Non, mais où allons-nous ? Jusqu’où descendrons-nous dans la médiocrité et le rabaissement de nos institutions ? À peine avions-nous fini d’essayer de digérer les vociférations du Speaker et surmonter notre écœurement vendredi après-midi que l’on s’est réveillé samedi matin avec une autre nouvelle terrifiante, les déboires du tout nouveau président et la saga de ses valises en excès alors qu’il était en visite privée en Inde. La présidence de la République, dont l’impétrant est censé, selon notre Constitution, être le chef de l’État, vient de se faire remarquer. On avait cru avoir tout vu avec Ameenah Gurib-Fakim, ses accointances “sobrinesques”, sa confusion de cartes, sa poussée de fièvre acheteuse lorsqu’elle est en déplacement à Dubaï et à travers la planète, mais il semblerait que ce soit mal parti pour les locataires que l’on nous impose au Réduit.

Lorsqu’Ameenah Gurib-Fakim avait été forcée à la démission, on avait hérité du vice-président comme chef d’État par intérim. Il était, lui aussi, vite tombé dans des travers qui l’ont conduit, entre deux virées en Rolls Royce en Afrique du Sud, à se muer en démarcheur industriel en utilisant la State House pour la promotion de ses amis qui sont dans le business. Lorsqu’il lui a été demandé de débarrasser le plancher pour faire de la place à un autre titulaire, on avait pensé qu’il y aurait, au moins, quelqu’un qui commande un respect unanime au sein de la population qui aurait été proposé. Mais non, c’est un ministre privé d’investiture parce que ses propres mandants ne pouvaient plus le blairer qui a été choisi comme président de la République.

Même pas trois mois depuis qu’il a été investi et le voilà qui fait déjà les titres de la presse régionale et internationale. Ses pérégrinations privées en famille ont connu quelques péripéties, selon la presse indienne, qui fait état d’un excédent de bagages qui, pour refus de paiement, a mobilisé jusqu’au magistrat de district. C’est finalement sur intervention qu’il a pu embarquer avec son lot de bagages. Le pèlerinage pour dire merci d’avoir eu le top job ou shopping spree, qu’importe, lorsqu’on a un excédent de bagages, on se doit de s’acquitter des frais supplémentaires qui sont d’usage, que l’on soit président de la République ou simple citoyen. Et encore plus lorsqu’on représente la République et ses citoyens. On croyait l’accident récent de moto impliquant la caravane présidentielle anecdotique, isolé, mais on est bien parti pour d’autres prouesses.

Pourquoi ne pas s’être acquitté du supplément exigé ? Pradeep Roopun en a les moyens, non ? S’il faut applaudir le comportement professionnel des cadres d’Air India pour leur respect des procédures, on ne peut, en même temps, qu’éprouver un sentiment de honte devant pareil incident minable qui jette le discrédit sur tous les Mauriciens. Comme il était en visite privée, on s’attend que les dizaines de valises qui accompagnent sa délégation, passeport diplomatique ou pas, soient scrupuleusement vérifiées. Il se pourrait qu’il y ait des vecteurs du Covid-19, allez savoir !

Même honte en voyant l’autre présidence à l’œuvre, celle de l’Assemblée nationale. Celui qui est désormais connu comme le « Loud Speaker » national a fait vraiment fort cette semaine. S’il était dans la réclame mardi, il a, vendredi, joué le film entier. On a découvert que c’est un sanguin qui occupe le perchoir. Ça craint. Pour la démocratie. Sooroojdev Phokeer a décidé que le Premier ministre adjoint pouvait présenter une motion en vue de référer une affaire concernant un huissier de justice qui lui avait servi une convocation pour comparaître en cour en relation à la pétition électorale visant son siège au N°19 au DPP pour statuer s’il y a eu un outrage présumé au Parlement. Il n’a rien voulu entendre des arguments de l’opposition qui plaidait le subjudice, l’affaire des pétitions électorales étant déjà en examen en cour.

Les députés de l’opposition se sont fait crier dessus avec une rare violence verbale qui a culminé avec, d’abord, l’expulsion de Shakeel Mohamed et puis celle du leader de l’opposition Arvin Boolell lui-même pour des raisons qui sont loin d’être évidentes. Et qui sont assez choquantes. Beaucoup de questions aussi sur le fond de l’affaire. Pourquoi avoir balancé le nom de l’huissier au Parlement ? Pourquoi si, pour Maya Hanoomanjee, il n’y avait pas d’outrage dans l’affaire des sextos indécents envoyés depuis le Parlement par celui qui était alors le député du MSM Kalyan Tarolah, il y aurait un crime de lèse-majesté commis par un pauvre huissier qui ne faisait qu’essayer d’avoir accès à un justiciable fuyant.

Après avoir vu ce Speaker-là à l’œuvre, il est permis de se poser aussi des questions sur ses aptitudes de diplomate. On ne sait pas si ce sont ses vociférations qui avaient fait peur à ses interlocuteurs, surtout ceux qui sont jeunes et facilement intimidés, lorsqu’il était l’ambassadeur mauricien en Égypte, au point d’être rappelé par le Premier ministre d’alors, Paul Bérenger, mais on sait pour sûr, par contre, qu’il en avait contre les dreadlocks de Giovanni Merle lorsqu’il dirigeait la mission mauricienne à Washington. Et qu’il avait fini par le congédier. On frémit aujourd’hui à l’idée que ce proche du clan Jugnauth qui s’est beaucoup investi dans la campagne dans les circonscriptions 8 et 10 lors des dernières élections ait servi comme ambassadeur et qu’il avait représenté notre pays à l’étranger. Mais tout cela dit, on ne serait peut-être qu’au tout début de nos peines et de nos tristes découvertes.

On est vraiment entré dans l’ère des « intellectuels raffinés » d’un nouveau cru, version MSM et ses récents laquais affamés, avec les présidents de la République, de l’Assemblée nationale, de la PSC et de la MBC.