JULIA VITRY
Enseignante de Biologie

‘Flash floods’, inondations, fortes chaleurs, sècheresse, érosion des plages… les sautes d’humeur de Dame Nature se font de plus en plus fréquentes et les dégâts causés ne font que croître. Mais sommes-nous réellement que spectateurs et victimes de ces ravages ? Ou avons-nous notre part de responsabilité ?

Durant cette dernière décennie, plusieurs régions de l’île, dont la capitale, se sont retrouvées sous les eaux suite aux fortes averses qui ont touché le pays.  Nombre de maisons ont été inondées d’eaux boueuses provenant de rivières gonflées par les pluies. Plusieurs vies ont été emportées par de brusques crues d’eaux. L’on se souvient toujours de ce samedi 30 mars 2013 – jour noir qui a vu onze personnes périr sous les eaux d’une capitale submergée. Il serait aisé de tout mettre sur le dos du changement climatique.  Pourtant, nous devons bien nous rendre à l’évidence – nous payons le prix de nos actions.

En seulement 400 ans de colonisation, la population de forêt endémique à Maurice est passée de 82,5% à moins de 1% (1). En effet, la déforestation et le bétonnage font fureur dans notre petit coin de paradis.  Comme si cela ne suffisait pas, nos zones humides (wetlands) sont aujourd’hui les nouvelles cibles des constructeurs et promoteurs.  Pourtant signataire de la Convention de Ramsar visant à la protection des zones humides, nos dirigeants ne semblent pas prendre conscience des dégâts écologiques que des développements sur de tels sites pourraient engendrer, distribuant des permis EIA (Environmental Impact Assessment) à tout-va. Sachant que les zones humides agissent comme une éponge naturelle, que les forêts retiennent l’eau de pluie et la libèrent en période de sècheresse, comment pouvons-nous espérer une diminution de catastrophes naturelles ?

N’oublions pas non plus que nous sommes une petite île entourée d’une mer qui ne cesse de monter d’année en année.  Il serait judicieux de préserver nos zones humides dont la végétation fixe les rivages, protégeant ainsi nos terres contre l’érosion. Cela nous évitera ainsi d’avoir recours aux sacs de sable utilisés à La Preneuse – aussi inutiles que véritable ‘eyesore’.

Nous pouvons faire l’autruche et jeter la pierre à nos dirigeants.  Mais en tant que citoyens de ce pays, nous avons aussi notre rôle à jouer.  Des Mauriciens ont malheureusement cette fâcheuse tendance à prendre leur pays pour un dépotoir – des ordures qui jonchent les bordures de route, qui remplissent les caniveaux et les drains, qui s’accumulent sur des terrains vagues ou dans les zones humides.  Adieu le civisme !  Il serait temps d’ouvrir les yeux et de réaliser que ce sont de telles actions qui augmentent les risques d’inondations. Il est facile de critiquer mais des critiques sans actions ne servent à rien.  Commençons par de simples petits gestes – telles que l’utilisation des poubelles et une réduction dans la consommation de produits non-biodégradables comme le plastique. Cela peut non seulement s’avérer écologique mais aussi économique.

Dame Nature nous a offert une belle petite île. Ne soyons pas ingrats, protégeons-la !

Référence

(1) FLORENS, F.B.V. (2013) Conservation in Mauritius and Rodrigues: Challenges and Achievements from Two Ecologically Devastated Oceanic Islands. In: RAVEN, P.H., SODHI, N.S. and GIBSON, L., (eds.) Conservation Biology: Voices from the tropics, 1st ed. John Wiley & Sons Ltd, pp. 40-50.