Une semaine après le coup de filet de la police, qui a mis au jour un réseau de prostitution dans le nord de l’île – avec au moins trois mineures, âgées de 14 à 17 ans -, les responsables de l’enquête établissent progressivement les connexions entre les six suspects arrêtés dans le cadre de l’affaire.
Les informations policières confirment que ces jeunes filles ont été forcées à se jeter dans « l’enfer » de la prostitution à la suite de problèmes familiaux et de difficultés financières. L’une des premières indications à cet effet viendra d’une adolescente de 15 ans, qui portera des graves allégations contre sa mère, soutenant que cette dernière l’avait obligé à louer son corps à des touristes et des Mauriciens. Cette déclaration des plus choquantes sera très vite confirmée par la principale concernée. Après son arrestation, Marie-Noelle Heidie S. fera en effet des aveux complets aux enquêteurs de la Criminal Investigation Division de Port-Louis Nord, tout en expliquant ses motivations. « Mo aksepte mo finn vann mo tifi. Me mo finn vann li akoz mo pa ti ena larzan ek mo misie finn kite mwa ! » a-t-elle soutenu.
Depuis 2011, ce réseau commençait ainsi à se mettre en place avec, d’abord, la présumée proxénète, Christiane Momus, 29 ans, d’origine rodriguaise, contrôlant les transactions pour la région de Cité La Cure. Sa maison en tôle était en fait une maison close accueillant des « clients » cherchant des relations avec mineures d’âge. Les tarifs variaient entre Rs 2 000 et Rs 3 000. Mais les victimes devaient préciser dans leur déposition n’avoir droit qu’à des « miettes », en l’occurrence de Rs 200 à Rs 300.
Ainsi, dans la région de Cité La Cure – où habite également la présumée proxénète Marie Joanna Louis, 25 ans -, c’est le suspect François Motet, 61 ans, un habitant de St-Felix, qui aurait été le client le plus régulier. Mais cet homme, qui occupait un poste important dans une propriété sucrière avant sa retraite professionnelle, a nié farouchement les accusations formulées contre lui, affirmant qu’il se rendait dans ce faubourg de Port-Louis pour « aider financièrement une connaissance », laquelle n’était autre que… Christiane Momus.
Un peu plus loin dans le nord, le village touristique de Mon-Choisy était, lui, « géré » par Carouna Narainsamy, 48 ans, habitant Upper-Vale, présenté comme « l’agent » des prostituées. Le repérage des jeunes filles se faisait dans un club. Dans cette région, les clients les plus réguliers auraient été des touristes. Aucune information n’est cependant disponible quant au tarif pratiqué dans cette partie de l’île pour de genre d’activités, tout dépendant de l’endroit où les clients désiraient emmener les adolescentes. La suspecte Marie Michella Catherine Nina, 26 ans, fille d’un ancien Lord-Maire, s’est d’ailleurs fait connaître à cet endroit. Selon les indications policières, elle aurait entraîné au moins une des jeunes victimes dans le monde de la prostitution.
Toutefois, les transactions de ce réseau devaient tout dernièrement parvenir aux oreilles de la brigade pour la protection des mineurs et des officiers de la Child Development Unit. Certains habitants de Cité La Cure devaient ainsi d’abord formuler des plaintes concernant des activités « louches » dans la région. Après un travail de fourmis et la collecte d’informations des plus fiables, la police finira par obtenir un « Emergency Protection Order » fin de semaine dernière. Une escouade de la police, en compagnie d’officiers de la CDU, devait alors monter une opération chez une des présumées proxénètes rue Colville Deverelle, Cité La Cure, pour prendre la garde de l’adolescente de 15 ans, à savoir la propre fille de la présumée proxénète, Marie-Noelle Heidie S.
Par la suite, tout s’enchaînera rapidement. Et en l’espace d’une semaine, les hommes du surintendant Reshard Delawarally et du Chief Inspector Hossenbaccus procéderont à six arrestations. À ce stade de l’enquête, une seule suspecte, en la personne de Marie-Noelle Heidie S., est toujours en détention. Elle devrait retrouver la liberté provisoire lundi. Entre-temps, l’enquête policière, elle, se poursuit.