À l’instar des fêtes religieuses et sociales célébrées depuis l’entrée en vigueur du couvre-feu sanitaire à Maurice, la fête du Travail a été célébrée dans le confinement résidentiel. Ce fut l’occasion d’apprécier la vie familiale et surtout de découvrir l’importance et l’ampleur des tâches ménagères qui peuvent être sous-estimées, mais qui méritent d’être mises en valeur en ce 1er mai.

C’est vers les médias sociaux, les technologies informatiques, la presse écrite et parlée que se sont tournées les organisations politiques et syndicales pour transmettre leurs messages. Seuls les dirigeants de l’Alliance gouvernementale, avec à leur tête le Premier ministre, ont rendu hommage à nos tribuns en procédant à des dépôts de gerbes au cimetière de Saint-Jean et devant le monument de Sookdeo Bissoondoyal au Port Louis Waterfront.

Au-delà des hommages rendus aux travailleurs, en particulier à tous ceux qui ont bravé, au prix de leur vie, les risques que représente le coronavirus pour sauver des vies humaines, la nécessité de protéger les entreprises et la préservation des emplois ont été au centre de toutes les intentions exprimées à tous les niveaux.

Les moyens préconisés sont différents, qu’on soit au gouvernement, dans le secteur privé, dans les partis de l’opposition ou des militants syndicaux. Personne ne nie toutefois que la situation économique est très difficile. « Nous sommes face à un défi gigantesque et pour la première fois en 40 ans notre économie va se contracter », affirmait jeudi Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius, coordonnateur du secteur privé. Il a ajouté que nos habitudes de dépenses « ne seront plus les mêmes », que cette mutation entraînera une pression supplémentaire sur la roupie mauricienne et que les secteurs qui, historiquement, ont eu un effet équilibrant sur la roupie ne pourront pas agir vu leurs difficultés. Il fait référence notamment à l’industrie touristique et autres activités corollaires qui représentent jusqu’à 25% de l’économie, à l’industrie du textile, qui non seulement est une grosse pourvoyeuse d’emplois, mais qui génère également les devises étrangères.

Le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, ne cache pas le fait que l’économie mauricienne connaîtrait une croissance négative de l’ordre de 11% et une hausse du taux du chômage allant jusqu’à 17,5%. Ajouter à cela un déficit budgétaire allant jusqu’à 7% et un endettement sans précédent. Devant une telle situation, l’opposition plaide pour le maintien du WAS et du SEAS — qui permettent aux entreprises de payer leurs employés et de venir en aide aux self-employed.

Les syndicats sont intraitables concernant la protection des emplois et s’élèvent contre un système qui, selon eux, « favorise le grand capital au détriment des travailleurs ». Mis à part les propos démagogiques ou idéologiques faits de part et d’autre, la solution, même si elle paraît idéaliste, réside dans une vraie solidarité. Les capitalistes locaux, le gouvernement, les syndicats et l’ensemble des travailleurs font partie du même bateau. Le ministre du Travail, Soodesh Callichurn, a raison de dire que c’est « ensemble qu’on pourra naviguer à travers la crise économique dans laquelle nous nous trouvons déjà. » Il faut saluer les CEO qui ont accepté de réduire leurs salaires de 50% afin de maintenir à flot leurs entreprises. S’ils pouvaient placer l’autre partie dans un fonds afin de soutenir ceux au bas de l’échelle de son entreprise, ce serait encore mieux.

Nous pensons également que le pouvoir en place devrait favoriser la démocratisation et la transparence, plutôt que la centralisation à outrance et le pouvoir souverain d’un chef. Ce reproche est également formulé à l’encontre du président français. Cette dernière pratique tend à favoriser l’abus du pouvoir et peut donner lieu à des erreurs décisionnelles. Il est bon donc que le Parlement reprenne ses activités démocratiques mardi. Les regards sont maintenant tournés vers le Covid-19 Bill qui devrait préconiser un renforcement du pouvoir en place. Les débats seront suivis avec intérêt.