. « Je n’ai pas de moyens pour mener ma campagne comme les autres candidats. Si j’avais de l’argent et j’étais membre d’un parti politique, je serais élu, car je suis très populaire », soutient-il.
Celui qui avait remporté 189 votes au No 8 (Moka/Quartier-Militaire) en 1995 déplore vivement que « les partis politiques ne montrent aucun intérêt » pour les handicapés. « Nous ne demandons pas grand-chose, si ce n’est que chaque parti aligne trois candidats en situation de handicap… » Ce non-voyant ambitionne de créer sa propre entreprise, qui recruterait des personnes handicapées.
« Si je suis élu, je donne la garantie que je donnerais la moitié de mon salaire aux plus nécessiteux. C’est cela être un vrai politicien », souligne Ramlo Appadoo. « Or, les principaux partis politiques se targuent de réaliser des choses pour les personnes vulnérables, mais aucun d’eux n’a aligné de candidat handicapé ! » regrette-t-il fortement. « J’interviens toutes les semaines sur les ondes des radios et je dis qu’il faut intégrer des personnes handicapées dans la politique. Je rappelle qu’à l’étranger, des quotas sont réservés à ce groupe de personnes. Mais aucun parti n’a su répondre à mon appel. »
Ramlo Appadoo dit avoir approché l’Equal Opportunity Commission (EOC) il y a quelques mois pour aborder ce problème « et pour dire que tous ceux qui ont rédigé des rapports sur la réforme électorale n’ont jamais parlé des handicapés ». Il poursuit : « L’EOC m’a répondu qu’elle n’y pouvait rien. En revanche, concernant le White Paper sur la réforme électorale, la commission m’a indiqué qu’elle ferait le nécessaire pour qu’il y ait une version en braille. » Le futur candidat au No 14 constate : « Le problème à Maurice n’est pas juste une question de discrimination. Cela m’a tout l’air d’un pays antidémocratique et antirépublicain. Le pays n’est démocratique que sur papier. S’il l’était vraiment, tout le monde aurait dû être traité de manière égale. » Et d’ajouter : « Il y a les droits de la femme, les droits des personnes âgées, les droits des animaux, mais les handicapés semblent ne pas avoir droit à la politique puisqu’il est difficile de remporter les suffrages sans être membre d’un parti. C’est une honte nationale ! En Afrique, les handicapés ont leurs représentants au Parlement. En Grande-Bretagne, David Blunkett, aveugle de naissance, a été ministre pendant 28 ans. À Maurice, les partis politiques ne montrent aucun intérêt pour nous. Ils ne considèrent que les leurs et, ce qui est d’autant plus grave, ils se targuent de faire des choses pour les petites gens. Des places devraient être automatiquement réservées aux handicapés au sein du gouvernement et de l’opposition. Le Best Loser System aurait pu être réservé à quatre personnes handicapées. L’United Nations Convention on the Rights of Persons with Disabilities (UNRCPD) que Maurice a signée contient des recommandations sur l’inclusion des handicapés dans tous les domaines », rappelle-t-il.