Plutôt cocasse cette fin de campagne. Ceux qui avaient traité le MMM de simple « figurant » au début de la présente campagne électorale, parce qu’il a décidé de se présenter seul aux élections, qu’il a pour candidat au poste de Premier ministre quelqu’un qui n’est pas le produit d’une dynastie des deux familles qui ont régné sur le pays depuis l’indépendance et qu’il mène, en plus, une campagne tout à fait différente des deux blocs, ont subitement décidé, tous les deux, de concentrer leurs attaques sur les mauves. Qui a donc peur du MMM ? La question mérite d’être posée. Elle s’impose même, compte tenu des propos tenus tant par l’alliance MSM-ML-Groupe Alan Ganoo que celle composée du PTr-PMSD-Groupe Barbier sur le MMM. Au tout début, c’était une “lutte” entre Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth, tonnaient les dirigeants des deux alliances pour ameuter leurs troupes, les autres étant considérés comme des outsiders à qui il ne fallait accorder aucune d’importance. 

C’est lorsque la lutte était censée se dérouler uniquement entre Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam que sont apparues les vidéos terriblement nocives pour l’un comme pour l’autre. C’était le début de la guerre des gates, d’une guerre sans merci, qui se poursuit toujours d’ailleurs, chaque camp rendant coup pour coup avec dossiers et, souvent, des arguments de bas étage. Pendant ce temps, Paul Bérenger invitait les électeurs à choisir une voie autre que celle qui consiste à s’envoyer des seaux d’eau pourrie à la figure. Cocasse la situation parce que, dans la même soirée, on peut entendre Navin Ramgoolam dire « qu’un vote pour le MMM c’est un vote pour le MSM » — thème de campagne qu’il a repris hier même à Rose Belle — et Steve Obeegadoo, plus loin, lancer « qu’un vote pour le MMM, c’est un vote pour le Parti travailliste ». Des rescapés et des épaves du ramgoolamisme triomphant jusqu’au 2014, qui se sont recyclés dans certains médias, mènent eux aussi la même campagne depuis quelques jours à l’effet qu’un vote pour le MMM est un vote pour le MSM. Obsession malsaine !

Le MMM est passé de l’insignifiance déclarée à la cible de choix. Bizarre quand même. Si les chiffres de 1983, année où le MMM est allé seul aux élections, avec ses 46% et, ceux de 2010, avec ses 40% se répètent ou s’en rapprochaient, alors, il y a en effet des raisons de craindre que le MMM ne dérange sensiblement les plans de Pravind Jugnauth et de Navin Ramgoolam. D’autant que, face au MMM, en 1983, il y avait une alliance MSM-PTr-PMSD et qu’en 2010, c’était la coalition PTr-MSM-PMSD qui était en face des mauves. Et cette fois, ce n’est pas le même scénario. Ceux qui étaient tous ensemble dans leur belle entente cordiale contre le MMM lors de ces scrutins se retrouvent en ordre dispersé. 

L’autre indication que le MMM dérange considérablement, c’est le glissement communal qui marque ces derniers jours de campagne. Pas visible, mais bien réel, pas ouvert, mais plus insidieux. Paul Bérenger qui, ces jours-ci, salue l’absence de tout dérapage communal dans la présente campagne, fait sans doute preuve d’un excès d’angélisme. Certes, on n’est pas en 1983, lorsqu’une campagne électorale se résumait, pour le MSM, à la couleur de la peau d’un aspirant Premier ministre. On n’est pas non plus en 2005, lorsque Navin Ramgoolam décrétait que les Indiens de Southall, bien trop minoritaires, ne pouvaient aspirer à être Premier ministre de la Grande-Bretagne, ou qu’un Algérien de France ne pouvait accéder au poste de président de la République. Heureusement qu’il n’avait pas prédit qu’un noir ne pouvait devenir le président des États-Unis !

D’un côté, des “penseurs” du MSM, si tant est que ce terme s’applique à ces dangereux diviseurs de l’ombre, qui font circuler un message
WhatsApp sur le danger que représenterait la division des votes d’une certaine composante de la population et, de l’autre, un message des travaillistes, tout aussi rétrograde et mensonger, adressé à une autre composante, mettant cette fois en garde tant contre le MSM que le MMM. Pas étonnant que, dans cette ridicule guerre des messages, certains ont, eux, invité les électeurs à ne pas exclure une alliance postélectorale PTr-MSM. Cela n’a rien de ridicule ni d’invraisemblable, pour la bonne et simple raison que ces associations de circonstance, qui paraissaient impossibles et improbables, se sont déjà concrétisées sous l’impulsion de certaines puissances étrangères. 

Il y a aussi d’autres signes qui indiquent que la crainte du MMM est bien réelle. La censure de certains de ses contenus sur Facebook qui ne sont pourtant ni offensants ni diffamatoires. Ils dérangent parce qu’il sont plutôt bien pensés, originaux et loin de la campagne de dénigrement lassant des alliances en face. Ils font appel à la raison et à l’intelligence des Mauriciens qui, ces jours-ci, doivent décider à qui accorder leur préférence. La situation est encore plus cocasse lorsqu’on constate que même la manière de faire campagne du MMM est copiée par ses adversaires. Si Jasmine Toulouse est candidate désignée depuis une bonne année à Savanne-Rivière Noire, où elle habite, le MSM lui oppose Sandra Mayotte. Le MMM, sous l’impulsion sans doute de Daniella Bastien, a introduit une bonne dose de musique dans la campagne, ce qui la rend bien plus agréable et accrocheuse que les attaques vulgaires et personnelles que l’on peut entendre sur les autres plateformes. Voilà que d’autres s’y mettent aussi. Si le candidat mauve Avinaash Munohur accompagne à la guitare des jeunes de quartiers de Curepipe, l’Alliance nationale transforme ses réunions en fête et Éric Guimbeau se met lui à la ravanne. 

Quel que soit le résultat du 7 novembre, le MMM pourra toujours s’enorgueillir d’être, du haut de ses 50 ans, encore et toujours un trend setter. C’est déjà ça de gagné…