Ce n’est que partie remise. Même si les scores sont parfois modestes, ceux que l’on qualifie de petits partis ne rougissent pas de leurs performances respectives. Bien au contraire, 2019 semble avoir été l’occasion pour quelques-uns d’écrire la genèse de leur histoire vers une suite qu’ils prédisent ambitieuse et passionnante. À peine dégainés, les petits couteaux montrent qu’ils ont la niaque. Plusieurs ont déjà commencé à tirer les leçons des législatives 2019 pour affûter leurs stratégies vers l’avenir. Objectif : les gro ziromon. Soit les grands partis classiques avec lesquels ils espèrent plus tard croiser le fer.

Malgré des moyens limités et des candidats novices, c’est avec beaucoup de sérieux que quelques-uns des nouveaux partis se sont jetés dans l’arène où des mastodontes se livraient à une guerre sans merci.

Se démarquer dans un contexte inédit où trois blocs principaux montraient leurs crocs tenait d’une mission suicide pour les nouveaux venus encouraient le risque de se faire piétiner. C’était la règle à accepter du moment qu’ils avaient pris la décision d’être de la partie pour les dernières législatives.

Même si le délai était court, la réflexion, pour beaucoup, avait déjà été engagée en amont. Et c’est précisément là que certains ont cherché à faire la différence en offrant souvent un discours différent, moins virulent et moins politique, pour se positionner comme les représentants des intérêts des citoyens.

Sur le plan national, dans la logique des choses, les trois principaux adversaires ont classé les leurs dans les neuf premières places dans la plupart des circonscriptions. Deux exceptions cependant.

À Grand-Baie/Poudre d’Or, où il avait été élu sous la bannière du MSM en 2014, Sudesh Rughoobur a pris la neuvième place au sein du Regroupement Socialiste Mauricien. Roshi Badhain, dont le Reform Party était à sa première élections générales, a pris la huitième place au N° 20 devant deux candidats de l’Alliance Nationale.

Les ambitions 
de Lespwar

Au N°19 où la bataille a été âpre, Patrick Belcourt se retrouve en dixième position avec 2 966 voix. Pour ce candidat de Nou Repiblik, qui a concouru sous la bannière de Lalians Lespwar, ces résultats sont des plus encourageants.

« Ce score représente un tiers de celui du vice-Premier ministre sortant, Ivan Collendavelloo. Je peux en être fier. Pour moi, cela veut dire que les gens me connaissent désormais. Ils connaissent Nou Repiblik et la vision que nous avons pour le pays. »

La performance Lalians Lespwar est, selon lui, une indication pour les citoyens. « Nous avons le choix de ne pas être dans les partis mainstream, et nous pouvons ne pas voter bloc et remettre le citoyen au centre des débats politiques. »

L’opinion retient, entre autres, de Patrick Belcourt, qu’il a démissionné de son poste à la banque pour s’engager en politique. « Aucun regret à ce niveau. Dans la vie, nous sommes appelés à faire de grands choix pour prendre de grandes décisions. Désormais, cela me laisse plus de temps pour que je me consacre à plein temps à la circonscription. »

Un même sentiment de satisfaction anime son coéquipier Patrick Philogène, qui voit bien au-delà des 613 voix obtenues au N°17. « Nos candidats ont obtenu des scores moyens, mais les gens ont compris que les petits partis sont désormais présents et que nous pouvons proposer une autre manière de faire la politique. Ils savent que les petits partis sont à prendre avec sérieux. »

En piste pour les 
prochaines élections

Si tous les candidats de cette alliance en étaient à leur première, Lalians Lespwar s’en sort la tête haute. « Nous sommes boostés », dit Patrick Belcourt.

« Cela a été un premier combat que nous avons tous bien vécu », ajoute de son côté Patrick Philogène, qui précise : « Nous sommes là pour un bon moment encore. Nous avons de bons candidats et nous avons reçu un très bon accueil. Les autres grands partis commencent à s’intéresser à nous. L’une des preuves est que nos affiches et nos banderoles ont été arrachées dans des endroits. Maintenant, au sein de notre alliance, nous nous rencontrerons pour discuter des municipales. »

Les élections municipales de même que les élections villageoises sont aussi dans la ligne de mire de 100% Citoyen. Ce parti se signale souvent juste après les grands partis dans différentes circonscriptions. Au N°17 par exemple, trois des siens succèdent à Éric Guimbeau, qui a pris la dixième place. Parmi, José Moirt, qui a recueilli 1379 voix.

Onzième position avec 677 voix, Dev Sunnasy, secrétaire général de ce parti, estime que 100% Citoyen peut, de par sa performance, être considéré comme ayant été le quatrième choix lors des dernières législatives. Il se dit satisfait en rappelant que ce regroupement n’a que sept mois d’existence.

« Nous avons reçu beaucoup de messages de soutien et ça nous encourage à ne pas laisser tomber. Nous allons nous renforcer pour l’avenir. Ce n’est qu’une première bataille. » 100% Citoyen estime avoir travaillé rapidement pour offrir un vrai alternatif réaliste au pays à travers son programme et les réflexions engagées sans sombrer dans des promesses irréalistes.

Communiquer 
pour exister

Dev Sunnasy regrette que 100% Citoyen n’ait pas eu suffisamment de temps pour se faire connaître du public.

« Depuis le Nomination Day, nous n’avons eu que deux semaines pour faire campagne. Certains de nos candidats n’avaient rejoint la politique que depuis 17 jours. » Il regrette aussi l’absence de son parti dans les médias.

« Les médias expriment la nécessité d’un renouvellement mais accordent plus d’espace aux partis classiques, alors que nous, nous n’apparaissons que dans un coin. Il nous faudra repenser notre stratégie en fonction des médias. »

Pour les nouveaux venus, la communication a été le nerf de la guerre. Communiqués de presse, conférences de presse, interviews, la plupart se sont soumis aux règles de base pour être visibles. Ceux plus en phase avec les nouveaux moyens ont aussi misé pleinement sur les nouvelles stratégies de communication et les réseaux sociaux pour se faire entendre par l’électorat.

À 26 ans, Olivier Thomas a misé sur les réseaux sociaux, où ses idées et ses actions sont suivies depuis deux ans. Ce qui a largement contribué à le positionner à la onzième place au N°20, où il a obtenu 3 890 voix. Ce qui fait de lui le candidat indépendant ayant fait le meilleur score. Le second étant Raj Pentiah au N°7 avec 2104 voix. Cet ex-magistrat avait initialement été pressenti pour être candidat rouge, mais n’avait pas obtenu d’investiture à la dernière minute.

Pour sa part, Olivier Thomas dit avoir décliné les offres que lui avaient faites les grands partis pour qu’il les rejoigne avant les élections. Pour lui, il est indéniable que « si j’avais répondu positivement aux propositions, c’est certain que j’aurais été élu aujourd’hui. »

Le jeune homme explique avoir voulu faire les choses autrement. Encouragé par la confiance placée en lui, Olivier Thomas a promis d’agir comme le « quatrième député » du N°19 en travaillant pour l’avancement de la communauté, en collaborant avec les forces vives et autres représentants des habitants.

Un travail de terrain qu’il dit avoir commencé dès le lendemain des élections, avec pour objectif d’améliorer la qualité de vie des personnes de la région dans son plan global qui s’étale sur 20 ans. « Pour le moment, j’ai décidé d’accorder un jour par semaine aux personnes de la région pour voir avec eux les solutions à leurs problèmes. »

Les difficultés de Lalit

Dans un communiqué émis au lendemain des élections, Lalit se dit marginalisé et attribue cette situation au contexte présent.

« Eleksyon, dan enn lepok demobilizasyon klas travayer, kuma nu pe traverse zordi, li difisil pu parti kuma LALIT ki ena enn program sosyalist ki depann presizeman lor mobilizasyon klas travayer. An tu nu finn gayn 3, 271 dimunn vot pu nu 24 kandida. Si tu sa dimunn la ti militan LALIT, nu ti pu kapav ariv lwin…»

Dans le passé, si les alliances qu’ils avaient contractées avaient permis aux Verts Fraternels de négocier pour obtenir un fauteuil ministériel, cette époque semble révolue pour le parti de Sylvio Michel. Dans plusieurs régions, ses candidats apparaissent presque en fin de liste. Signe d’essoufflement pour un parti qui a connu ses heures de gloire, mais qui ne semble pas avoir su se renouveler.

Il semble en être de même pour Éric Guimbeau, du Mouvement Mauricien Social Démocrate. Élu en tête à Curepipe dans le passé, cet ancien homme fort du MMM qui a eu des rapprochements avec différents partis par la suite, n’a inquiété personne à Curepipe/Midlands. Le N°17 a pourtant été son fief pendant longtemps. Pour 2019, il y avait envisagé un come-back aux côtés de Navin Ramgoolam, qui l’a simplement abandonné sans explication à la dernière minute.

Pour 2019, la question restera sans réponse quant à la différence qu’aurait pu faire Rezistans ek Alternativ, dont les candidatures ont été rejetées. Lors des précédentes élections, ce parti de gauche avait démontré son potentiel, tandis qu’il est resté constamment dans l’actualité pour ses prises de position et ses combats. Cette année-ci, ses candidats avaient d’ailleurs pris part aux débats sur des sujets liés à l’environnement, à l’économie, au développement et au mauricianisme, entre autres.

Les partis ayant misé sur l’appartenance ethnique et religieuse se retrouvent aussi dans les mêmes espaces que ceux alloués aux petits partis émergents. Le Front Solidarité Mauricien, de Cehl Meeah, n’a cependant pas réédité l’exploit réalisé par son ancien parti le Hizbullah sous la bannière duquel l’Imam Beeharry avait été élu à l’époque. Dans les circonscriptions N°2 et N°3, ses candidats succèdent aux trois principales forces. Ailleurs, les performances varient. Il en est de même pour le nouveau Parti Kreol Mauricien, qui s’est signalé dans certains endroits précis pour se disperser ailleurs.

Quant au folklorique Parti Malin, il est à noter qu’il a fait mieux que plusieurs autres dans des circonscriptions où il se retrouve même en milieu de liste. On pourra toujours en rire, reste que son leader, Dhanraj Aubeeluck, s’est positionné à la dixième place au N°8.