Tu as du prix à mes yeux – Identité créole, malaise et reconstruction est paru aux éditions ICJM (Institut Cardinal Jean Margéot) cette année. L’ouvrage, qui propose plusieurs pistes de réflexion du prêtre salésien Heriberto Cabrera Reyes pour une reconstruction identitaire de ceux qui se sentent lésés par le système esclavagiste, a été présenté au Centre Nelson Mandela pour la culture africaine (CNMCA), à La Tour Koenig en février.
L’ouvrage, volumineux d’une centaine de pages et comprenant une riche bibliographie, aborde la question du malaise créole, dont on a commencé à parler dans les années 90’. Il propose des pistes de réflexion pour une reconstruction identitaire sous plusieurs angles. Lors de sa présentation, le prêtre Heriberto Cabrera Reyes a précisé que ce travail, minutieux, mais certes non exhaustif, est né de son expérience mauricienne, qui dure depuis huit ans. Il admet, et ce en toute modestie, qu’en tant que missionnaire et étranger, il ne voudrait pas manquer de respect envers la communauté et qu’il ne comprendra jamais tout.
Cabrera Reyes soutient que sa réflexion part du constat que le malaise créole est toujours d’actualité. Il affirme avoir effectué un travail sur le terrain auprès des membres de la communauté et note que ce qu’il croyait être de l’ordre psychologique était en fait « une profonde souffrance culturelle, qui perturbait le quotidien des gens et leur vie de foi ». Par conséquent, il insiste que lorsqu’on parle de « malaise créole », il faut d’abord savoir de « quel créole on parle » et de « quel malaise on parle », puisque tous les créoles ne sont pas impliqués par le malaise de la même manière. Pour lui, il est important de ne pas généraliser.
Le livre est divisé en cinq chapitres. En introduction, il explique qu’il faut d’abord oser en parler même si c’est difficile puisque cette histoire est encore très récente. Aussi, il affirme qu’il lui a fallu oser aborder la question religieuse dans sa réflexion alors que d’autres ont souvent tendance à en faire abstraction. En parlant de l’intégration foi-vie, il parle de « l’inculturation ». Pour lui, l’évangile n’est pas quelque chose à appliquer, mais à intégrer, à accueillir au plus profond de soi et lorsqu’il y a une intégration foi-vie, il parle de « l’inculturation ».
Le livre fait un brève historique des périodes clés de Maurice et la composition de sa population de l’époque coloniale à ce jour. Il consacre aussi tout un chapitre aux concepts : définition du malaise créole, l’identité, le mythe fondateur, l’inconscient et l’inconscient collectif et la sotériologie. Le troisième chapitre est réservé à « l’identité en souffrance », qui se présente de manière multiple (« inconscient, inconscient collectif et attitudes ; une fierté perdue ; identité et sens de l’histoire ; la souffrance identitaire, une opportunité pour découvrir Dieu ? Et la victimisation des Créoles »).
En 11 sous-parties, il explique « les expressions d’une identité perdue ». Selon lui, cela se passe par un manque de confiance en soi, la dévalorisation, le manque du sens de l’histoire le mauvais rêve entre autres. Le dernier chapitre est consacré à « Jésus-Christ et la reconstruction identitaire ». Il explique que le titre du livre, Tu as du prix à mes yeux, reprend une citation d’Isaïe 43, 4 : « Du fait que tu vaux cher à mes yeux, que tu as du poids et que moi je t’aime. » Des mots qui, selon lui, expriment deux certitudes « celle que Dieu nous aime profondément », et « celle que nous sommes habités par l’Esprit Saint ». Il estime que « ces convictions peuvent contribuer au long chemin de guérison et de reconstruction, de tous ceux qui se sentent privés d’identité ».
Prenant la parole ce jour-là, Jean-Claude Veder, directeur de l’ICJM Institut Cardinal, a salué ce travail et souligné qu’il s’agit de la toute première publication des Éditions ICJM. « Une publication qui lui permet d’exister », souligne-t-il. Il souhaite que d’autres lui emboîtent le pas dans « le but de guérir la société ».